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Matthieu 27.39
Grande Bible de Tours


1 Le matin étant venu, tous les princes des prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire mourir.
2 Et, l’ayant lié, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Ponce-Pilate, gouverneur.
3 Alors Judas, qui l’avait trahi, voyant qu’il était condamné, touché de repentir*, reporta les trente pièces d’argent aux princes des prêtres et aux anciens,
Ce ne fut pas un repentir sincère ; le désespoir s’empara aussitôt du coupable.
4 En disant : J’ai péché en livrant le sang innocent. Ils lui répondirent : Que nous importe ? C’est votre affaire.
5 Ayant jeté cet argent dans le temple, il se retira, et alla se pendre.
6 Mais les princes des prêtres, ayant pris l’argent, dirent : Il n’est pas permis de le mettre dans le trésor, parce que c’est le prix du sang.
7 Et, ayant délibéré, ils en achetèrent le champ d’un potier, pour la sépulture des étrangers.
8 C’est pourquoi ce champ est appelé aujourd’hui encore Haceldama, c’est-à-dire le champ du Sang.
9 Ainsi fut accomplie cette parole du prophète Jérémie* : Ils ont reçu les trente pièces d’argent qui étaient le prix de celui qui a été mis à prix, et dont ils avaient fait le prix avec les enfants d’Israël.
Saint Jérôme a remarqué que ce texte se trouve dans Zacharie, ch. XI, v. 12 et 13. Les plus anciens manuscrits ne portaient pas le nom du prophète.
10 Et ils les ont données pour le champ d’un potier, comme le Seigneur me l’a ordonné.
11 Or Jésus fut présenté devant le gouverneur, et le gouverneur l’interrogea en ces termes : Êtes-vous le Roi des Juifs ? Jésus lui répondit : Vous le dites.
12 Et, étant accusé par les princes des prêtres et les anciens, il ne répondit rien.
13 Alors Pilate lui dit : N’entendez-vous pas combien de témoignages ils portent contre vous ?
14 Mais il ne répondit rien à tout ce qu’il lui dit ; en sorte que le gouverneur en était vivement étonné.
15 Or le gouverneur avait coutume, aux fêtes, de délivrer celui des prisonniers que le peuple demandait ;
16 Et il avait alors un prisonnier insigne, nommé Barabbas.
17 Et comme ils étaient tous assemblés, Pilate leur dit : Lequel voulez-vous que je vous délivre, Barabbas, ou Jésus qui est appelé Christ* ?
18 Car il savait qu’ils l’avaient livré par envie.
19 Or, tandis qu’il siégeait sur son tribunal, sa femme lui envoya dire : Qu’il n’y ait rien entre vous et ce juste ; car j’ai été aujourd’hui étrangement tourmentée dans un songe à cause de lui*.
Cette femme donnait à son mari un avertissement salutaire. Elle appelle Jésus LE JUSTE, convaincue, comme tant d’autres, de l’innocence de l’accusé.
20 Mais les princes des prêtres et les anciens persuadèrent le peuple de demander Barabbas, et de faire mourir Jésus.
21 Le gouverneur, prenant la parole, leur dit : Lequel des deux voulez-vous que je vous délivre ? Ils répondirent : Barabbas.
22 Pilate leur dit : Que ferai-je donc de Jésus qui est appelé Christ ?
23 Ils répondirent tous : Qu’il soit crucifié ! Le gouverneur leur dit : Mais quel mal a-t-il fait ? Et ils criaient encore plus fort, en disant : Qu’il soit crucifié !
24 Pilate, voyant qu’il ne gagnait rien, mais que le tumulte croissait de plus en plus, se fit apporter de l’eau et se lava les mains devant le peuple, en disant : Je suis innocent du sang de ce juste ; vous en répondrez.
25 Et tout le peuple répondit : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants.
26 Alors il leur délivra Barabbas ; et ayant fait flageller Jésus, il le remit entre leurs mains pour être crucifié*.
Pilate commit un acte inique en livrant à la mort un homme dont lui-même reconnaissait publiquement l’innocence. Les Juifs, en réclamant la mort de Jésus, et en prononçant une imprécation terrible, ont vu, en effet, son sang retomber sur eux et sur leur postérité.
27 Les soldats du gouverneur menèrent ensuite Jésus dans le prétoire, et assemblèrent autour de lui toute la cohorte.
28 Ils lui ôtèrent tous ses vêtements, et le couvrirent d’un manteau d’écarlate ;
29 Puis, ayant entrelacé une couronne d’épines, ils la posèrent sur sa tête, avec un roseau dans sa main droite. Et, fléchissant le genou devant lui, ils se moquaient de lui, en disant : Salut, roi des Juifs*.
Ce titre, dont la signification mystique n’était alors ignorée de personne, était un objet de dérision pour les soldats romains.
30 Et, lui crachant au visage, ils prenaient le roseau, et lui frappaient la tête.
31 Après s’être joués de lui, ils lui ôtèrent le manteau d’écarlate, lui remirent ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier.
32 En sortant, ils rencontrèrent un homme de Cyrène, nommé Simon ; ils le contraignirent de porter la croix de Jésus.
33 Et, étant arrivés au lieu appelé Golgotha, c’est-à-dire le lieu du Calvaire,
34 Ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel ; mais, en ayant goûté, il ne voulut point en boire*.
On avait coutume de donner aux suppliciés du vin mêlé de myrrhe et d’autres substances aromatiques, pour troubler l’esprit et émousser le sentiment de la douleur. Jésus-Christ refusa d’en boire, parce qu’il avait accepté volontairement la mort, pour la rédemption du genre humain.
35 Après qu’ils l’eurent crucifié, ils partagèrent ses vêtements, les jetant au sort, afin que cette parole du prophète fût accomplie : Ils ont partagé entre eux mes vêtements, et ils ont jeté le sort sur ma robe*.
Ps. XII, 19.
36 Et, s’étant assis, ils le gardaient.
37 Ils placèrent au-dessus de sa tête la cause de sa condamnation, écrite ainsi : CELUI-CI EST JÉSUS, LE ROI DES JUIFS.
38 En même temps furent crucifiés avec lui deux larrons, l’un à droite, l’autre à gauche.
39 Et les passants le blasphémaient, en branlant la tête,
40 Et disant : Ah ! toi qui détruis le temple de Dieu et qui le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même. Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix.
41 De même les princes des prêtres se moquaient de lui, avec les scribes et les anciens, en disant :
42 Il a sauvé les autres, il ne peut se sauver lui-même. S’il est le Roi d’Israël, qu’il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui.
43 Il se confie en Dieu : qu’il le délivre maintenant, s’il le veut, puisqu’il a dit : Je suis le Fils de Dieu.
44 Les larrons qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient aussi.
45 Or, depuis la sixième heure du jour jusqu’à la neuvième, toute la terre fut couverte de ténèbres*.
Depuis midi jusqu’à trois heures.
46 Et, vers la neuvième heure, Jésus poussa un grand cri, en disant : Éli, Éli, lamma sabacthani ? c’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ?
47 Quelques-uns de ceux qui se tenaient là, l’entendant, disaient : Il appelle Élie.
48 Et aussitôt un d’eux courut et emplit une éponge de vinaigre, la mit au bout d’un roseau, et lui présenta à boire.
49 Les autres disaient : Attendez, voyons si Élie viendra le délivrer.
50 Mais Jésus, jetant un grand cri une seconde fois*, rendit l’esprit.
Ce second cri, poussé par Jésus d’une voix forte, au moment de rendre le dernier soupir, lorsque l’épuisement aurait dû l’abattre entièrement, montre, disent les saints Pères, que Jésus-Christ mourait encore plein de vie et de vigueur, parce qu’il avait accepté volontairement la mort.
51 En même temps le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas, la terre trembla, les pierres se fendirent,
52 Les sépulcres s’ouvrirent, et beaucoup de corps des saints, dans le sommeil de la mort, ressuscitèrent,
53 Et, sortant de leurs tombeaux après sa résurrection, ils vinrent dans la ville sainte, et apparurent à beaucoup de personnes.
54 Le centurion et ceux qui étaient avec lui pour garder Jésus, ayant vu le tremblement de terre et tout ce qui se passait, furent saisis d’une frayeur extrême, et dirent : Celui-ci était vraiment le Fils de Dieu.
55 Il y avait là aussi à distance plusieurs femmes qui avaient suivi Jésus en Galilée, et qui le servaient,
56 Parmi lesquelles étaient Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.
57 Or, le soir étant venu, un homme riche d’Arimathie, nommé Joseph, qui était aussi disciple de Jésus,
58 Se présenta devant Pilate, et lui demanda le corps Jésus. Pilate ordonna de le lui remettre*.
Le corps des hommes morts du dernier supplice ne pouvait recevoir la sépulture sans la permission des magistrats.
59 Joseph, ayant reçu le corps, l’enveloppa dans un linceul blanc,
60 Le déposa dans son sépulcre, qui n’avait point encore servi, et qu’il avait fait tailler dans le roc. Il roula ensuite une grande pierre à l’entrée du sépulcre, et se retira.
61 Marie-Madeleine et l’autre Marie étaient là, vis-à-vis du sépulcre.
62 Le lendemain*, qui était le jour d’après la préparation du sabbat, les princes des prêtres et les pharisiens vinrent ensemble trouver Pilate,
Le vendredi même, qui précédait le sabbat, et où les Juifs préparaient tout ce qui devait leur servir durant la journée du sabbat, consacrée au repos.
63 Et lui dirent : Seigneur, nous nous sommes souvenus que ce séducteur a dit, étant encore vivant : Après trois jours, je ressusciterai ;
64 Commandez donc de garder le sépulcre jusqu’au troisième jour*, de peur que ses disciples ne viennent, ne dérobent son corps, et ne disent au peuple : Il est ressuscité des morts ; et la dernière erreur serait pire que la première.
La manière de compter les jours chez les Juifs était ainsi établie ; et pour la faire comprendre, nous l’appliquerons à la mort, à la sépulture et à la résurrection de Jésus-Christ. Sa mort, ayant eu lieu à trois heures après midi, arriva le vendredi. La sépulture eut lieu ce même vendredi, avant la nuit close, parce que le sabbat commençait au moment où l’on distinguait les étoiles au ciel. Le sabbat durait le lendemain jusqu’à la même heure, c’est-à-dire jusqu’au lever des étoiles. Alors commençait le premier jour après le sabbat, que les chrétiens appellent le dimanche. Par conséquent, le corps de Jésus resta dans le tombeau une partie du vendredi, tout le samedi, et une partie du dimanche. La résurrection du Sauveur eut donc lieu le troisième jour après sa mort.
65 Pilate leur répondit : Vous avez des gardes ; allez, faites-le garder comme vous l’entendrez.
66 Ils s’en allèrent donc pour s’assurer du sépulcre, ils en scellèrent la pierre, et y mirent des gardes*.
Les précautions des ennemis de Jésus servirent à constater sa résurrection d’une manière plus authentique.

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