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Nil
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Westphal Bost

Fleuve d’Égypte, qui a sa source dans la haute Éthiopie. On dit qu’il sort de deux fontaines, ou de deux yeux, qui sont éloignées l’une de l’autre de vingt pas, et de la graudeur chacune d’une roue de carrossé. La plus grande est adorée par les habitants du pays, qui sont idolâtres. Elle est profonde de plus de vingt-cinq paumes. L’autre source a environ seize paumes de profondeur. À un peu plus de trois journées de sa source, cette rivière est assez large et assez profonde, pour porter des vaisseaux. Après avoir reçu une autre rivière nommée Jama, le Nil poursuit son cours vers l’occident, jusqu’à vingt-cinq ou trente lieues de sa source, d’où il retourne vers l’orient, et tombe dans un grand lac qui est apparemment celui de Zaire. Au sortir de ce lac, il fait beaucoup de détours vers le midi. Il baigne le pays d’Alata. De là il se précipite entre des rochers hauts de quatorze brasses, avec un bruit effroyable et des vapeurs si épaisses, qu’on les prend de loin pour un vrai nuage. Après avoir arrosé à l’orient plusieurs royaumes, il pousse son cours si avant dans Ici royaume de Goïam, qu’il se trouve à une journée de sa source. De là il fait un tour eu rond et coule vers Phézolo et Omharéa. Ensuite il se recourbe de nouveau, et ayant traversé du levant au septentrion quantité de royaumes et de provinces, il tombe en Égypte par les cataractes, qui sont des chutes d’eau causées par la rencontre des rochers escarpés de la hauteur de deux cents pieds. L’eau du Nil tombant de ces rochers, cause un bruit effroyable qui se fait entendre de trois lieues. Elle tombe avec tant de violence, qu’elle fait une arcade, sous laquelle elle laisse un grand chemin, où l’on peut passer sans être mouillé.

Au bas de ces rochers, le Nil reprend sa première lenteur dans les campagnes d’Égypte. Son lit, selon Villamont, a une lieue de largeur. Étant arrivé au-dessous de Memphis,à quatre-vingts milles du Grand-Caire, il se partage en deux branches qui forment une espèce de triangle, qui a sa hase sur la Méditerranée, et que les Grecs ont appelé le Delta, à cause de sa figure. Ces deux bras se divisent encore en d’autres, qui se déchargent dans la mer Méditerranée, qui est éloignée du haut du Delta d’environ vingt lieues. Quant au nombre des branches du Nil, les anciens lui en donnent ordinairement sept : Septemplicis ostia Nili. Ptolémée en nomme neuf. D’autres ne lui en donnent que quatre ; d’autres, onze ; d’autres, quatorze. Enfin quelques-uns soutiennent qu’il n’y a plus que les embouchures de Damiette, de Rosette, et de deux canaux, dont l’un passe par Alexandrie, et l’autre est fort petit.

Plusieurs on cru que le Nil était le Géhon, un des quatre fleuves du paradis terrestre, dont parle Moïse ; mais ce sentiment est insoutenable, puisque l’Euphrate et le Tigre, qui sont indubitablement du nombre de ces quatre fleuves, sont trop éloignés du Nil pour avoir jamais pu avoir une source commune. Cependant les peuples du royaume de Goïani l’appellent encore aujourd’hui Gihon. Les Abyssins le nomment Ab Euchi, le père des rivières ; les nègres, rami. Homère, Diodore de Sicile et Xénophon témoignent que son ancien nom était Égyptus ; et Homère ne l’appelle pas autrement. Diodore dit qu’il ne prit le nom de Nilus que depuis le règne d’un roi d’Égypte nommé Nilus. Pline rapporte le sentiment du roi Juba, qui disait que le Nil avait sa source dans la Mauritanie, qu’il paraissait et disparaissait en différents endroits, se cachant sous terre, et puis se montrant de nouveau ; qu’en ce pays il s’appelait Nigir ; que dans l’Éthiopie on lui donnait le nom d’Astapus ; qu’aux environs de Méroé il se partageait en deux bras, dont le droit s’appelait Astusapes, et le gauche, Astabore ; et qu’enfin il ne portait le nom de Nil qu’au-dessous de Méroé.

Le même Pline, Plutarque, Denys le Géographe et quelques autres témoignent qu’on lui donnait aussi le nom de Siris. Denys dit que les Éthiopiens l’appellent Siris, et que lorsqu’il est arrivé à Syène on lui donne le nom de Nilus. Il y a assez d’apparence que le nom de Siris vient de l’hébreu Sihor ou Sichor, qui signifie trouble ; et que Nilus vient de l’hébreu Nahal ou Nachal, qui signifie rivière ou torrent. Dans l’Écriture on ne donne d’ordinaire au Nil que le nom de fleuve d’Égypte. Josué (Jpos 13.3) et Jérémie (Jérémie 2.18) le désignent sous le nom de Sichor, ou fleuve d’eau trouble. Que voulez-vous aller chercher en Égypte, pour y boire l’eau du Sichor ? dit Jérémie. Les Grecs lui donnent le nom de Mélos, qui signifie aussi noir, ou trouble. En effet les voyageurs nous apprennent que l’eau de ce fleuve est ordinairement assez trouble, mais qu’on l’éclaircit très-aisément, en jetant dedans quelques amandes ou quelques fèves pilées. Servius expliquant ce vers de Virgile où, en parlant du Nil, il dit :

Et viridem AÉgyptum nigra foecundat arena, Remarque que les anciens nommaient le Nil Melo. Mélo en hébreu signifie rempli ; ce qui peut convenir nu Nil, à cause de ses grands débordements qui durent pendant environ six semaines, et qui pendant ce temps inondent toute l’Égypte durant les plus grandes chaleurs de l’été.

Diodore de Sicile remarque que le plus ancien nom que les Grecs aient donné au Nil est Oceanus. On lui donna aussi le nom d’Aigle, puis celui d’iÉgyptus ; et enfin le roi Nileus le fit nommer Nilus. Les Égyptiens rendaient au Nil des honneurs divins ; ils l’appelaient Jupiter le Nil.

C’est peut-être pour cela que le Seigneur dans les prophètes (Isaïe 11.15 Ézéchiel 39.3-5) menace quelquefois de frapper le fleuve l’Égypte, de le dessécher, de faire mourir ses poissons, comme pour faire sentir aux Égyptiens ta vanité de leur culte et la faiblesse de leur prétendue divinité.

L’Écriture, marquant les limites dé la terre promise, met souvent le fleuve ou le torrent d’Égypte (1 Chroniques 7.8 Isaïe 37.12) pour désigner ses limites septentrionales : Depuis l’entrée d’Emath jusqu’au torrent de l’Égypte, ou depuis l’Euphrate jusqu’au fleuve de l’Égypte. Quelques interprètes, ne pouvant se persuader que le pays des Israélites s’étendit jusqu’au Nil, se sont imaginé que le torrent d’Égypte était un torrent qui tombe dans la mer Méditerranée, entre Rhinocorure et Gaze., et qui dans l’Écriture est appelé (Amos 6.14) le torrent du Désert. Mais il est certain que la terre promise devait s’étendre jusqu’au Nil. Josué marque clairement, Josué (Josué 23.3 15.4), comparé à (1 Chroniques 13.5), et c’est ce que nous avons tâché de prouver dans le Commentaire sur Josué 13.3. On ne trouve qu’une seule fois le nom Nilus dans la version latine de l’Écriture (Isaïe 23.3) : In aquis, multis semen Nili ; l’Hébreu, Semen Sichor.

Les écrivains orientaux parlent des sources et du cours du Nil d’une manière assez différente de ce que nous en avons dit. Les lecteurs ne seront pas fâchés de trouver ici ce qu’ils en racontent. Il y a deux fleuves en Afrique qui portent le nom de Nil et qui ont la môme source au seizième degré de latitude méridionale dans l’Éthiopie, ou pays des Abyssins. C’est là qu’au pied de la montagne nommée de la Lune, on trouve dix fontaines, dont cinq font un grand lac, et les cinq autres un autre lac. Ces deux lacs produisent chacun trois rivières, lesquelles étant jointes ensemble, forment un très-grand lac, duquel sortent les deux Nils dont nous parlons. C’est sur ce grand lac qu’est située la Ville de Thomi, justement sous la ligne équinoxiale, et il y a une idole ou image appelée Mesnah. Soïouti a donné la figure de cette Source dans son livre intitulé, Caukebal-Rahoudhah.

Le premier de ces deux fleuves s’appelle Nil Mesr, c’est-à-dire, Nil de l’Égypte ; et le second, Nil Soudan, ou Nil des Nègres ; celui-ci coule vers l’occident et se décharge dans la mer Ténébreuse, car c’est ainsi que les Arabes appellent l’océan Atlantique, ou la mer du Postent ; ce Nil des Nègres est ce que nous appelons aujourd’hui le Niger ou le Senega. Il se décharge vis-à-vis de file que les Arabes nomment Nlil, et qui n’en est éloignée que de la navigation d’une journée : Toutes les habitations des nègres sont rangées sur le grand fleuve.

Quant au Nil de l’Égypte, le géographe arabe que nous suivons ici ne lui donne que quatre bras, qui se partagent dans l’Égypté inférieure, et dont trois se rendent dans là mer de Syrie ou Méditerranée ; le quatrième se perd dans un lac d’eau salée que les Grecs nomment Maris ; autrement Maria, ou Mareotis, distingué du lac Moeris, auquel le Nil ne communique ses eaux que par un canal fait à la main. Les trois bras dont, parle le géographe sont apparemment le Canopique ; qui est le plus proche d’Alexandrie ; le Sebenitique ou Héracléotique, aujourd’hui peu connu ; et le Pelusiaque, sur lequel est bâtie la ville de Peluse ou Damiette. Los autres bras du Nil, dont les anciens Grecs et Latins ont parlé, sent aujourd’hui si dérangés, qu’il est presque impossible de les distinguer.

Les Arabes et les autres Orientaux donnent souvent au Nil le nom de Mer, et le surnom ou l’épithète de Faidh, qui lui est commun avec l’Euphrate ; à cause que ces deux fleuves donnent la fertilité à la terre par leur débordement. Es lui donnent aussi le nom de Mobarek, tant à cause de la fertilité qu’il donne à la terre qu’à cause de la fécondité qu’il communique aux femmes.

Lorsque le Nil ne se déborde qu’à la hauteur de douze coudées, la famille est certaine en Égypte ; elle ne l’est pas moins si elle excède seize coudées, dit Pline : c’est-à-dire que la juste hauteur de l’inondation est entre douze et seize coudées. L’auteur arabe d’un livre qui contient l’histoire des nilomètres, ou mesures du Nil, depuis la première année jusqu’en 875 de l’hégire, c’est-à-dire depuis l’an de Jésus-Christ 622 jusqu’en 1197, dit de même que, quand le Nil a quatorze brasses de profondeur dans son lit, on peut s’attendre à une récolte qui fait la provision d’une année ; que s’il en a seize, on a du blé pour deux ans : moins de quatorze fait chèreté, plus de dix-huit fait disette.

Le nilomètre est une colonne que l’on élève au milieu du Nil, sur laquelle on marque les divers degrés de son accroissement [Voyez l’article Joseph, vers la fin]. Il y en a eu en plusieurs endroits du Nil. Aujourd’hui on en voit un dans l’île où le Nil se sépare en deux bras, dont l’un passe au Caire et l’autre à Gizeh. M. d’Herbelot en marque plusieurs autres, bâtis ou réparés par divers califes. Les anciens ont consacré la mémoire du nilomètre dans leur monument. Voyez l’Antiquité expliquée, tome 3 page 185. On gardait autrefois la mesure de l’accroissement du Nil comme une relique, dans le temple de Sérapis ; et l’empereur Constantin la fit transporter dans l’église d’Alexandrie. Les païens dirent alors que le Nil ne déborderait plus, et que Sérapis, indigné, se vengerait sur l’Égypte et y causerait la stérilité ; mais il déborda et monta à l’ordinaire les années suivantes.

Le Nil se déborde régulièrement toutes les années clans le mois d’août, dans la haute Égypte et dans la moyenne, où ce débordement est nécessaire a cause qu’il n’y pleut presque jamais ; mais dans la basse Égypte, le débordement est moins sensible et moins nécessaire, parce qu’il y pleut de temps en temps et que le pays est assez arrosé : il est moins sensible, parce qu’on n’y fait point de digues ni de retenues d’eaux, et que l’inondation, se répandant par toute la campagne également, ne s’élève pas plus haut d’une coudée par tout le Delta. Au lieu que dans la haute et dans la moyenne Égypte, où il pleut très-rarement, on a construit de lieue en lieue de hautes digues, au milieu desquelles il y a de profonds canaux, dans lesquels les eaux du fleuve entrent. On perce ces digues par autorité du bacha ; et quand une campagne est suffisamment abreuvée, on ferme la digue en cet endroit et on l’ouvre en un autre : et ainsi on arrose par ordre toute l’Égypte comme un jardin. Souvent les Égyptiens ont entre eux des difficultés de bourgades en bourgades, pour avoir les premiers cette distribution des eaux ; et lorsque le débordement des eaux vient à souhait, c’est alors une grande fête dans le pays.

On a été fort partagé sur la cause du débordement du Nil. Les uns l’ont attribué au nitre dont ce fleuve est rempli, et qui cause ces inondations par une véhémente fermentation durant les plus grandes chaleurs de l’été : c’est le sentiment de M. de la Chambre, qui a écrit expressément sur ce sujet. Mais on ne doute presque plus aujourd’hui qu’il ne soit causé par tes grandes pluies qui tombent dans l’Éthiopie aux mois de juin, juillet et août, qui sont l’hiver de ce pays-là. Et le R. P. Jérôme Lobo prétend qu’on n’en peut douter quand on a demeuré comme lui en Éthiopie. La terre, qui y est extrêmement sèche et spongieuse, boit longtemps la pluie ; mais quand elle est enivrée, elle regorge les eaux de tous côtés, et ces eaux, jointes à celles qui tombent du ciel, fournissent au Nil cette quantité d’eau qu’il porte à l’Égypte pour l’humecter. Ces eaux charrient avec elles une grande quantité de limon, qui sert à engraisser la terre.

Après que les eaux se sont retirées, la culture de la terre est très-aisée : on jette la semence sur le limon desséché, et pour peu qu’on le cultive, il vient avec profusion. Hérodote dit que les Égyptiens envoient leurs porcs dans leurs champs, et que ces animaux, enfonçant avec leurs pieds la semence dans la terre, exemptent le laboureur du soin du labour. On peut expliquer ici, suivant ce récit, ce que dit Isaïe du Nil et de l’Égypte (Isaïe 16.1) : Malheur à la terre qui se sert de sistres et de cymbales, qui demeure au delà des fleuves de Chus (de l’Éthiopie), qui envoie ses ambassadeurs sur la mer (sur le Nil), dans des vaisseaux de jonc. Allez, ambassadeurs prompts et diligents, à cette nation arrachée, à ce peuple plus terrible qu’aucun autre, à cette nation qui toise et qui mesure ses champs, et dont les fleuves enlèvent la terre. Le limon que le Nil apporte est une terre qu’il a arrachée sur les bords ; dans son cours ; ce même limon, couvrant les bornes et les sillons des champs, oblige les propriétaires d’employer le cordeau et la toise pour mesurer tous les ans de nouveau leurs héritages. La terre de l’Égypte étant très-légère et très-sablonneuse, il est impossible que les eaux n’en enlèvent une grande quantité.