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Obsession
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet

Obsession du démon

On distingue l’obsession de la possession du démon, en ce que dans la possession le mauvais est entré dans le corps de l’homme, et ne le quitte point, soit qu’il le tourmente et l’agite toujours, soit qu’il le fasse seulement par intervalles. L’obsession, au contraire, est lorsque le démon, sans entrer dans le corps d’une personne, la tourmente et l’obsède au dehors, à-peu-près comme un importun qui suit et fatigue un homme de qui il a résolu de tirer quelque chose. Les exemples de possession et d’obsession sont connus dans l’histoire, et dans l’Écriture Sainte.

Je crois qu’il faut mettre au rang des obsessions ce que les livres des Rois racontent de Saül (1 Rois 16.23), qui de temps en temps était agité de mauvais esprit, et qui était notablement soulagé par le son des instruments de musique que David touchait devant lui. Je crois qu’on doit mettre au même rang le démon Asmodée, qui faisait mourir tous les maris qui voulaient approcher de Sara, fille de Raguel (Tobie 3.7-9). Ce mauvais esprit obsédait proprement cette jeune fille, mais il n’exerçait sa malice que contre ceux qui voulaient l’épouser. Le jeune Tobie la délivra de cette ehsession par le moyen du foie d’un poisson, qu’il brûla dans la chambre où ce mauvais esprit exerçait son pouvoir. Il y a beaucoup d’apparence que ceux dont il est parlé dans l’Évangile (Matthieu 4.24 ; 17.14), qui étaient principalement tourmentés pendant les lunaisons, étaient plutôt obsédés que possédés.

On regarde à bon droit tant les-obsessions que les possessions du malin esprit comme des punitions de la justice de Dieu, envoyées ou pour punir des péchés commis, ou pour s’être livrés au démon ; ou pour exercer la vertu et la patience des gens de bien ; car on sait qu’il y a des personnes obsédées qui ont vécu d’une manière très-innocente aux yeux des hommes.

Les marques de l’obsession sont d’être élevé en l’air, et ensuite d’être rejeté contre terre avec force, sans être blessé ; de parler des langues étrangères qu’on n’a jamais apprises ; de ne pouvoir dans les temps de l’obsession s’approcher des choses saintes ni des sacrements, d’en avoir de l’aversion, de n’en pouvoir entendre parler, de connaître et de prédire des choses cachées, et de faire des choses qui surpassent les forces ordinaires de la personne ; si elle fait ou dit des choses qu’elle ne pourrait ou n’oserait ni dire ni faire, si elle n’y était poussée d’ailleurs ; si les dispositions de son corps, de sa santé, de son tempérament, de ses inclinations n’ont nulle proportion naturelle à ce qu’on lui voit faire par la force de l’obsession ; si les meilleurs remèdes n’y font rien ; si le malade fait des contorsions de membres extraordinaires, et que ses membres après cela se remettent en leur état naturel, sans violence et sans effort. Tous ces symptômes, ou une partie d’entre eux, peuvent faire juger qu’une personne est réellement obsédée du démon.

L’Église ne prescrit point d’autre remède contre ces sortes de maux que la prière, les bonnes œuvres, les exorcismes ; mais elle ne condamne pas les moyens naturels que l’on peut employer pour calmer les humeurs et diminuer les mauvaises dispositions du corps du malade, par exemple, la mélancolie, la tristesse, les humeurs noires, la bile, le défaut de transpiration, l’obstruction de certaines parties, et tout ce qui peut corrompre, ou épaissir, ou aigrir le sang et les humeurs. Aussi voyons-nous que la musique soulageait Saül dans les accès de son mal. On a d’autres expériences de pareilles guérisons opérées par des herbes, des fumigations, des essences. C’est aux médecins à entrer sur cela dans de plus grands détails. Voyez le Dictionnaire universel, titre des Obsessions. On peut voir aussi ce que nous en dirons ci-après sur les possessions du démon.