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Aman
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Westphal

Fils d’Amadati, Amalécite et de la race d’Agag ; ou, selon d’autres exemplaires, fils d’Amadath Bugéen ou Gogéen, c’est-à-dire, de la race de Gog. Voyez le commentaire sur Esther (Isaïe 3.1-2). Enfin on peut lire : Aman, fils d’Amadath, lequel Aman était Bago ou Bagoas, c’est-à-dire eunuque ou serviteur du roi de Perse, nommé Assuérus dans le texte d’Esther et qui est apparemment le même que Darius, fils d’Hystaspe.

On n’a point d’autre preuve qu’Aman ait été Amalécite, sinon ce qui est dit en (Isaïe 3.1) qu’il était de la race d’Agag ; et cependant dans le grec de (Isaïe 9.24) du même livre, et dans le latin, il est appelé Macédonien de cœur et de nation ; ce qui fait douter qu’il soit de la race Amalécite. Quoi qu’il en soit ; le roi Assuérus l’ayant pris en affection, lui donna dans sa cour un rang au-dessus de tous les princes qui y étaient (Isaïe 3.2-3), et tous les serviteurs du roi qui étaient à la porte du palais fléchissaient le genou devant Aman et l’adoraient, parce que le roi l’avait ainsi commandé.

Mardochée, oncle de la reine Esther, mais qui ne s’était point encore fait connaître en cette qualité, était le seul qui ne voulait pas l’adorer. Aman en fut averti, et, sachant qu’il était juif, il voulut voir s’il persisterait dans sa résolution. Voyant que Mardochée demeurait ferme à ne vouloir pas lui rendre les honneurs que lui rendait toute la cour, il résolut de s’en venger, non-seulement sur sa personne, mais aussi sur toute la nation des Juifs qui étaient dans le royaume d’Assuérus.

En suivant la superstition des Perses, il voulut premièrement tirer au sort pour savoir en quel jour il les ferait tous périr. Ainsi, le premier mois de l’année (505 av Jésus-Christ), suivant l’ordre des fêtes, qui était le septième de l’année civile, et qui répondait à la lune de mars, Aman commenca à jeter le sort, pour savoir en quel mois et en quel jour du mois il commencerait son entreprise pour la perte des Juifs. Dieu qui gouverne les sorts et qui se joue des vains projets des hommes, permit que le sort lui désignât le treizième du mois Adar, qui était le dernier de l’année sainte, c’est-à-dire, que le sort voulut qu’il différât d’un an entier l’exécution de son pernicieux dessein.

Aman ne laissa pas d’en parler au roi. Il lui dit : Seigneur, il y a un peuple dispersé dans toutes vos provinces ; ce sont des Juifs, gens qui vivent dans l’éloignement des autres peuples, qui ont des lois et des cérémonies étrangères et qui méprisent vos ordonnances. Or, vous savez, Seigneur, combien il importe à la tranquillité de votre royaume de ne pas souffrir que la licence les rende encore plus insolents. Ordonnez donc que ce peuple périsse, et, pour dédommager le roi de la perte qu’il pourra souffrir, je paierai du mien à son épargne dix mille talens. Cette somme est prodigieuse pour un particulier, mais Aman comptait apparemment que le roi lui accorderait la confiscation des biens des Hébreux, ou qu’il n’agréerait pas l’offre qu’il lui faisait.

Alors le roi tira de son doigt l’anneau dont il avait accoutumé de se servir, le donna à Aman et lui dit : Gardez pour vous votre argent, et quant à ce peuple, faites-en ce que vous voudrez. Ainsi, dès le treizième de Nisan, Aman fit venir les secrétaires du roi et fit expédier l’ordre qui commandait d’exterminer les Juifs dans toute l’étendue du royaume de Perse, pour le treizième du mois d’Adar suivant, c’est-à-dire dans un an de la date de l’édit. L’ordre fut envoyé dans toutes des provinces par les courriers du roi, et on permit aux peuples de leur courir sus, de les exterminer et de piller leurs biens. L’édit fut affiché dans Suse, où Assuérus faisait sa résidence ordinaire. Aman était dans la joie de son cœur, et les Juifs étaient plongés dans la dernière consternation.

Mardochée qui avait été l’occasion de cette terrible tempête, déchira ses vêtements (Isaïe 4.1), se revêtit d’un sac, et, jetant de la cendre sur sa tête, s’en vint en criant à la porte du palais. Mais il n’était pas permis d’y entrer dans l’état lugubre où il était. Deux eunuques en allèrent aussitôt donner avis à Esther, elle envoya un habit à Mardochée, mais il le refusa. Elle lui députa l’eunuque qui la servait, pour savoir le sujet de sa douleur ; Mardochée lui raconta ce qu’Aman avait fait contre les Juifs, lui envoya la copie de l’édit du roi, et le pria d’aller trouver le roi et d’intercéder pour sa nation.

Esther répondit qu’il ne lui était pas permis d’aller voir le roi, à moins qu’elle ne fût appelée. Mais Mardochée insista, disant que Dieu ne l’avait apparemment élevée que pour être en état d’agir dans une occasion comme celle-là. Esther lui envoya donc dire qu’il passât trois jours et trois nuits en jeûne et en prières avec le peuple dans la synagogue ; qu’elle-même avec ses suivantes en feraient autant, et, qu’après cela, elle irait trouver le roi, au péril de sa propre vie. Après les trois jours de jeûne (Isaïe 5.1), Esther se para de ce qu’elle avait de plus beau et se présenta devant le roi. Assuérus avança son sceptre pour marger qu’il avait pour agréable qu’Esther parût devant lui ; il lui dit qu’elle pouvait lui demander tout ce qu’elle voudrait, et qu’il le lui accorderait. Esther répondit qu’elle ne demandait au roi qu’une grâce, qui était qu’il lui plût de venir avec Aman au festin qu’elle lui avait préparé.

Le roi y vint, et, après avoir fait bonne chère, il dit de nouveau à Esther de lui demander tout ce qu’elle voudrait. Esther répondit qu’elle suppliait Sa Majesté de venir encore le lendemain avec Aman à son festin, et qu’elle lui déclarerait alors tout ce qu’elle désirait de lui. Aman sortit donc du palais comblé de joie, et ayant vu Mardochée qui ne se levait point en sa présence, il en conçut un grand dépit. Il vint dans sa maison, raconta à sa femme et à ses amis la faveur que la reine Esther lui avait faite de l’inviter seul avec le roi à son festin. Mais, ajouta-t-il, je compterai tout cela pour rien, tandis que je verrai le juif Mardochée assis à la porte du palais du roi, sans vouloir se lever devant moi. Alors Zaré sa femme et tous ses amis lui répondirent : Faites dresser une potence de cinquante coudées de haut, et demandez au roi demain au matin que l’on y fasse pendre Mardochée. Ce conseil lui plut et il commanda sur-le-champ que l’on préparât la potence.

Le lendemain de grand matin (Isaïe 6.1), Aman se trouva dans l’anti-chambre du roi pour lui demander la mort de Mardochée. Assuérus le fit entrer et lui dit : Que peut-on faire pour un homme que le roi désire combler d’honneur ? Aman croyant que c’était lui dont il voulait parler, lui dit : Il faut que cet homme soit revêtu des habits royaux, qu’il soit monté sur le cheval que le roi à coutume de monter, qu’il ait sur la tête le diadème royal, et que le premier des grands de la cour le conduise par toutes les places de la ville et crie devant lui : C’est ainsi que sera honoré celui que le roi voudra honorer.

Assuérus lui répondit : Allez, faites ce que vous venez de dire envers le juif Mardochée, qui a découvert une conspiration contre ma personne et qui n’en a point reçu de récompense. Aman exécuta cet ordre avec toute la répugnance que l’on peut s’imaginer, et étant de retour à sa maison, il raconta à Zaré, sa femme et à ses amis, ce qui venait de lui arriver. Ils lui répondirent, tirant de là un présage heureux pour les Juifs : Si Mardochée, devant qui vous venez de succomber, est Juif, vous ne pourrez lui résister, mais vous lui serez assujetti.

Comme ils parlaient encore on vint appeler Aman pour venir au festin que la reine avait préparé. Lorsque Assuérus fut de bonne humeur et qu’il eut fait bonne chère (Isaïe 7.1), il dit à la reine de lui demander tout ce qu’elle souhaiterait. La reine lui répondit : Ô roi, si j’ai trouvé grâce à vos yeux, je vous conjure de m’accorder ma propre vie et celle de mon peuple, pour lequel j’implore votre clémence. Assuérus lui demanda : Qui est donc celui qui est assez hardi pour attenter à votre vie ?

Esther répondit : C’est cet Aman que vous voyez, qui est notre mortel ennemi. Aman demeura interdit, ne pouvant supporter les regards du roi ni de la reine. En même temps Assuérus, tout en colère, étant sorti dans un jardin qui était joignant la Salle où il avait mangé, Aman se jeta aux pieds de la reine qui était couchée sur un lit de table, à la mode de ce pays ; alors le roi rentrant et voyant Aman sur le lit où était la reine, s’écria : Comment ! il veut encore faire violence à la reine, en ma présence et dans ma maison ! À peine cette parole fut-elle sortie de la bouche du roi, que l’on saisit Aman et qu’on lui couvrit le visage comme à un homme qu’on va mener au supplice.

Alors Herbona, l’un des eunuques du roi, dit : J’ai vu dans la maison de cet homme une potence de cinquante coudées de haut ; qu’il avait préparée pour Mardochée. Le roi dit : Qu’Aman y soit pendu. Il fut donc pendu le même jour à cette potence ; et le roi donna à la reine la maison d’Aman, et à Mardochée les emplois et la dignité que ce favori possédait. On fit aussi mourir, les dix enfants d’Aman (Isaïe 9.6) ; et le roi donna un édit en faveur des Juifs ; qui révoquait le premier, et qui leur permettait de tirer vengeance de leurs ennemis. Ceci arriva l’an du monde 3496 ; avant Jésus-Christ : 504, avant l’ère vulgaire 508. On peut voir les articles d’Assuérus, d’Esther et de Mardochée.

Amana