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Embaumer
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Bost

Les anciens Égyptiens, et à leur imitation les Hébreux, embaumaient les corps des morts. Joseph fit embaumer le corps de Jacob, son père, par ses médecins, et il se passa 40 jours pendant qu’ils exécutaient ses ordres : car c’est la coutume d’employer tout ce temps d’embaumer un corps, et toute l’Égypte pleura Jacob pendant 70 fours. Les Égyptiens attribuaient à Isis l’invention de l’art de la médecine, et en particulier du remède de l’immortalité, qui n’est autre, à mon sens, que celui d’embaumer et de rendre par ce moyen les corps incorruptibles. On prétend que les inondations du Nil ont rendu les embaumements comme nécessaires à l’Égypte, parce que les eaux du Nil tenant tout le plat pays inondé pendant près de deux mois, on n’y peut enterrer les morts, et on est obligé de les conserver dans les maisons pendant tout ce temps, à moins de les porter sur les hauteurs, et dans les rochers, qui se trouvent souvent bien éloignés des demeures du mort. Ajoutez que quand on aurait enterré avant l’inondation quelque corps dans la terre, l’inondation qui survient le rejetterait hors de la terre, le terrain sablonneux et humide ne se trouvant pas assez ferme pour le retenir dans son sein contre l’action de l’eau, qui le soulèverait et le pousserait hors de terre, comme plus léger que le sable.

Or voici la manière dont les Égyptiens embaumaient les corps. Quand un homme est décédé, on porte son corps chez des ouvriers, dont le métier est de faire des cercueils. Ils prennent la mesure du corps, et lui font un cercueil proportionné,à sa taille, à sa qualité, et au prix qu’on y veut mettre : car il y a une grande diversité de prix, à cause de la différence de la façon : le dessus du cercueil représente celai qui y doit être renfermé : si c’est un homme, ou si c’est une femme : si c’est un hemme de condition, an le remarque à la figure qui est représentée sur le couvercle du cercueil ; on y joignait d’ordinaire des peintures et des embellissements proportionnés à la qualité de la personne.

Quand le corps est rapporté au logis, on convient avec les embaumeurs du prix qu’on veut mettre à l’embaumement ; car il y en a de plusieurs prix. Le plus haut est d’un talent, le médiocre est de vingt mines, et le moindre est très-peu de chose. On croit que le talent égyptien valait 2688 livres de notre monnaie. On fait venir d’abord un dessinateur qui marque sur le corps étendu l’endroit qu’il faut ouvrir au côté gauche, et la longueur de l’incision. Un disséqueur avec une pierre d’Éthiopie fort tranchante fait cette incision et se retire au plus vite, parce que les parents du mort qui sont présents, prennent des pierres, et le poursuivent comme un impie pour le lapider.

Cette opération étant achevée, les embaumeurs, que l’on considère comme des personnes sacrées, entrent pour faire leur office. Ils tirent par les narines, avec un fer crochu fait exprès, tout le cerveau du mort, et remplissent le crâne de drogues astringentes ; ils tirent aussi par l’ouverture qu’on a faite au côté tous les viscères, à la réserve du cœur et des reins. On lave les intestins dans du vin de palmier et dans d’autres drogues fortes et astringentes. On oint tout le corps d’huile de cèdre, de myrrhe, de cinnamome et d’autres drogues pendant environ trente jours ; de manière que le corps se conserve tout entier, sans pourriture, sans perdre son poil, et non-seulement il est exempt de pourriture, mais il conserve même une bonne odeur.

Après cela on met le corps dans le sel pendant environ quarante jours. Ainsi, quand Moïse dit qu’on mit quarante jours pour embaumer Jacob, il faut l’entendre de ces quarante jours qu’il demeura dans le sel de nitre, sans y comprendre les trente jours qu’on mit à faire les autres cérémonies dont on a parlé auparavant ; en sorte qu’en tout on fut soixante-dix jours à faire son deuil en Égypte, comme le marque aussi Moïse.

Ensuite on tire le corps du sel, on le lave, on l’enveloppe de bandelettes de lin trempées dans la myrrhe, et on le frotte d’une gomme dont les Égyptiens se servent au lieu de colle. Alors ou rend le corps aux parents qui le mettent dans le cercueil et le gardent dans leurs maisons ou dans des tombeaux faits exprès. On en trouve aujourd’hui dans l’Égypte, dans des chambres ou voûtes souterraines, qui justifient pleinement ce que nous venons de dire.

Ceux qui n’ont pas le moyen de faire la dépense que nous avons marquée se contentent de seringuer danà les intestins du mort, par le fondement, une liqueur tirée du cèdre, et l’y laissant, enferment le corps dans du sel de nitre. Cette huile ronge les intestins ; en sorte qu’on la fait sortir avec les intestins desséchés et exempts de pourriture. Le corps, enfermé dans le nitre, se dessèche, et il ne reste que la peau collée sur les os. Ceux qui sont trop pauvres pour faire aucune dépense considérable se contentent de déterger l’intérieur, en y seringuant une liqueur qui le lave, et puis mettent le corps dans le nitre pendant soixante-dix jours, pour le dessécher, sans autre cérémonie.

L’Écriture parle encore de l’embaumement de Joseph (Genèse 1.25), de celui du roi Asa (2 Chroniques 16.13-14) et de celui de Jésus-Christ (Matthieu 27.59 Marc 16.1 Luc 23.56 Jean 19.40). Joseph fut sans doute embaumé à la manière des Égyptiens, puisqu’il mourut dans ce pays. Asa fut embaumé ou plutôt brûlé d’une manière particulière. Le texte porte qu’on le mit sur son lit tout rempli d’odeurs et de parfums les plus excellents, et qu’on brûla le tout sur lui, avec beaucoup d’appareil et de pompe. L’Hébreu, à la lettre : On le coucha dans le lit, qu’on avait rempli de parfums et de diverses espèces d’aromates, et on les lui brûla dans un très-grand feu ; comme si ces aromates avaient brûlé auprès de son corps. Mais la plupart des interprètes croient qu’on le brûla avec ces aromates, dans un lit de parade, à-peu-près comme on faisait les empereurs romains.

Il parait certain que l’on brûlait quelquefois les corps morts, surtout ceux des rois ; et je ne sais si la coutume n’en vint pas du roi Asa, dont on vient de parler. L’Écriture remarque qu’on ne fit pas au roi Joram l’honneur de le brûler, comme on avait fait ses prédécesseurs (2 Chroniques 21.19). Jérémie (Jérémie 34.5) promet au roi Sédécias qu’on lui rendra ce dernier devoir, comme on avait fait aux rois, ses prédécesseurs. On brûla le corps du roi Saül, après l’avoir enlevé des murs de Bethsan, où les Philistins l’avaient attaché (1 Samuel 31.12).

Quant à l’embaumement de Jésus-Christ, les évangélistes nous apprennent que Joseph d’Arimathie, ayant obtenu son corps, acheta un linceul blanc pour l’envelopper, et que Nicodème acheta cent livres de myrrhe et d’aloès, avec quoi ils l’embaumèrent et le mirent dans le tombeau de Joseph d’Arimathie, qui était creusé dans le roc. Ils n’y purent faire plus de cérémonie alors, parce que la nuit approchait et qu’on allait entrer dans le repos du sabbat. Cependant, les femmes qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée avaient dessein de l’embaumer d’une manière plus parfaite, d’abord qu’elles en auraient le loisir : c’est pourquoi elles remarquèrent bien l’endroit du sépulcre et achetèrent des aromates pour cela. Elles demeurèrent en repos pendant tout le jour du sabbat, et le dimanche, de grand matin, elles prirent leurs aromates pour aller au sépulcre et pour l’embaumer ; mais elles ne purent exécuter leur dessein, car Jésus-Christ était ressuscité vers le milieu de la nuit. Il avait été frotté tout simplement de myrrhe et d’aloès, enveloppé de bandelettes, enseveli dans un grand linceul, et sa face avait été couverte à un suaire. C’est ce qu’on remarque en comparant les divers passages de saint Jean (Jean 19.40 ; 20.5) où il est parlé de sa sépulture. On voit la même chose dans l’histoire de la résurrection de Lazare, à la différence qu’il n’y est point parlé d’aromates.