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Job
Dictionnaire Biblique Bost
Westphal Calmet

L’idée principale de tout le livre qui porte le nom de Job, revient à cette question dont plusieurs autres documents de la littérature hébraïque se sont aussi occupés, l’Ecclésiaste par exemple : Pour quoi l’homme le plus pieux est-il souvent le plus souffrant, tandis que les plus méchants peuvent se réjouir dans l’abondance du bonheur ? L’auteur répond à cette question, non par le raisonnement, mais par une résignation pieuse ; il n’en sait rien ; c’est une hardiesse coupable de se permettre des jugements sur les intentions cachées de Dieu, parce que l’expérience montre toujours que si Dieu impose des souffrances aux hommes pieux, ces souffrances servent à leur véritable bien, et seront pour eux la source de joies d’autant plus grandes, d’autant plus excellentes ; il y aurait, par conséquent, de l’injustice à tirer du bonheur ou du malheur d’un homme des conclusions à l’égard de ses dispositions morales.

Cette idée n’est pas développée seulement par une théorie, elle est mise en action et présentée d’une manière visible, sous une forme d’histoire. La Providence, dans ses conseils, choisit un fils de cette terre pour réaliser par ses épreuves la vérité de sa sagesse et de sa bonté. Cette personne est empruntée à l’antiquité la plus reculée ; les charmes qu’ont pour lui les lieux où ont vécu ses ancêtres l’entourent ; Job, le riche patriarche, l’heureux père, l’émir de l’Arabie, devient le plus malheureux des mortels ; sa piété grandit avec son malheur ; au milieu des maux qui l’accablent il ne murmure pas, il reste un modèle de patience jusqu’au moment où l’on vient attaquer sa droiture et sa piété elle-même.

Les trois amis de Job représentent les jugements du monde : ils répètent sans cesse, et sous différentes formes, que Dieu fait du bien aux bons et du mal aux méchants. Cette pensée peut être vraie en elle-même, elle peut être juste, elle est fausse dans certaines limites, dans l’application qu’ils en font ; ils méconnaissent la piété de Job parce qu’ils ont des idées fausses sur ce qu’est la vraie piété, et Job remporte la victoire sur eux sans avoir cependant entièrement raison lui-même. La vérité est entre les deux. Élihu survient alors, il entre en scène et fait des reproches aux deux partis ; il montre à Job ses torts, c’est qu’il s’est cru innocent, et s’est regardé comme Dieu ; Job a discuté avec sa propre justice, aussi bien que ses amis. Élihu est donc destiné à humilier Job ; il prépare ainsi l’apparition de Dieu lui-même, qui, dans une brillante théophanie et dans un discours plein de majesté, déclare qu’il est le seul souverain, montre à Job les miracles de la nature et les merveilles de la création, et lui reproche d’avoir osé entrer en lutte avec lui. Mais Job obtient sa grâce, Dieu lui pardonne, lui accorde la grâce de ses amis, et lui rend au double tout ce qu’il a perdu. Le livre se compose de trois parties :

le prologue, chap. 1 et 2 ;

le corps du livre, discours et action, la partie poétique, 3-41 ;

dénouement et épilogue, ch. 42.

Il y a beaucoup de rapports entre l’idée dominante du livre de Job, et celle qui règne dans la plupart des tragédies grecques. Le contraste du bien et du mal ; l’inégalité de la récompense ; les luttes de l’existence humaine dans toute sa fragilité, avec les coups du sort, voilà le but sublime de l’ancienne tragédie ; c’est également celui de Job, mais avec cette différence que les Grecs, suivant la nature de leur religion, nous montrent l’idéal de l’humanité (Sophocle lui-même nous indique l’idéal de la tragédie quand il dit qu’il a décrit les hommes tels qu’ils devraient être, et qu’Euripide les a décrits tels qu’ils sont), tandis que dans Job l’homme est dépeint avec ses misères, n’occupant qu’un rang inférieur ; Dieu et ses perfections sont mis au premier rang, et forment l’objet principal de tout le livre ; toute la gloire revient à Dieu et à lui seul. Du reste, ressemblance dans la forme, même choix des objets, même caractère dramatique des personnes ; le fait présenté n’est plus un fait individuel, c’est une affaire publique, la propriété de la nation ; même distinction exacte des personnes, et partant même intérêt, parce que ce ne sont plus des caractères ordinaires, mais les représentants d’un certain nombre d’hommes et d’idées. Enfin, même beauté de langage, de poésie, dont les beautés varient comme dans les drames grecs, et même profondeur des idées.

Le contenu du livre est-il une fable ou une histoire ? Cette question a souvent été décidée d’une manière trop exclusive ; les uns ont voulu tout nier, les autres ont voulu regarder jusqu’aux moindres détails comme des faits, et les moindres paroles comme ayant été réellement prononcées. Les uns et les autres ont mis en avant de bonnes raisons. On peut faire valoir contre la vérité historique. Le caractère poétique du livre, qui indique une fiction ; on ne peut pas imaginer que les amis de Job aient improvisé des réponses en vers aussi bien faits, et dans un ordre aussi admirable. Ce que Schultens dit du caractère national des Arabes et de leur facilité à improviser en vers, n’est pas suffisant pour expliquer la richesse de la poésie des discours de ce livre. Dans la bouche de Job, ces improvisations sont encore moins probables. Le prologue même, et l’épilogue, qui sont en prose, ne peuvent pas être pris à la lettre ; la scène dans les cieux, et le conseil de Dieu, sont une fiction. Les chiffres sont ronds ; après son rétablissement, Job retrouve le double de ce qu’il a perdu ; cette précision est également le fait du narrateur ! Enfin la manière égale et calme dont tout est raconté ne convient pas à l’histoire, et l’on voit que celui qui raconte tient moins à l’exactitude historique qu’à l’impression générale. Le nom de Job est symbolique ; soit qu’on le fasse dériver de l’arabe, il signifie se repentir, soit qu’on le dérive de l’hébreu, il signifie un homme qui est attaqué, comme Job, de toutes sortes de maux.

Voici, d’un autre côté, les arguments qu’on invoque pour prouver que l’histoire de Job n’est pas un conte fait à plaisir, mais un fait réellement arrivé : Quelques circonstances, quelques notices historiques, la généalogie d’Élihu (32.2), la patrie désignée de Job et de ses amis (1.1 ; 2.11). Le témoignage d’Ézéchiel (chap. 14.14-16, 20 ; cf. Jacques 5.11), où Job est cité comme un personnage historique. La tradition ; ainsi les Septante et la Peschito racontent toute sa généalogie en voyant Job dans le Jobab de Genèse 36.33, (cependant les Septante ayant copié la Peschito, ne font pas un témoignage à part). On montre encore en Orient le sépulcre de Job, mais malheureusement en cinq endroits différents, à Neva ou Nava, sur la route de Damas, non loin de Jérusalem ; à Hems (Hamath), en Syrie ; à Hellé, sur I’Euphrate ; dans l’Arabie Heureuse, à 2 ou 3 lieues de Sanaa ; et sur la route d’Ispahan à Schiras ; enfin, d’après Eusèbe, la tradition montrait encore la maison de Job à Hastaroth-Karnaïm. En résumé, il paraît évident que l’auteur a, comme les poètes, puisé son sujet dans l’histoire, qu’il l’a développé poétiquement, et qu’il a approprié l’histoire à son but ; dans tous les cas, il serait hardi de vouloir déterminer ce qui appartient absolument à l’histoire et ce qui est absolument fiction.

Quant à l’époque de la composition de ce livre, plusieurs pensent qu’il a été rédigé pendant la captivité (le Talmud, Gesenius, De Wette) ; mais il y a eu une foule d’autres idées émises sur ce sujet, et toutes aussi probables ou improbables que celle-là. Cette première idée s’appuie de présomptions plutôt que d’arguments. On dit, par exemple, a) que l’idée de Satan assistant au conseil de Dieu est venue aux Hébreux par les Chaldéens ; on suppose alors que la Genèse a aussi été écrite dans ce temps ; quand on en vient là, on n’a plus d’opinions, mais des préjugés, des préoccupations dogmatiques. b) On trouve dans la doctrine des anges un coloris caldéen (4.18 ; 5.1 ; 15.15 ; 21.22 ; 33.23-24 ; 38.7). Il est vrai que la doctrine des anges, dans Job, a quelque chose de particulier, d’étrange, mais ce doit être expliqué en grande partie par le caractère des personnes qui parlent ; les détails que Daniel nous donne sur les Chaldéens ne s’appliquent pas ici, et la foi de l’Orient a toujours été qu’il y a dans les cieux des saints qui sont les serviteurs de Dieu ; rien n’empêche d’accorder à cette doctrine une haute antiquité. c) On a voulu voir des allusions aux tristes événements de l’exil (9.24 ; 3.14 ; 12.17-25 ; 15.28 ; 16.7 ; 30.14-15) ; mais il faut pour cela une imagination à la fois vive et pauvre, et on ne peut le faire à toute rigueur qu’en détachant ces passages de leur contexte ; c’est, au reste, le même principe en vertu duquel quelques théologiens modernes (De Wette) veulent donner à des psaumes un caractère exclusivement national. d) On se fonde enfin sur le coloris araméen du langage ; mais cette objection ne repose que sur un examen très superficiel de la langue, car c’est un coloris tout à fait particulier que celui de la langue de Job. Que l’on compare ce livre avec ceux qui ont été composés au temps de l’exil, et l’on verra que l’influence de l’araméen dans Job a été tout à fait originale, comme celle d’une langue beaucoup plus rapprochée de l’hébreu qu’elle ne l’était lors de la captivité. Une autre influence, d’ailleurs, se fait sentir, que l’on oublie entièrement, c’est celle de l’arabe ; il y a dans Job des formes et des constructions qu’on ne peut expliquer que par l’arabe, et si quelques auteurs ont été un peu trop loin en voulant voir des arabismes là où il n’y en avait pas (Schullens), cependant on en trouve qui ne peuvent nullement s’expliquer si l’on place la rédaction du livre au temps de la captivité.

D’autres théologiens ont fixé l’âge de Salomon comme celui de la composition de Job ; on a voulu même donner à ce livre Salomon pour auteur (Grégoire de Naziance, Luther, Dœderlin, Richter, Rosenmùller). Cette opinion ne repose que sur l’analogie que l’on trouve entre quelques phrases de Job et des Proverbes, preuve qui ne prouve pas beaucoup ; car rien n’est plus naturel que cette analogie, parce que Job parle souvent en forme de sentences, construction peu susceptible d’une grande diversité. En général la poésie de Job est telle qu’elle a dû fréquemment servir de modèle aux auteurs postérieurs.

Enfin, une troisième opinion très répandue regarde Moïse comme auteur de ce livre (quelques talmudistes, plusieurs Pères, Jacques d’Edesse, Ephrem Syrus, Eusèbe, Jahn, Michaélis). Ce qui plaide en faveur de cette hypothèse, c’est que Job renferme des allusions assez fréquentes à l’Égypte, et que la description du crocodile en particulier suppose une certaine connaissance de ce pays ; on ajoute que le séjour de Moïse dans les déserts de l’Arabie peu après sa fuite d’Égypte, a été un temps très favorable à la composition d’un livre où l’auteur expose que la prospérité n’est pas une preuve de justice, ni le malheur une preuve de péché. On remarque enfin l’analogie qu’il y a entre Job et le Pentateuque pour le style. Ces circonstances prouvent seulement que l’époque de Moïse, fort ancienne, doit avoir été celle de la composition de cet ouvrage ; mais, dit Eichhorn, le style des livres de Moïse et celui de Job sont trop différents pour que leur composition puisse être attribuée au même auteur. L’archevêque Magee a émis une opinion partagée par Horne, et qui rentre dans celle qui précède, c’est que Job aurait écrit lui-même l’ouvrage primitif, et que Moïse l’aurait transcrit en l’appropriant aux besoins des Juifs, et en le sanctionnant de son autorité.

Pour parvenir à un résultat sur cette question, fixons quelques points comme jalons directeurs.

1°. On voit d’abord que l’auteur du livre connaît l’histoire la plus ancienne du genre humain ; il renferme des allusions à la création et à la chute de l’homme (9.8-9 ; 10.9 ; 12.7-10 ; 15.7 ; 20.4 ; 26.6-13 ; 27.2 ; 31.33 ; 38.4ss ; cf. Genèse 1-3). Il connaît aussi le nom de Jéhovah, ce qui prouve qu’il était Hébreu et au courant des plus anciennes traditions des Hébreux. On pourrait donc croire qu’il a vécu en Palestine, après Moïse.

2°. Mais il ne paraît connaître ni la loi, ni la constitution politique d’Israël. Le grand nom de la Torah (la loi), si solennel pour les Juifs, n’est pris (22.22), que dans le sens d’instructions, de préceptes ; et, quant à des allusions, celles que l’on a voulu chercher et trouver, prouvent plutôt le contraire, par exemple 24.3. Il y a même dans Job des usages contraires à la législation mosaïque (cf. 42.15 et Nombres 27.8), Job est prêtre lui-même et sacrifie des victimes à l’Éternel ; ailleurs (12.20), les prêtres sont regardés comme les chefs et les princes de la nation, ce qui rappelle les temps d’Abram à Mamré (Genèse 13.18). Nous sommes conduits de là à fixer notre attention sur un temps antérieur à la théocratie.

3°. Tout est patriarcal dans ce livre ; Job est un prince, un émir ; nomade comme un arabe ; les vieillards sont l’autorité dont la sagesse est prise pour arbitre (5.13-22 ; 8.8 ; 12.12-20 ; 15.10-18 ; 32.6) ; lui-même atteint un âge qui appartient plus aux jours d’Abraham qu’à ceux de Moïse. Il distingue, avec la simplicité d’un Arabe bédouin, le pays, c’est-à-dire sa patrie, et le dehors, l’étranger (18.17).

Le jugement est dans les mains du patriarche (31.13). Les bêtes sauvages du désert, les lions, les onagres, sont fréquemment employées comme images (4.10 ; 11.12 ; 24.5) ; de même les caravanes qui traversent le désert, les fleuves, les brigands (6.5-19 ; 14.11 ; 30.3). Il a vécu sous le ciel, il a observé les étoiles comme un Arabe, et montre des connaissances remarquables en astronomie.

4°. D’autres circonstances encore montrent évidemment la haute antiquité du livre. Il est question, dans Job, des Chaldéens, que Moïse connaît aussi, mais qui ne reparaissent dans l’histoire qu’au temps d’Ésaïe, et alors comme un peuple beaucoup plus civilisé. L’usage des Romains, de déposer un enfant nouveau-né aux pieds de son père, qui était libre ou de le laisser, de l’abandonner, ou de le relever (de là élever un enfant) et de le prendre sur ses genoux en signe d’adoption ; cet usage contraire à la loi hébraïque, et dont on trouve des traces dans la Genèse, (50.23 ; 30.3), se montre aussi dans le livre de Job (3.12). Nommons encore la description du cheval, qu’un Hébreu n’eût pas faite avec autant de complaisance (39.22-28), et l’on se convaincra facilement que la patrie de l’auteur n’était pas la Palestine, et que la scène même se passait en Arabie.

5°. Enfin, c’est avec cette opinion seulement qu’on peut se rendre compte de plusieurs particularités que présente le style de cet ouvrage ; on y trouve des formes tout à fait antiques, un seul genre pour le pronom personnel (31.10 ; etc.), des expressions chaldéennes et l’influence de l’arabe nous renvoient à un temps où les dialectes étaient séparés d’une manière moins tranchée, comme les dialectes grecs au temps d’Homère.

Ce que l’on oppose à cette opinion est assez insignifiant ; on a voulu voir dans les ruines, les tombeaux, les mausolées dont il est fait mention, les traces d’une époque plus moderne ; mais Bertholdt a montré (Anmerkungen) qu’avec une connaissance plus approfondie de l’antiquité toutes ces difficultés disparaissent.

Il n’y a donc que deux dates principales entre lesquelles il faille opter ; ou le livre de Job est fort ancien, ou il est tout à fait moderne ; et alors le choix n’est nullement douteux. Quant à des hypothèses de détail sur le temps et la personne de l’auteur, il serait absurde d’en faire ; on ne peut rien décider que négativement.

Quelques Allemands modernes, par un esprit d’hypercritique, ont imaginé de nier l’authenticité de quelques portions de Job ; ils ont rejeté le prologue, l’épilogue, et le discours d’Élihu ; (Bœrenstein, De Wette, Ewald). Ils trouvent en particulier que Élihu, en répondant à Job, montre qu’il ne l’a pas compris ; « mais, dit Hsevernick, toute la question consiste à savoir, puisque ces théologiens ne comprennent pas Job de la même manière qu’Élihu, si c’est Élihu, ou si ce ne sont pas eux qui ont mal compris. Il leur paraît encore singulier que Job ne réponde rien à ce discours : c’est probablement que le point de vue de Job est qu’il ne faut pas répondre quand on se reconnaît battu, tandis que ces disputeurs voudraient qu’on discutât éternellement ».

En fait de commentaires on n’en a pas beaucoup sur Job ; en français, on peut se procurer celui de Bridel de Lausanne ; en allemand, l’un des meilleurs et des plus modernes est celui d’Umbreit, deuxième édition, bon à étudier pour la langue et pour l’esprit.

Quant à la maladie de Job, voir Lèpre.

Jobab  
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