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Job
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Westphal Bost

Job (1)

Ou Jobab, troisième fils d’Issachar (Genèse 46.13)

Job (2)

Ou Jobab, fils de Zara, et petit-fils d’Ésaü (Genèse 36.33 ; 1 Chroniques 1.44). Voyez Éliphaz].

Job (3)

Ou Jobab, fils de Jectan (Genèse 10.28 ; 1 Chroniques 1.23).

Job (4)

Ou Jobab, roi de Madon (Josué 11.1).

Job (5)

Ou Jobab, fils de Géra [non pas de Géra, mais de Sabaraïm, qui était probablement fils de Géra], de la tribu de Benjamin (1 Chroniques 8.9).

Job (6)

Ou Jobab, fils d’Elphaal, de la même tribu (1 Chroniques 8.18).

Job (7)

Si célèbre par sa patience et par son attachement à la piété et a la vertu, il demeurait dans la terre de Hus ou dans l’Ausite, dans l’Idumée orientale, au environs de Bozra. On est fort partagé sur son origine et sur le temps auquel il a vécu. On lit à la fin des exemplaires grecs et arabes de Job et dans l’ancienne Vulgate latine, ces mots et l’on y dit qu’ils sont tirés du Syriaque : « Job a demeuré dans l’Ausite, sur les confins de l’Idumée et de l’Arabie ; son premier nom était Jobab. Il épousa une femme arabe, dont il eut un fils nommé Ennon. Pour lui, il était fils de Zara, des descendants d’Ésaü et de Bozra ; en sorte qu’il était le cinquième depuis Abraham. Il régna dans l’Idumée ; et voici l’ordre des rois qui y ont régné avant et après lui : Balac, fils de Béor, régna dans la ville de Dénaba ; après lui, régna job, autrement appelé Jobab. À Job succéda Asom, prince de Théman. Après lui régna Adad, fils ; de Barad, qui défit les Madianites dans les campagnes de Moab. Le nom de sa ville était Jéthem. Les amis de Job qui le vinrent trouver sont Éliphaz, de la postérité d’Ésaü ; et roi de Théman, et Baldad, roi des Sauchiens et Sophas, roi des Minéens.

Voilà ce que nous avons de plus ancien touchant la généalogie de Joab. Aristée, Philon, Polyhistor reconnaissent cette généalogie les anciens Pères grecs et latins ont reconnu et cité cette addition, et Théodotion l’a conservée dans sa traduction du livre de Job. Nous ne voyons aucune bonne raison pour rejeter cette tradition, qui vient apparemment des Juifs, et qui a été reçue par les anciens Pères. En la suivant, nous trouvons que Job était contemporain de Moïse. [Voyez Éliphaz].

Abraham, Isaac, Jacob, Ésaü, Lévi, Rahuel, Amram, Zaré, Moïse, Jobab (1 Chroniques 1.35-44).

Job était un homme plein de droiture, de vertu de religion (Job 1.1-4) ; il avait de très grands biens qui consistaient en bétail et en esclaves ; ce qui faisait alors les principales richesses, même des princes, surtout dans l’Arabie et dans l’Idumée. Sa famille était nombreuse puisqu’il avait sept fils et trois filles, et apparemment de la même femme ; enfin il était illustre parmi tous les orientaux et les peuples de deçà et de delà l’Euphrate. Ses enfants se traitaient tour à tour ; et lorsque le cercle des jours de festin était achevé, Job envoyait chez ses enfants, les purifiait, et offrait pour chacun d’eux des holocaustes, afin que Dieu leur pardonnât, s’ils étaient tombés dans quelques fautes contre lui. Pour lui, il nous dit lui-même qu’il avait un éloignement infini, non-seulement de l’injustice, de la fraude (Job 1.3 ; 29.7 ; 31.26), de l’adultère, mais qu’il évitait même jusqu’aux mauvaises pensées et aux regards dangereux, et qu’il avait fait un pacte avec ses yeux de ne regarder pas même une vierge (Job 31.9) ; qu’il était naturellement compatissant aux misères des pauvres, qu’il était le père de l’orphelin, l’appui de la veuve ; le conducteur de l’aveugle et le soutien du boiteux (Job 29.13-16)

Un jour les enfants de Dieu, ou les anges, s’étant présentés devant le Seigneur, Satan y parut aussi avec eux. Le Seigneur lui demanda s’il avait remarqué Job (Job 1.6-8), et la manière dont il vivait. Satan répondit que Job avait bien raison de servir et de craindre le Seigneur, puisqu’il l’avait comblé de tant de biens. Mais, ajouta-t-il, étendez un peu votre main, et vous verrez s’il ne vous maudira pas en face. Dieu permit à Satan de tenter Job dans tous ses biens ; mais il lui défendit de toucher à sa personne. Satan étant donc sorti de devant le Seigneur, alla exercer la permission que Dieu lui avait donnée.

Il commença par les bœufs. Une troupe de Sabéens, peuples arabes, vinrent fondre sur les laboureurs de Job, les passèrent au fil de l’épée, et enlevèrent tous les bœufs. Un seul serviteur échappa pour en apporter la nouvelle. Cet homme parlait encore, lorsqu’un second vint dire à Job : Le feu du ciel est tombé sur vos moutons et sur ceux qui les gardaient, et les a tous réduits en cendres ; et je me suis sauvé seul pour vous en dire la nouvelle. Il n’avait pas achevé de parler, lorsqu’un troisième vint dire à Job : Les Chaldéens, divisés en trois bandes, se sont jetés sur vos chameaux, et les ont enlevés. Ils ont tué tous vos gens, et je me suis sauvé seul pour vous en dire la nouvelle. Cet homme parlait encore, lorsqu’il en vint un quatrième, qui dit : Lorsque vos fils et vos filles mangeaient et buvaient dans la maison de leur frère aîné, un vent impétueux est venu fondre tout d’un coup contre la maison, et l’ayant ébranlée, l’a fait tomber sur vos enfants ; et ils ont tous été écrasés sous ses ruines. Je me suis échappé seul pour vous en dire la nouvelle. Alors Job déchira ses vêtements ; et s’étant coupé les cheveux, il se jeta par terre, en disant Je suis sorti nu du ventre de ma mère, et j’y retournerai nu. Le Seigneur m’avait tout donné, le Seigneur m’a tout ôté ; il n’est arrivé que ce qui lui a plu ; que le nom du Seigneur soit béni !

Satan se trouva encore une autre fois devant le Seigneur (Job 2.1-3) et le Seigneur lui ayant demandé s’il n’avait pas considéré la patience de Job, au milieu des maux dont il l’avait affligé, Satan repartit : L’homme abandonnera toujours peau pour peau, et il donnera tout pour sauver sa vie ; mais étendez votre main, et frappez ses os et sa chair, et vous verrez s’il ne vous maudit pas en face. Le Seigneur répondit : Va, il est en ta main ; mais ne touche pas à sa vie. Satan le frappa donc d’une effroyable plaie, depuis la tête jusqu’aux pieds ; et Job s’étant assis sur un fumier, ôtait, avec un morceau d’un pot de terre, le pus qui sortait de ses ulcères. Alors sa femme lui vint dire : Quoi ! vous demeurez encore dans votre simplicité et dans votre piété ; maudissez Dieu, et puis vous mourrez. Job lui répondit : Vous parlez comme une femme qui n’a point de sens. Si nous avons reçu les biens de la main du Seigneur, pourquoi n’en recevrions-nous pas aussi les maux ? Dans tout cela Job ne pécha point par ses lèvres.

Cependant trois amis de Job apprirent les maux qui lui étaient arrivés ; et étant partis chacun de leur pays, le vinrent trouver ; Éliphaz de Théman, Baldad de Such et Sophar de Namath. On en voit encore un quatrième, nommé Eliu de Buz (Job 32.2), qui parait au chapitre 32 de Job, et qui se mêle dans leur dialogue. Ces amis vinrent donc trouver Job ; et ayant levé les yeux de loin pour le considérer, ils ne le reconnurent point. S’étant enfin approchés, ils commencèrent à pleurer, à déchirer leurs habits, à jeter de la poussière en l’air, pour la faire retomber sur leur tête, et ils demeurèrent assis sur la terre auprès de lui pendant sept jours, sans lui rien dire. Mais à la fin, Job rompit le silence (Job 3.1-3), et se plaignit amèrement de son malheur. Ses amis, ne distinguant pas les maux dont Dieu éprouve ses amis de ceux dont il châtie les méchants, prirent les plaintes de Job pour autant de marques de son impatience, et l’accusèrent d’impiété envers Dieu, l’invitant à retourner à lui par la pénitence et à se soumettre humblement à sa justice, puisqu’il ne souffrait rien qu’il n’eût bien mérité par ses crimes précédents.

Job, convaincu de son innocence et sûr du témoignage de sa conscience, soutint au contraire que ses peines étaient au-dessus de ses fautes, et prouva que Dieu châtiait quelquefois les justes simplement pour les éprouver, pour leur donner lieu de se perfectionner, ou enfin parce qu’il le voulait pour des raisons inconnues aux hommes. C’est là le principe de Job. Ses amis étaient dans un système tout différent. Voilà sur quoi roule tout le livre de Job, et tous les discours que l’on y lit. Pour terminer cette dispute (Job 38-41), Dieu paraît dans une nuée, et décide en faveur de Job, sans toutefois approuver les expressions dures, que la véhémence de la douleur et la chaleur de la dispute lui avaient comme arrachées. Job reconnut humblement sa faute, et en demanda pardon (Job 42). Le Seigneur condamne les amis de Job, et leur ordonne d’expier leurs péchés par des sacrifices qu’ils feront offrir par les mains de Job. Il retire et arrête le pouvoir du démon, rend la santé à Job, lui donne le double des biens, qu’il possédait auparavant, lui accorde une belle et nombreuse famille, et couronne une sainte vie par une heureuse mort. Voilà le précis de l’histoire de Job.

Le temps auquel ce saint homme a vécu est un point fort contesté. Mais en le supposant contemporain de Moïse, et plaçant le temps de son épreuve quelques années après la sortie de l’Égypte (on ne peut pas le mettre auparavant, puisqu’il parle de cet événement (Job 26.12), il pourra avoir vécu jusqu’au temps d’Othoniel. Supposant, par exemple, qu’il fut frappé de Dieu sept ans après la sortie d’Égypte, en l’an du monde 2520 avant Jésus-Christ 1480, avant l’ère vulgaire 1484, et ayant vécu cent quarante ans après son rétablissement, comme il le dit lui-même (Job 42.16), il sera mort en 2660, deux ans avant la mort d’Othoniel. On croit qu’il avait vécu soixante et dix ans dans la prospérité, et qu’après sa disgrâce, Dieu lui doubla ce nombre. Ainsi il aura vécu en tout deux cent dix ans, supposé que sa disgrâce n’ait été que d’un an. Ceux qui veulent qu’il ait été sept ans, ou même davantage, dans la maladie, pourront augmenter d’autant le nombre que nous avons marqué ; car en cela on n’a rien de bien certain.

On a montré son tombeau en plus d’un endroit. Le plus célèbre est dans la Trachonite, vers les sources du Jourdain, où l’on remarque depuis plusieurs siècles, une pyramide, que l’on croit être le tombeau de Job. On place ce tombeau entre les villes de Théman, de Suéthe et de Naamath, que l’on suppose avoir été dans ce pays-là. Le paraphraste chaldéen nommé Coc le fait vivre dans l’Arménie ; et les voyageurs disent qu’on y montre un tombeau de Job. Mais on croit que ce Job était un capitaine mahométan, assez nouveau. Un autre interprète chaldéen place Job à Constantinople. On montre auprès des murailles de cette ville un tombeau que quelques-uns ont pris pour celui de Job : mais on assure que ce Job était un Arabe de ce nom qui fut tué dans un siège de Constantinople en 672 ; et enterré au pied de ses murs.

Il y avait au sixième siècle à Constantinople un monastère dédié à saint Job ; mais on ne dit pas que son corps y ait été. Eusèbe et saint Jérôme assurent que l’on tenait par tradition que la demeure de Job avait été à Astaroth-Carnaïm, ville située dans la Batanée au delà du Jourdain ; et qu’on y voyait encore sa maison. L’Écriture (Genèse 36.32 ; 1 Chroniques 1.43-44) donne à Jobab, que nous croyons être le même que Job, Dénaba pour capitale de son royaume. Cette ville était dans l’Ausite, ou dans l’Arabie Déserte. Comme nous supposons que Job est le même que Jobab, nous devons dire qu’il vécut et mourut à Dénaba.

On a prétendu avoir à Rome les reliques de saint Job, et on dit que Rhotaris, roi des Lombards, les y avait apportées dès le septième siècle. Elles y demeurèrent jusqu’au dernier siècle, qu’elles en furent enlevées par des voleurs, sans qu’on sache ce qu’elles sont devenues depuis. Le nom de Job se trouve dans les anciens martyrologes, avec le titre de prophète, de saint et de martyr. Son culte est fort ancien et fort étendu chez les Grecs et chez les Latins. Les Grecs ont choisi le 6 de mai pour faire la fête de saint Job, et ils ont été suivis par les chrétiens d’Arabie, d’Égypte, d’Éthiopie, de Russie ou de Moscovie. Les Latins font la fête le dixième de mai. C’est le premier des saints de l’Ancien Testament, après les frères Machabées martyrs, à qui l’Église chrétienne d’Occident ait décerné des honneurs publics religieux ; et on ne connaît aucun saint entre les patriarches et les prophètes à qui l’on ait consacré des églises ou dédié des chapelles en plus grand nombre qu’à ce saint homme : On en voit une infinité surtout en Espagne et en Italie, et on l’invoque principalement contre la lèpre, la ladrerie, la gale, la vérole et les autres maux qui ont du rapport à ceux-là. Voyez M. Baillet, Vie des saints de l’Ancien Testament, dixième de mai.

Nous avons traité de la maladie de Job dans une Dissertation particulière, imprimée à la tête de notre Commentaire sur Job. Pinéda avait traité le même sujet longtemps avant nous, et avait trouvé dans le corps de ce saint homme jusqu’à trente-deux ou trente-trois sortes de maladies. Bartholin, lui, en compte près de douze ; et saint Chrysostome ne feint pas de dire que Job essuya tous les maux qu’un homme est capable de souffrir, et qu’il les souffrit au souverain degré ; que le démon épuisa sur lui tous les traits de sa malice ; en un mot, que ce saint homme fut mis à toute épreuve, et qu’il endura tous les maux du monde dans un seul corps. En considérant exactement tout ce que Job dit de lui-même dans son livre, il nous parait que la plupart des circonstances de son mal sont des symptômes de la lèpre ; et l’on peut avancer que c’est le sentiment de la plupart des Pères et des commentateurs. Saint Chrysostome, Apollinaire, Polychrone, le prêtre Philippe, le vénérable Bède, l’auteur des Sermons « ad Fratres in Eremo », cité sous le nom de saint Augustin, Pinéda, Bartholin, Bolduc, Vatable, Cyprien de Citeaux et plusieurs autres l’enseignent d’une manière explicite ou du moins implicite.

Ceux qui ont enseigné qu’il était attaqué du mal honteux, que l’on appelle mal de Naples ou vérole, reviennent à-peu-près au même sentiment, puisque ce mal n’est autre apparemment que la lèpre. L’Église latine invoque saint Job dans ces sortes de maladies ; et on lui a consacré la plupart des ladreries, des léproseries et des hôpitaux où l’on traite ceux qui sont attaqués de ce honteux mal. Nous ne prétendons pas par là faire aucune tache à l’honneur et à la sainteté du saint dont nous parlons. On peut être attaqué de cette maladie, sans avoir commis aucune action d’intempérance ; et les voyageurs enseignent qu’elle se communique dans les pays chauds avec une si grande activité, qu’il ne faut souvent que s’entretenir familièrement avec une personne gâtée de ce mal, pour le gagner. Voyez notre dissertation sur ce sujet.

Quelques-uns ont douté de l’existence de la personne de Job, et ont traité son livre d’histoire fabuleuse, et faite à plaisir. Spinosa a cru que Job était un païen d’autres le font vivre avant Moïse ; d’autres, du temps de Moïse ; et d’autres, après lui, et sous les Juges. Il y en a qui le reculent

Jusqu’au temps de David et de Salomon, d’autres, jusque vers la captivité de Babylone, ou même jusqu’au temps de cette captivité. Enfin il y a des rabbins qui croient qu’il a vécu sous le règne d’Assuérus et d’Ether, et qu’il avait une école à Tibériade dans la Palestine, avant qu’il fût transporté à Babylone. Mais on ne peut nier l’existence de Job, sans démentir Ézéchiel (Ézéchiel 14.14),Tobie (Tobie 2.12-15) saint Jacques (Jacques 5.11), qui en parlent comme d’un saint homme, d’un vrai modèle de patience ; sans s’opposer au torrent de toute la tradition des Juifs et des chrétiens, et à toute l’autorité des Pères grecs et latins.

Job n’a pas vécu sons la loi des Juifs, et n’a peut-être pas été soumis à la loi de la circoncision, et en ce sens on peut avouer qu’il a été païen, comme on dit que Melchisédech et quelques autres justes l’ont été ; mais en ce sens le nom de païen n’a rien d’odieux ni de méprisable. Quoique le temps auquel ce saint homme a vécu soit encore douteux, on ne peut toutefois le reculer jusqu’au temps de David et de Salomon ; et beaucoup moins jusqu’à la captivité de Babylone, puisqu’il est cité par Tobie et, par Ézéchiel comme un ancien patriarche et puisqu’il parle de Pharaon, et du passage de la mer Rouge d’une manière assez expresse (Job 26.12 ; 15.24-25) ; quoiqu’il ne soit pas impossible que celui qui a écrit son livre en l’état où nous l’avons n’ait vécu après David et après Salomon puisqu’il semble quelquefois faire allusion aux Psaumes, à Jérémie et aux Proverbes.

Les Orientaux ont débité sur le sujet de Job plusieurs particularités qui ne se lisent pas dans l’Écriture. Ils font ainsi sa généalogie : Abraham, Isaac, Ésaü, Razakh, Anosch, Job, ou Aiub, comme ils l’écrivent. Eutychus, patriarche d’Alexandrie, le fait aussi descendre d’Ésaü de cette manière :

Ésaü, Raguel, Razakh, Amos, Job. Mais il y a des historiens arabes qui le font descendre d’Ismaël, et qui prétendent qu’il est le premier des trois prophètes descendants d’Ismël ; ces trois prophètes sont, selon eux, Job Jéthro et Mahomet. Les mêmes auteurs croient que sa femme s’appelait Rasima, et qu’elle descendait de la race de Loth, c’est à dire des Moabites ou des Ammonites ; que Job fut affligé d’une grande maladie pendant trois ans, selon les uns, ou pendant sept ans, selon les autres qu’alors, ayant recouvré sa santé à l’âge de 80 ans, il eut un fils nommé Basch-Ben Aiub, ou Basch fils de Job. Quelques autres historiens lui en donnent jusqu’à cinq, avec lesquels ils disent qu’il fit la guerre à une nation d’Arabes qui confinait avec l’Idumée, et qui s’appelait Dhul-Khefel. Ce nom leur avait été donné, parce qu’ils étaient tout déhanchés, et, qu’ils ressemblaient, par les jambes et les cuisses, au train de derrière d’un cheval, à-peu-près comme l’on dépeint les centaures. Job, aidé de ses fils, extermina ce peuple brutal, qui refusait de recevoir le seul Dieu qu’il leur prêchait.

Le Seigneur ayant béni Job, et l’ayant comblé de biens, le démon en conçut de la jalousie ; et s’étant présenté à Dieu lui dit que Job ne le servait que par intérêt ; que s’il retirait une fois ses faveurs Job ne lui rendrait pas une seule adoration par jour. Dieu lui permit de lui enlever ses biens et ses enfants, et Job n’en devint pas moins fidèle à servir Dieu, ni moins soumis à sa volonté.

Cette constance augmenta la rage et la jalousie de Satan ; il se présenta de nouveau devant le Seigneur, et lui dit que Job ne continuait à le servir que dans l’espérance de recevoir de nouveaux bienfaits de sa libéralité ; mais que s’il le frappait dans son corps, il verrait qu’il abandonnerait entièrement son service, et qu’il s’échapperait en murmure contre lui. Dieu permit encore au démon d’éprouver Job par une dangereuse maladie, à condition néanmoins qu’il épargnerait sa bouche, ses yeux et ses oreilles. Alors le démon lui souffla par le nez une chaleur si pestilentielle, que la masse de son sang en fut aussitôt corrompue, et que tout son corps ne devint qu’un ulcère, dont la puanteur écartait loin de lui tous ceux qui voulaient l’approcher.

On fut obligé de le mettre hors de la ville, dans un lieu fort éloigné ; et malgré tous ces maux, Job ne perdit jamais patience. Sa femme nommée Rasima ne l’abandonna point, et ne manqua point de lui porter tout ce qui lui était nécessaire. Le démon de son côté lui dérobait tout ce qu’elle avait préparé pour lui donner, et l’ayant enfin réduite à n’avoir plus rien de quoi soulager son mari, il lui apparut sous la forme d’une femme chauve, qui lui dit que si elle voulait lui donner les deux tresses de ses cheveux qui lui pendaient sur le cou, elle lui fournirait tous les jours de quoi faire subsister sont mari. Rasima accepta cette offre, et donna ses deux tresses à la vieille.

Le démon alla aussitôt trouver Job, et lui dit que sa femme ayant été surprise dans une action déshonnête, on lui avait coupé ses cheveux. Job s’aperçut bientôt que ses cheveux, lui manquaient, et se doutait bien qu’elle s’était laissé tromper du démon, jura que s’il recouvrait jamais sa santé, il la châtierait sévèrement de cette faute. Le démon, fort satisfait d’avoir fait tomber Job dans l’impatience, se transforma aussitôt en ange de lumière, et alla annoncer, comme de la part de Dieu, aux peuples du pays, que Job était déchu de la faveur de Dieu, et qu’ils ne devaient plus ajouter foi à ses paroles, ni permettre qu’il demeurât parmi eux, de peur que la colère de Dieu ne s’étendit sur toute leur nation.

Job, ayant appris tout ce qui s’était passé, eut recours à Dieu, et lui dit avec confiance : Seigneur, la douleur me serre de tous côtés ; mais vous êtes le plus miséricordieux de tous ceux qui font miséricorde. Cette prière achevée, Dieu fit cesser en un moment toutes les souffrances de Job. L’ange Gabriel descendit du ciel, prit Job par la main, le fit lever du lieu où il était, frappa la terre de son pied, et en fit sourdre une fontaine d’eau très-pure, dans laquelle Job ayant lavé son corps et en ayant bu, se trouva tout d’un coup parfaitement guéri et rétabli en une parfaite santé. Après cela, Dieu lui rendit ses biens, et les multiplia de telle sorte que, pour en exprimer l’abondance, les auteurs arabes disent qu’il tombait chez lui une pluie d’or.

Livre de Job : On a formé une infinité de conjectures diverses sur le livre de Job. Les uns ont cru que Job lui-même l’avait écrit en syriaque ou en arabe, et qu’ensuite Moïse ou quelque autre Israélite l’avait mis en hébreu d’autres l’ont attribué à Eliu, l’un des amis de Job, ou à ses autres amis, ou à Moïse, ou à Salomon, ou à Isaïe, ou à quelque autre écrivain encore plus récent. Il est certain que le livre ne fournit en lui-même aucune preuve décisive pour en reconnaître l’auteur. Ce qui parait incontestable, c’est que celui qui l’a composé, quel qu’il soit, était juif de religion, et postérieur au temps de Job. Il y fait de trop fréquentes allusions aux expressions de l’Écriture, pour croire qu’elle ne lui ait pas été très-familière. Nous avons recueilli un grand nombre de ces allusions et de ces passages parallèles et semblables, entre Job et les autres écrivains sacrés, et nous avons mis dans leur jour les raisons de chacun des sentiments que l’on a proposés sur l’auteur de ce livre.

La langue originale du livre de Job est l’hébraïque, mais mêlée de plusieurs expressions arabes et chaldéennes, et de plusieurs tours qui ne sont pas connus dans l’hébreu ; d’où vient que cet ouvrage est si obscur et si difficile. Il est écrit en vers, mais de ces vers libres quant à la mesure et à la cadence, et dont la principale beauté consiste dans la grandeur de l’expression, dans la hardiesse et la sublimité des pensées, dans la vivacité des mouvements, dans la grandeur des peintures, dans la variété des caractères. Je ne crois pas que dans toute l’antiquité, on puisse trouver une poésie plus riche, plus relevée, plus magnifique, plus variée, plus ornée, plus touchante que celle-ci. L’auteur, quel qu’il soit, a mis en œuvre toutes les beautés de l’art, pour faire soutenir à chacun des quatre personnages qu’il introduit sur la scène, son propre caractère, et les sentiments qu’ils se sont engagés de défendre. Le fond de l’histoire et ses circonstances sont dans l’exacte vérité ; les sentiments, les raisons et les preuves des personnages y sont très-fidèlement exprimés ; mais il y a beaucoup d’apparence que les termes et le tour de l’expression sont l’ouvrage du poète, ou de l’écrivain, quel qu’il soit [Le livre de Job est le premier drame du monde et peut-être le poème le plus ancien. J’ai eu l’idée de composer un Job, mais je l’ai trouvé trop sublime. Il n’y a point de poésie que je puisse comparer au livre de Job. » Lord Byron, dans ses Conversations, tome 12 de ses couvres, pages 326, Paris Ladvocat].

Quant à la canonicité du livre de Job, elle est reconnue généralement dans les Églises grecque et latine ; elle y a toujours passé comme un article de foi ; et ce sentiment est venu de la synagogue à l’Église chrétienne. Saint Paul semble citer en plus d’un endroit le livre de Job ; du moins il y fait visiblement allusion (Romains 2.11 ; Job 34.19 ; 1 Timothée 6.7 ; Job 1.21 ; Hébreux 12.5 ; Job 5.17). Saint Jacques dans son Épître, loue la patience de Job, et dit qu’elle est connue à ceux à qui il écrit (Jacques 5.11). Théodore de Mopsueste accuse l’auteur du livre do Job d’une vaine ostentation des sciences profanes, de la Fable et de l’histoire poétique. Il lui reproche aussi de faire dire à Job des choses incompatibles avec la religion et la sainteté de ce saint homme, et plus capables de scandaliser que d’édifier. Mais ce fameux et hardi critique ne jugeait du livre de Job que sur la version grecque qu’il avait entre les mains, où l’on remarque effectivement quelques allusions à la Fable et à l’histoire poétique. Mais s’il avait vu le texte original, il n’y aurait rien remarqué de pareil. Quelques-uns accusent Luther et les anabaptistes de rejeter aussi le livre de Job ; mais Scultet et Spanheim tâchent d’en justifier Luther. On peut consulter sur toutes ces difficultés que nous venons d’exposer sommairement et sur plusieurs autres que l’on forme sur la personne et sur le livre de Job, le commentaire du P. Pinéda, notre commentaire et l’Histoire de Job de M. Spanheim. [Sur les mêmes difficultés, voyez aussi les dissertations qui précèdent le livre de Job dans la Bible de Vence, les notes de M. Drach sur les premiers versets du premier chapitre, et Herder, Histoire de la poésie des Hébreux, part. 1, notamment le cinquième dialogue. La Fable s’est emparée de l’histoire de Job comme de tant d’autres ; c’est ce que prouve Delort de Lavaur dans son livre intitulé : Conférence de la Fable avec l’Histoire sainte, chapitre 21 pages 147-154 de l’édition in-8° ; Avignon, 1835. Il est difficile, en lisant ce chapitre, de ne pas reconnaître toute l’histoire de Job dans la fable de Niobé. Voyez Or et Zodiaque].