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Vengeance
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Westphal Bost

La vengeance, en tant qu’elle enferme du ressentiment et de la douleur de l’injure qu’on nous a faite, ne convient point à Dieu. Nulle créature ne peut troubler sa paix, ni lui causer de la douleur et du ressentiment. Ultio doloris confessio est, dit Sénèque. L’homme ne cherche à se venger, que parce qu’il est blessé et sensible à l’injure. Lors donc que l’Écriture dit que Dieu se venge, elle parle d’une manière impropre et populaire. Il venge les injures faites à sa justice, à sa majesté, à l’ordre qu’il a établi dans le monde, mais sans émotion et sans plaisir. Il venge les torts faits à ses amis, parce qu’il est juste, et qu’il doit conserver l’ordre et la justice. L’homme se venge parce qu’il est faible, qu’il est blessé, qu’il s’aime trop. Une âme grande méprise les injures ; une âme éclairée des lumières de la foi en laisse la vengeance et le jugement à Dieu.

Dans l’Ancien Testament, Dieu tolérait la vengeance dans certains cas, pour éviter de plus grands maux. Par exemple, il voulait qu’on donnât dent pour dent (Exode 21.24), œil pour œil, etc. [Voyez Talion]. Il permettait, ou plutôt il tolérait que les parents d’un homme qui avait été mis à mort tirassent vengeance du meurtrier (Nombres 25.16-18). Et si un meurtrier volontaire s’était sauvé dans une ville d’asile, on l’en arrachait, et on le livrait entre les mains des parents du mort, pour en faire justice (Deutéronome 19.12). La parenté se croyait obligée de poursuivre la vengeance de tels meurtres, et les Hébreux appelaient Goel ou Rédempteur celui à qui cette sorte de vengeance appartenait. [Voyez Rédempteur et Vengeur (I)].

Mais ces tolérances n’étaient accordées qu’à la dureté du cœur des Juifs : Ad duritiam cordis vestri, comme dit Jésus-Christ à l’occasion du divorce. Dieu s’était assez déclaré pour faire comprendre aux gens de bien que la vengeance lui appartenait : (Deutéronome 33.35). Il défend la haine et la vengeance en termes exprès ; il ne veut pas que l’on conserve de l’animosité dans son cœur contre son frère (Lévitique 19.17-18). Et lorsque Dieu semble établir la loi du talion, il ne permet pas la vengeance, mais il la modère Non fomes, sed limes furoris est, dit saint Augustin. Il n’entend pas irriter la colère, mais en arrêter les progrès et les suites.

Le jour de La vengeance, marque quelquefois le dernier jour de son jugement, auquel Dieu se vengera de tous ses ennemis ; et quelquefois le jour de la vengeance marque la peine que Dieu tire de ses ennemis, lorsque les iniquités sont montées à leur comble. Voyez (Exode 32.34 ; Isaïe 34.8 61.2 63.4 ; Luc 21.22).

La vengeance est ordinairement exprimée dans l’Hébreu sous le nom de consolation ; et quoique saint Jérôme ait ordinairement mis le mot de venger, il n’a pas laissé quelquefois de laisser les mots de consoler et de consolation dans le sens de vengeance. Par exemple (Isaïe 1.24). Et dans les Machabées : (2 Machabées 7.6). Et dans Isaïe : (Isaïe 57.18). Mais les exemples en sont bien plus fréquents dans l’Hébreu.

La vengeance se met quelquefois dans l’Écriture pour la sainte attaque, ou pour l’injure que l’on fait à un autre, mais que l’on ne manque pas de colorer du titre de juste vengeance. Ainsi Nabuchodonosor jure par son trône qu’il se vengera de ceux qui n’ont pas voulu se soumettre à son empire (Judith 1.12 ; 2.1), comme s’il avait eu droit d’exiger d’eux cette soumission. De même les Iduméens ont exercé leur vengeance contre Juda (Ézéchiel 25.12). Il faut entendre sous ces expressions, exercer sa haine, satisfaire sa mauvaise volonté.

Quand on dit que Dieu accorde la vengeance à quelqu’un (Psaumes 17.48), cela marque, ou qu’il lui livre ses ennemis entre les mains pour en tirer vengeance, ou qu’il punit lui-même, par un effet de sa justice, ceux qui ont affligé ses serviteurs.

(1) Voici quelques détails sur le droit de la vengeance particulière parmi les Arabes de nos jours, d’après John Lewis Burckhardt, Notes on the Bedouins and Wahabys, Notes sur les Bédouins et les Wababys, in-4., 1830.

Le principe de la vengeance particulière, avec tous ses détails, le droit du sang et le prix du sang, ne sont nullement le fait seul des Arabes. Il a lieu dans chaque communauté où un gouvernement régulier et la force de la justice n’ont pu encore l’emporter. Mais il semble qu’on ne pourrait pas trouver une seule nation, excepté celle des Arabes, où l’on en ait fait un système aussi régulier. Le Koran a voulu le limiter aux coupables ; cette modification n’a jamais été admise par les Bédouins, qui continuent a étendre à toute la parenté des deux côtés le droit et le devoir d’exiger et de payer le sang. M. Burckardt a construit des figures qui expliquent comment ces droits se ramifient ; d’où l’on peut généralement conclure qu’ils ne s’étendent point latéralement au delà du cinquième cousin, mais que la progression descendante ne cesse jamais que l’on n’ait obtenu satisfaction. La satisfaction régulière, et strictement la satisfaction honorable, est celle de répandre le sang du meurtrier, ou de tous ceux qui sont alliés avec lui dans le Khornse ou à des degrés déterminés, Cependant on leur accorde l’intervalle sacré de trois jours ; et un tiers, dont souvent ils profitent pour s’enfuir jusqu’aux tentes d’une tribu éloignée. En général depuis quelque temps on aperçoit une disposition croissante à négocier. Divers principes commencent à agir même sur ces cœurs altiers. Les prétentions élevées de vengeance et d’affection blessée cèdent aux plus vils motifs, et l’on fonde sur toutes les parties de l'offense des calculs pour satisfaire l’avarice. On a l’habitude de prendre entre les amis communs des arrangements pour le payement du desy ou le prix du sang. Les tableaux de M. Burckardt varient quant au montant, probablement selon la différence des tribus ; quelquefois c’est 50, et quelquefois 100 chameaux, auxquels on ajoute quelques articles de peu d’importance. On obtient ordinairement quelque rabais par grâce et par faveur. Tous les parents qui sont enveloppés dans la dette du sang et orgueilleux d’un allié qui a toit son homme, contribuent à former le montant exigé. Dès qu’on est d’accord sur les conditions, les amis des deux côtés se réunissent on tue la femelle d’un chameau ; et quand la fête est finie, le débiteur ou le meurtrier attache un mouchoir blanc au fer de sa lance comme un témoignage qu’il a acquitté sa dette du sang.