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Tripoli
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Westphal

Ville de Phénicie située sur la Méditerranée, entre Botrys, au midi, et Arca, au septentrion. Elle est arrosée d’une rivière qui descend du Liban. Il en est parlé dans le second livre des Machabées (2 Machabées 14.1), où il est dit que trois ans après la mort d’Antiochus Épiphane, Démétrius, fils de Séleucus, à qui le royaume de Syrie appartenait de droit, s’enfuit, de Rome et vint aborder à Tripoli. Le nom de Tripolis, en grec, signifie trois villes, parce qu’en effet elle était composée de trois villes éloignées l’une de l’autre de la longueur d’une stade. L’une de ces villes était aux Aradiens, l’autre aux Sidoniens, et la troisième aux Tyriens. Elle est encore aujourd’hui considérable, à cause de son port ; il est fait en forme de péninsule et ressemble assez à celui de Jaffa, ayant une infinité de petits rochers ou d’écueils à son entrée : ce qui oblige les vaisseaux de prendre le large et de demeurer au loin à la rade. La ville n’a aucunes fortifications ; les édifices et les maisons lui servent de murailles ; ses rues sont fort étroites. Au pied du château passe un fleuve nommé Nahar Kadischa, ou le Fleuve Saint ; il tire sa source des fontaines et des neigés fondues qui descendent du Liban, et spécialement de la fontaine appelée dans l’Écriture (Cantique 4.15) fontaine des Jardins. La ville est arrosée des eaux de ce fleuve, que les habitants conduisent, par de petits canaux, où ils veulent, et en bouchent les sorties pour inonder la terre et les jardins des environs. Cette ville est encore fameuse par le grand commerce qui s’y fait de toutes sortes de marchandises qui y arrivent tant par mer que par terre [Dans l’année 1108, dit M. Michaud (Histoire des Croisades, tome 2 pages 41,43), Bertrand, fils de Raymond, comte de Saint-Gilles, vint en Orient avec soixante-dix galères génoises ; elles devaient l’aider à conquérir plusieurs villes de la Phénicie. On commença par Biblos, qui, après quelques assauts, ouvrit ses portes aux chrétiens ; on alla ensuite assièger la ville de Tripoli. La conquête de cette place avait été la dernière ambition du vieux comte Raymond ; pour réussir dans ses tentatives souvent renouvelées, il implorait les armes de tous les pèlerins qui arrivaient de l’Occident. Avec leur secours il avait bâti, sur une colline du voisinage, une forteresse qu’on appelait le château ou le mont des Pèlerins. L’infatigable athlète du Christ tomba d’un toit de ce château et mourut de sa chute, avec le regret de n’avoir pu arborer l’étendard de la croix sur la ville infidèle. Le roi de Jérusalem vint au siège de Tripoli avec cinq cents chevaliers ; sa présence redoubla le zèle des assiègeants. La ville, dès longtemps menacée, avait demandé des secours à Bagdad, à Mossoul, à Damas. Abandonnée par les puissances musulmanes de la Perse et de la Syrie, elle avait tourné ses dernières espérances vers l’Égypte ; mais, tandis que les assiégés attendaient les flottes et les armées égyptiennes, un messager arriva sur un vaisseau, leur demanda, au nom du calife, une belle esclave qui était dans la ville, et du bois d’abricotier propre à fabriquer des luths et des instruments de musique. L’historien arabe Novaïri, qui rapporte ce fait, ajoute que les habitants de Tripoli reconnurent alors qu’il n’y avait plus de salut pour leur ville : ils proposèrent donc aux chrétiens de leur en ouvrir les portes, à la condition que chacun serait libre de sortir avec ce qu’il pourrait emporter, ou de rester dans la cité en payant un tribut. Cette capitulation fut acceptée, et reçut son exécution de la part du roi Baudouin et du comte Bertrand ; mais, si l’on en croit quelques historiens, la soldatesque génoise se conduisit à Tripoli comme elle l’avait, fait naguère à Ptolémaïs.

Le territoire de Tripoli était renommé par la richesse de ses productions : dans les plaines et sur les collines voisines de la mer croissaient en abondance le blé, la vigne, la canne à sucre [Voyez Sucac], l’olivier et le mûrier blanc, dont la feuille nourrit le ver à soie. La ville comptait plus de quatre mille ouvriers instruits à fabriquer des étoffes de laine, de soie et de lin. Une grande partie de ces avantages furent perdus pour les vainqueurs, qui, pendant le siège, ravagèrent les campagnes, et, après la conquête de la cité, ne s’occupèrent pas des établissements de l’industrie. Tripoli renfermait encore d’autres richesses, peu recherchées sans doute par les guerriers de la Croix. Une bibliothèque y conservait en dépôt les monuments de la littérature des Persans, des Arabes et des Grecs ; cent copistes y étaient sans cesse occupés à transcrire des manuscrits ; le cadi, maître de la ville, envoyait dans tous les pays des hommes chargés de découvrir des livres rares et précieux. Après la prise de Tripoli, cette bibliothèque fut livrée aux flammes. Quelques auteurs orientaux ont déploré cette perte irréparable ; mais aucune de nos anciennes chroniques n’en a parlé : et leur silence en cette occasion montre assez l’indifférence profonde avec laquelle les soldats francs furent témoins d’un incendie qui dévora cent mille volumes.

Tripoli, avec les villes de Tortose, d’Archas, de Gibet, forma un quatrième État dans la confédération des Francs au delà des mers ; Bertrand, fils de Raymond de Saint-Gilles en prit possession immédiatement après la conquête, et prêta serment de fidélité au roi de Jérusalem dont il devînt le vassal ou l’homme lige.

Après la mort de Raymond, la ville et le comté de Tripoli appartinrent à Bohémond, prince d’Antioche. Environ quatre-vingts ans après que cette ville était au pouvoir des croisés, Saladin tenta inutilement de s’en emparer. Vers l’an 1200 elle fut en partie détruite par un tremblement de terre (Voyez Tremblement de terre). Plus tard elle fut exposée à un nouveau siège, par Malek Adhel ; et plus tard encore prise et en partie détruite par le sultan Kelaoun. Enfin elle fut reprise par les croisés et livrée aux flammes. Voyez la Correspond d’Orient, lettr. 158 et 159 ; tome 6 pages 384.