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Sinai
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Westphal

Ou Sina, montagne fameuse de l’Arabie Pétrée, sur laquelle Dieu donna la loi à Moïse (Exode 18.20 ; 24.16 ; 31.18 ; 34.2-4 Lévitique 25.1 26.45). Elle est située dans une espèce de péninsule formée par les deux bras de la mer Rouge, dont l’un s’étend vers le nord et se nomme le golfe de Colsum, l’autre s’avance vers l’orient et s’appelle le golfe d’Elan ou le golfe Elanitique. Les Arabes appellent aujourd’hui le Sinaï Tor, c’est-à-dire la montagne par excellence, ou Gibel-Mousa, la montagne de Moïse. Elle est à-deux cent soixante milles du Caire, et il faut ordinairement dix jours pour y arriver. Le désert de Sinaï, où les Israélites demeurèrent campés près d’un an, et où Moïse érigea le tabernacle de l’alliance, est considérablement élevé sur le reste de la contrée, et il y faut monter par un chemin très-âpre dont la plus grande partie est taillée dans le roc. On arrive sur un large espace de terre qui est une plaine environnée de tous côtés de rochers et de hauteurs, et longue à-peu-près de douze milles.

Vers l’extrémité de cette plaine, du côté du septentrion, s’élèvent deux hautes montagnes dont la plus élevée est Sinaï, et l’autre est Oreb. Ces deux têtes d’Oreb et de Sinaï montent fort droit et n’occupent pas beaucoup de terrain, en comparaison de leur extraordinaire hauteur. Celle de Sinaï est pour le moins plus haute d’un tiers que l’autre, et la montée en est beaucoup plus droite et plus difficile. Après qu’on est parvenu au sommet de la montagne, on trouve qu’elle se termine en une place inégale et raboteuse, qui peut contenir soixante personnes. Sur cette hauteur est bâtie une petite chapelle de Sainte-Catherine, où l’on croit que le corps de cette sainte a reposé trois cent soixante ans. Mais ensuite on le transporta dans une église qui est au pied de la montagne. Près de cette chapelle coule une fontaine dont l’eau est extrêmement fraîche ; on la croit miraculeuse, n’étant pas concevable d’où pourrait venir de l’eau sur la croupe d’une si haute et si stérile montagne.

Oreb est au couchant de Sinaï, en sorte qu’au lever du soleil l’ombre de Sinaï couvre entièrement Oreb. Outre la petite fontaine qui est tout au haut de Sinaï, et dont nous avons parlé, il y en a encore une autre au pied de cette montagne, ou de celle d’Oreb, qui fournit de l’eau au monastère de Sainte-Catherine. À cinq ou six cents pas de là, on montre une pierre haute de quatre ou cinq pieds et large environ de trois, qu’on dit être celle d’où Moïse fit sortir de l’eau. Sa couleur est d’un gris tacheté, et elle est comme plantée dans un espace de terre où il ne paraît aucun autre rocher. Cette pierre a douze trous ou enfoncements qui ont près d’un pied de large, et d’où l’on croit que sortit l’eau pour désaltérer les Israélites. Nous n’entrons point ici dans le détail de ce qui arriva durant le campement des Hébreux au pied du mont Sinaï ; on peut voir l’article de Moïse.

Les Arabes comptent entre les enfants d’Israël un nommé Thor, ou Thour, qui a donné son nom à la montagne de Sinaï, qu’ils appellent Thour-Sinaï. Ils donnent aussi le nom de Thour à la ville qui est au pied de la même montagne, sur le bord de la mer Rouge. Mahomet commence le chapitre de son Alcoran, intitulé de la Figue par le serment : Je jure par la figue, par l’olive, par le mont Sinaï et par la ville sûre et fidèle. La figue marque une montagne de la Palestine nommée Thor-Lina, la montagne de Figue ; l’olive marque le mont des Olives, près de Jérusalem ; le mont Sinaï est connu ; la ville fidèle est la Mecque. Sinaï est en grande vénération parmi les musulmans, à cause de la loi que Dieu donna aux hommes sur cette montagne. Ils l’appellent aussi quelquefois la montagne de Moïse.

Il y a sur cette montagne un monastère habité par des moines grecs qui n’avaient autrefois qu’une tour bâtie auprès du buisson ardent de Moïse. Ces moines, se trouvant exposés aux courses des Arabes qui mangeaient chez eux tout ce qu’ils trouvaient de provisions, et même jusqu’au pain consacré de l’Eucharistie, prièrent l’empereur Justinien de leur faire bâtir un monastère bien fermé pour les mettre hors d’insulte des Arabes. L’empereur accorda leur demande ; mais l’on dit qu’il fit mourir l’architecte qui avait choisi ce lieu pour le monastère, à cause de la proximité du buisson ardent et pour la commodité de l’eau.

L’on a donné à ce monastère et à la montagne même le nom de Sainte-Catherine, à cause d’une tradition reçue dans le pays, que le corps de cette sainte y avait été transporté par les anges [Personne n’a mieux exploré, étudié, décrit la péninsule du Sinaï que M. Léon de Laborde ; aussi allons-nous tirer de son Commentaire sur l’Exode et les Nombres les détails qui vont suivre].

Le savant voyageur fait d’abord connaître la tranquillité qui règne dans ce petit coin de l’univers et la sécurité dont on y jouit.

Plus loin, après avoir examiné et admis le récit de l’Exode, touchant l’accroissement de la population des Israélites en Égypte [Voyez Accroissement] et le chiffre de six cent mille hommes en âge de porter les armes, M. de Laborde examine la configuration de la presqu’île du Sinaï, et les ressources que ce pays offre aux hommes qui l’habitent aujourd’hui, et recherche comment les Israélites purent y séjourner. Mais laissons-le plutôt parler.

« Tous les commentateurs admettent que les Israélites entrèrent dans la péninsule du mont Sinaï vers le mois de mai, et en sortirent après y avoir séjourné onze mois et dix neuf jours Tous ceux qui se sont rendu cornpte (les exigences et des ressources de la vie nomade savent que les unes sont uniformément les mêmes, et que les autres ne varient pas dans leur périodicité ;, et que, une fois vaincues les difficultés de la première année, on peut compter sur les mêmes ressources les années suivantes pour répondre aux mêmes besoins.

Ces principes établis, nous examinerons, 1° la configuration du pays ; 2° les ressources qu’il présente à la population qui l’habite aujourd’hui.

En tirant une ligne de Silez à l’Akaba, sur les crêtes de la chaîne de Thyh, on obtient un triangle resserré au nord par le désert, à l’est et à l’ouest par les deux golfes de la mer Rouge. C’est la péninsule du Sinaï. Cette langue de terre est conformée d’une manière qui n’a rien de comparable en aucun pays. Composition et disposition de roches, formation des vallées, hauteur abrupte des montagnes, tout est insolite et particulier à ce petit coin du monde.

J’ai cherché, au moyen de dessins fidèles et de travaux topographiques répétés, à rendre ce bizarre caractère. Je renvoie à l’ouvrage que j’ai publié il y a bientôt dix années. Ici je me contenterai d’en faire ressortir sommairement les principaux traits.

Une croûte de rochers couvre tout cet espace que le géologue divise en deux grandes parts, dont l’une, de formation primitive, s’étend au sud d’une ligne qu’on tirerait depuis l’Akabah jusqu’à Ouadi-Mokatteb et Magara, et l’autre, composée secondairement de marbres et de calcaire, occupe la partie du nord. Comme disposition, elle est la même partout : c’est comme une vaste mer qui, sous l’impulsion d’une tempête, envoie ses vagues au ciel, creuse entre elles de profonds sillons. Là c’est comme une cascade à ressauts violents ; plus loin comme une avalanche menaçante ; d’un côté il semble que c’est un fleuve qui eniraîne avec lui son fond et ses rives, de l’autre on croit voir le résultat d’un tremblement de terre, d’un soulèvement intérieur. Supposons cet état violent surpris, fixé, glacé, pétrifié en masse de basalte, de granit et de porphyre, et nous aurons quelque idée du tableau qui se présente à la vue, lorsqu’on est parvenu au haut des sommets les plus élevés, tels que le Sinaï, le Serbal, le Saler, le Ferah ou le Gounné sur lashaîne de Thyh. De ce point, c’est un océan furieux de pierres silencieuses, un cahot menaçant, paisible et reposé ; du fond de ces vallées, c’est le courant le plus rapide du torrent le plus violent, endormi, arrêté subitement. Au lieu d’eau, ce fleuve roule des rochers de toute forme, de toute grandeur, arrêtés dans toutes les positions, et il écume de pierres amoncelées en longues traînées. Ici point de sable, le pays est à nu ; nu on dirait que le vent du désert a participé des mœurs de ses habitants ; il a dépouillé la montagne, et ce vaste corps s’offrant aux yeux sans végétation semble n’avoir conservé que sa charpente osseuse, que son squelette gigantesque, que ses articulations éparses.

Au nord de cette ligne que nous avons tracée, une aridité générale ; au sud une verdure abondante au fond des vallées, qu’arrose chaque année le retour périodique des pluies.

Formation primitive sans traces de volcans, sans apparence de grandes commotions modernes, elle s’offre à nous ce qu’elle a toujours été, sans que nous puissions supposer qu’a une époque historique quelconque elle fût autre que ce que nous la voyons. Dans un pays semblable, faisons la part des terrains habitables, je ne dis pas cultivables, mais seulement la part des terrains où le pied du chasseur arabe et de sa chèvre bondissante peuvent se placer et s’arrêter. Cette part n’est pas un vingtième…

M. de Laborde donne ici (pages 64) une carte de la péninsule du Sinaï ; il l’a dessinée pour servir à l’intelligence de la route, des stations et du séjour des Israélites ; on y voit à quel espace borné se réduisent les lieux habitables et les combinaisons des détours de l’itinéraire et de la position des stations.

Trente-huit choses y sont désignées ; ce sont des plaines, des montagnes, des vallées et des positions.

Les plaines, au nombre de cinq, sont : El Debbe, El Ain, El Orfan, El Raba, Ouadi-Sebaye.

Les montagnes sont au nombre de sept, savoir : Horeb, Sinaï, Sainte-Catherine, Om-Schommar, Serbal, Ferah, Pharaoun.

Il y a treize vallées, qui sont : Taib, Mokatteb, Feyran, Cheick, Ledeha, Hebran, Nasseb, Chamile, Barak, Gounne, et Ain, Zackal, Araba.

Quant aux positions, il en marque treize, savoir Magara, Sarbout el-Cadem, et Nakous, Charm-El-Beit, Cherm, Dahab, Magna, Azioum, Ackabah, le Couvent, le Couvent de Barabra, le Couvent du Serbal, Tor.

Cherchant ensuite le chiffre de la population de la presqu’île, du Sinaï, et examinant les ressources que ce petit espace peut fournir aux habitants, qui vivent en partie de la vie de pasteurs, il trouve que ce chiffre est de cinq mille âmes. De là il est naturellement conduit à l’examen d’une difficulté touchant le séjour de la multitude des Hébreux dans cet endroit, où cinq mille habitants n’ont que des ressources insuffisantes. Citons le savant voyageur.

Telle est donc, dit-il (pages 65-67), la population de la péninsule du Sinaï, cinq mille âmes, qu’il faudrait réduire de moitié si elle devait se suffire à elle-même uniquement par la vie nomade ; c’est-à-dire par les produits de ses troupeaux, employés comme nourriture, comme moyen de se vêtir et comme objet d’échange. Ajoutons à cet aperçu général du pays et de la population qui l’habite la description des chemins qui conduisent au Sinaï.

La position de cette montagne n’est contestée sérieusement par personne (l’opinion de lord Lyndsay, de Kynnaer, de plusieurs autres voyageurs et de l’auteur d’une nouvelle Histoire de la Palestine, n’a aucune valeur, j’aurai l’occasion de le démontrer). On admet avec le texte que les Israélites campèrent pendant près d’une année au pied du Sinaï ; il est donc bien entendu que les six cent mille combattants et tout ce que cette troupe d’hommes en état de porter les armes suppose de population, et toute la multitude du menu peuple et tous les troupeaux, sont parvenus jusqu’à la petite vallée qui s’étend au pied du groupe de rochers qui comprend le Sinaï (Tour-Sina), Horeb (Khouyreb) et la montagne de Sainte-Catherine (Djebel Catherin) ; or, et c’est le résultat d’une investigation topographique des plus minutieuses, je n’ai pas trouvé pour arriver à cette vallée un seul chemin qui ne présentât plusieurs défilés de moins de vingt mètres de large.

Ces chemins sont aujourd’hui difficiles, ils sont coupés en cascades, obstrués de rochers, mais en les supposant déblayés et plus unis, on ne peut croire qu’ils aient été plus larges, car ils sont bordés des deux côtés par des masses de granit qui s’élèvent presque perpendiculairement à cinq cent et mille pieds de hauteur, et qui n’admettent, en considération de leur formation primitive, aucune altération. Rues gigantesques, dont les ravins semblent être des ruelles adjacentes, elles ne permettent ni déviation, ni incertitude ; on les suit avec la trace des eaux qui les ont parcourues de tous temps, et l’on descend ainsi avec leur pente (Voir Voyage de l’Arabie Pétrée, pages une description de Ouadi-Sackal).

Il est dit plusieurs fois, dans le texte, que les Israélites partent et s’arrêtent ensemble ; vingt-quatre heures ne suffiraient pas pour faire défiler toute la multitude dont il est question, et le campement serait bien autrement didcile, même en supposant qu’elle marchât sur des rangs de vingt ou trente personnes de front. Moïse conduit et arrête son peuple dans Ouadi-Garandel, Taib, Feyran, Nasseb ; dans cette suite de ravins qui, parce qu’ils sont plus larges que les autres, ont reçu des noms et ont été suivis, de temps immémorial, par les caravanes qui se rendent au Sinaï ; mais aucun d’eux, en l’es prenant sur une lieue de longueur, n’offre un espace suffisant pour camper cent mille hommes seulement, et il s’agit de trois millions d’hommes et d’autant de bestiaux.

Les chiffres, tels que les présente l’Écriture, peuvent-ils être discutés, réduits, rejetés : grave question. Je résumerai en peu de mots les deux dénombrements, en apparence plus exacts que celui-ci, qui sont donnés dans le livre des Nombres.

Dans le chapitre 1°, on lit, versets 45 et 46 : Sexcenta tria millia virorum quingenti quinquaginta.

Et la tribu de Lévi n’était pas comprise dans ce chiffre.

Dans le chapitre 26 on trouve, verset 51 : Ista est summa filiorum Israël, qui recensiti sunt sexcenta millia et mille septingenti triginta.

Ajoutons vingt-trois mille hommes de la tribu de Lévi.

Ces trois dénombrements, y compris celui de l’Exode, malgré leur différence apparente, correspondent à-peu-près ensemble, et donnent un chiffre moyen de six cent mille combattants.

Remarquons d’abord que cette manière de compter la population par le nombre d’hommes en état de porter les armes s’est conservée chez les nomada, qui répondent chaque fois qu’on les questionne sur le chiffre de la population d’une tribu : Elle compte mille lances, deux mille lances. On était en état de porter les armes au-dessus de vingt ans. Les Arabes comptent parmi les combattants les jeunes gens au-dessus de quinze ans. La différence de longévité, à l’époque de Moïse et à la nôtre, donne l’explication de cette extension.

En admettant une longévité double de la nôtre, ce qui diminue plutôt qu’il n’augmente le chiffre, et en appliquant à ce nombre de six cent mille combattants les tables de proportion que donne en Orient la population, proportion qui, vu la fécondité des Hébreux, diffère quelque peu de la nôtre, nous arrivons à un chiffre de trois millions d’âmes ; il faut ajouter à ce chiffre la multitude du menu peuple, vulgus promiscuum innumerabile, qui, proportion gardée, devait être nombreuse, vu l’influence qu’elle a par ses murmures et par ses révoltes, dont elle menace le chef de la sainte expédition.

Qu’on se figure, à la suite de cette énorme caravane, les nombreux troupeaux de brebis, de gros bétail et de bêtes de toutes sortes, armenta et animantia diversi generis mulla nimis (Exode 12.38) qu’un peuple pasteur doit posséder en grand nombre.

Ces chiffres, donnés par le texte d’une manière aussi positive, peuvent-ils être récusés ?

La manière dont les nombres sont exprimés en toutes lettres dans le texte hébreu (les signes numériques n’ayant été adoptés qu’à une époque moderne) prévient l’idée de l’altération par la fraude ou l’inattention des copistes ; ce n’est même pas un total, nombre rond répété plusieurs fois sans variations et qui pouvait, une seule fois altéré dans un endroit, avoir conduit à l’altération de tous les autres passages, mais le chiffre divisé, fractionné, dans le dénombrement des douze tribus, se retrouve en addition à-peu-près le même, et les nombres affectés à chaque tribu varient selon des considérations particulières que nous ignorons, mais qui semblent présenter une garantie d’exactitude.

Voici le tableau de deux dénombrements généraux qui eurent lieu à quarante années de distance, au départ de l’Égypte et à l’arrivée dans la terre sainte. On verra que, bien que les données varient pour chaque tribu, le total n’offre qu’une légère différence de 1820 combattants.

Les résultats des augmentations dans certaines tribus, des diminutions dans d’autres, sont plus ou moins motivés dans le récit, l’ensemble même des chiffres est presque toujours en rapport avec celui des ennemis, soit Égyptiens, Madianites ou autres peuplades que les Israélites combattent, ainsi qu’avec l’importance du butin qu’ils prennent sur eux. Bien plus, il se retrouve, lorsque les Israélites poursuivent plus tard la conquête de la terre promise, en rapport avec la force de leurs hommes armés, au temps des juges, de 426700 (Juges, 20), sous Saül, de 330000, et sous David, de 1500000. Comment donc supposer qu’un système d’altération eût pu être poursuivi non-seulement dans le texte des cinq livres de Moïse, mais dans l’Ancien Testament tout entier, avec cet ensemble et cette concordance, sans frapper en même temps de discrédit la Bible entière. Une erreur de copiste est déjà un fait grave, difficile à admettre, pénible a avouer ; mais une suite d’altérations combinées avec autant de perfidie est inadmissible

Nous restons donc en face d’un document historique incontestable, et qui devient inconciliable avec la connaissance que nous avons du pays qui fut le théâtre des faits décrits par la Bible. Ni la configuration des vallées, ni l’espace habitable, ni les ressources de la population actuelle, ne permettent d’admettre le passage et le séjour de 3,000,000 d’hommes et d’autant de bestiaux dans l’Arabie Pétrée, quelle que soit la route qu’on trace à cette énorme caravane, quelle que soit la durée du séjour qu’on veuille substituer aux dates précises de la Bible, quelle que soit l’assistance que ce peuple entier trouve dans l’envoi journalier de la manne.

D’un autre côté cependant, si nous supposons une petite troupe de 600 hommes armés, ce qui donnerait proportionnellement un chiffre de 3,000 âmes réunies, chiffre qui est à-peu-près celui de toute la population actuelle de la péninsule, et si nous faisons suivre cette petite émigration de ses bagages, de ses tentes et de 3,000 bestiaux, nous trouvons alors sous le rapport géographique une exactitude dans les distances, une fidélité dans les descriptions qui ne laisse plus un doute sur la direction que les Israélites ont suivie et sur le pays qu’ils ont parcouru.

Les descriptions géographiques données par la Bible concordent donc avec l’état actuel des localités ; d’une autre part, la critique ne saurait voir une erreur de copiste dans les chiffres ; reste donc la difficulté de faire mouvoir une aussi nombreuse population sur un théâtre aussi resserré. Comment sortir de cette difficulté qui nous présente detix faits exacts qu’il est impossible de rapprocher ? Qui viendra concilier ces deux propositions contradictoires ? La puissance divine. La main qui mena le peuple d’Israël hors de l’Égypte, à la face de ses ennemis consternés par dix plaies accablantes, qui le conduisit à travers les sables, et le nourrit dans le désert, cette main pouvait aussi av tank les difficultés de la route, car sa puissance est infinie, et la protection dont elle entourait le peuple d’Israël sans bornes. (Deutéronome 32.Exode 19.4).

Ailleurs M. de Laborde recherche pourquoi les israélites allèrent au Sinaï. L’Exode (Exode 13.17), dit : Dieu ne conduisit point les Israélites par le chemin du pays des Philistins.

Ce verset, dit M. de Laborde (pages 71, 72), renferme tout l’esprit de l’expédition des Israélites ; nous nous y arrêterons. J’y vois une preuve de la mission divine de Moïse ; car il serait inexplicable, et je dirai même sans excuses, que le chef des Israélites les fit sortir de l’Égypte, après leur avoir promis la possession facile d’un pays voisin, sans en avoir préparé ou prévu les moyens ; que, chef d’une entreprise pareille, il hésitât, dès la première journée, sur la route qu’il devait suivre, et compromît l’ardeur et le Courage de ses troupes en leur faisant prendre un aussi long et aussi pénible détour. Qu’avait-il à craindre, à la tête de 600000 combattants ; des petites peuplades échelonnérs sur la route de Syrie ? La présence d’une force aussi imposante suffisait pour les faire fuir l’une après l’autre, et pour leur passer sur le corps si elles résistaient. La démoralisation des Hébreux n’est pas un motif, car Moïse n’en avait pas encore fait l’épreuve, ni sur le bord de la mer Rouge, ni en face des ennemis, comme à Cadès. Il pouvait, au contraire, regarder leur sortie d’Égypte, le même jour, en grand ordre et après avoir dépouillé les Égyptiens, comme une garantie de leur courage devant l’ennemi.

La décision de Moïse est donc étrangère à toute combinaison et indépendante de ses plans ; elle était dans ceux du Seigneur, qui lui avait dit au Sinaï : (Exode 3.12). Si nous cherchions un motif humain, nous trouverions difficilement autre chose que la crainte de longer la frontière de l’Égypte, et de s’exposer, dans ce voisinage, aux attaques des différentes garnisons qui gardaient la frontière ; Moïse pouvait aussi redouter que la marche des troupes de Pharaon, dont il prévoyait la poursuite, ne fût favorisée à travers son propre pays, tandis que le désert l’entravait ; il devait compter sur l’assistance des Madianites de Jéthro, qui occupaient la presqu’île du Sinaï, puisqu’il avait longtemps habité avec eux, et qu’il leur était allié. D’ailleurs il connaissait cette route, au moins jusqu’au Sinaï, tandis que l’autre lui était inconnue, ainsi qu’on le voit dans les Nombres. Nous pouvons encore supposer que ses relations avec les tribus voisines du Sinaï, vers Édom, lui avaient donné l’espérance de trouver un passage facile à travers leur territoire, mais en admettant cette explication, le résultat du voyage, si contraire à ses prévisions, donne une faible idée de son habileté, comme chef d’une expédition aussi importante. On voit un homme qui compromet toute une nation en lui faisant quitter le pays fertile qu’elle habite depuis 215 années, et qui, dès le départ, a si mal combiné ses plans, si mal préparé ses ressources, qu’il est eorcé de quitter la route la plus naturelle pour prendre la plus longue, la plus pénible, en même temps que la plus incertaine.

En entraînant les enfants d’Israël hors de l’Égypte pour les conduire dans la terre promise, le Seigneur avait parlé par la bouche de Moïse. En s’enfonçant dans les pénibles vallées du Sinaï, Moïse suivait le doigt du Seigneur qui indiquait cette route. Il était l’instrument ; d’une région plus élevée partait l’impulsion.

C’est dans le désert de Sinaï que stationnèrent les Israélites venant de Raphidim (Exode 19.2 ; Nombres 32.15) ; et cette station est la douzième. À cette occasion, M. de Laborde s’exprime dans les termes suivants :

… Nous ne devons, dit-il (pages 104), examiner l’itinéraire des Israélites qu’avec la pensée qu’il ne s’agit que d’une troupe de six cents combattants ou d’une caravane de trois mille personnes, mettant ainsi les recherches positives, exactes et toutes matérielles de la géographie en contact avec le chiffre qui les rend possibles ; nous nous réservons ensuite, dans les considérations historiques sur l’ensemble de l’expédition, de faire remonter ces chiffres aux nombres authentiques donnés par la Bible, nombres que nous n’avons pas plus le droit de discuter, qu’il n’est nécessaire de les récuser.

Il y avait dans la péninsule du Sinaï une montagne par excellence, un lieu saint. Si nous ne possédions pas d’autres renseignements, nos yeux chercheraient sans doute les sommets les plus élevés, le mont de Sainte-Catherine ou Om-Schommar.Mais si l’on nous prouvait qu’une tradition s’est attachée à un pic de moindre hauteur, nous trouverions dans ce choix une preuve d’exactitude locale ; et dans le Djebel-Mousa des Arabes, le Sinaï des géographes, les raisons de sa sainteté et des événements solennels qui se sont passés à sa base, sur ses flancs, à son sommet ; C’est qu’en effet bien que le Sinaï ne soit pas le pic le plus élevé, c’est cependant une haute montagne, elle est exactement située au centre de la péninsule et la seule dont on puisse atteindre la cime, et de ce point dominer sans obstacle la contrée. C’est la plus hardie dans ses formes et la plus grandiose par la composition granitique et basaltique de ses roches. C’est de ce point central que, comme d’un foyer de lumières, partent dans tous les sens les vallées qui déversent leurs eaux dans les deux golfes. Ce n’est donc point à cause de sa hauteur que le Sinaï fut un lieu saint, il le devint par choix, et l’est resté par la fidélité de la tradition, et Saadi, dans In Gulestati, dit avec quelque raison, quoiqu’en exagérant les proportions : Le mont Sinaï est la plus petite des montagnes, mais elle est en très-grande considération auprès de Dieu par sa dignité et par le rang qu’elle tient par-dessus les autres montagnes. Aussi les anciens pèlerins faisaient-ils déjà la remarque que le Sinaï était moins élevé que le sommet de Sainte-Catherine. Félix Fahri, qui voyageait avec Breydenbach en 14.83, nous dit : « Le mont Sinaï est un pic isolé et arrondi à sa cime ; il n’est pas le plus élevé, mais bien le plus escarpé. »

Lorsque Moïse conduit les troupeaux de Jéthro, il s’éloigne de Madian autant qu’un pasteur peut le faire, et vient dans les vallées qui s’étendent au bas de la haute montagne ; lorsqu’il retourne en Égypte, son frère Aaron le rejoint au pied du mont Horeb ; lorsque les Israélites, après le passage de la mer Rouge, s’enfoncent dans l’Arabie Pétrée, ils parviennent à cette montagne après dix journées ; et séjournent pendant onze mois dans les vallées qui l’entourent.

Nous trouvons dans ces faits des circonstances qui nous permettent déjà d’apprécier la nature et la position des lieux. Ainsi cette montagne a ; dans les ravins qui approchent de son sommet, des pâturages propres aux troupeaux ; elle est assez près de la route qui conduit de Dahab ou Madian à Suez, sûr qu’on passe près d’elle et qu’on soit sûr de rencontrer dans ses environs ceux qui font ce voyage ; elle est assez éloignée de Suez pour qu’on emploie dix journées pour y parvenir. Tous ces détails concordent ensemble et démontrent que le Djebel-Mousa actuel est le Sinaï de l’Écriture.

Nous ne savons pas de quel genre de vénération cette montagne fut l’objet depuis le passage des Hébreux jusqu’à l’ère chrétienne ; cependant il n’est pas douteux que non-seulement ce sommet, mais encore toutes les vallées environnantes, acquirent un caractère de sainteté que les habitants du pays contribuèrent à entretenir en conservant les’ anciennes traditions. Josèphe (Antiquités judaïques 3 chapitre 5) parle de ses abords inaccessibles et de sa prodigieuse hauteur ; les moines ont depuis lors construit des escaliers qui rendent son ascension possible. Saint Paul (dans l’Épître aux Galates (Galates 4.24, 25) savait que les Arabes appelaient de son temps le Sinaï Hagar, qui signifie rocher ou le Rocher par excellence. Depuis, cette montagne a reçu le nom de Thour ou Tor-Siva, de même que le port qui en est le plus voisin a été appelé Thour ou Tor. Quelques auteurs arabes dérivent ce nom, qui signifie montagne, de Tour, l’un des fils d’Ismaël ; mais cette interprétation n’a point été acceptée généralement.

M. de Laborde continue à rapporter les traditions et les témoignages relatifs à la position du Sinaï et à la vénération dont il était l’objet. Son travail est accompagné d’un Plan topographique du massif de rochers du milieu desquels s’élèvent le Sinaï, Horeb et le mont Sainte-Catherine. Il y marque la hauteur de ces montagnes au-dessus du niveau de la mer, savoir, celle de l’Horeb 6120 pieds ; celle du Sinaï 7080 pieds, et celle du mont Sainte-Catherine 8168 pieds.

Burckhart avait prétendu, à cause de certaines inscriptions qu’on trouve sur le mont Serbal, que cette montagne était le Sinaï de l’Écriture ; mais « pour moi, dit M. de La-borde (page 108). en visitant beaucoup plus avant dans l’intérieur que Burckhart ne l’a fait, la montagne du Serbal, où j’ai passé deux jours et une nuit, je n’ai point été frappé de ce grand nombre d’inscriptions de les ai trouvées grattées sur les rochers çà et là, comme sur la route de l’ancien couvent de Tor (Djebel-Mokatteb, dans la chaîne de Je-han), sur la route de Tor au Sinaï (Ouadi Hebran), sur la route du Sinaï à Dallab (Ouadi Zackal), ou bien près des ruines du couvent et des demeures des cénobites dans Ouadi-Feyran, ou bien encore dans les environs des couvents de Ouadi-Barabra et del Arbeyn dans Ouadi-Ledscha, etc., ainsi que sur la route par laquelle on monte au Sinaï et au Djebel-Catherine. Henicker (Notes during a visa to Égypt, mount Sinaï and Jerusalem) a copié et publié plusieurs de ces dernières. Remarquons bien que Ouadi-Mokatteb est sur la route du Sinaï aussi bien que sur celle du Serbal, et que si le nombre d’inscriptions qui s’y trouve est plus grand qu’ailleurs, il faut l’attribuer uniquement à la nature friable et aux parois unies du rocher.

Mon but en ceci est de combattre l’opinion de Burckhart, que plusieurs commentateurs ont adoptée, et qui pourrait s’établir aux dépens de la vérité et de la marche sensée et logique qu’on doit suivre dans les recherches bibliques.

Burckhart monta au haut du Serbal, qui est plus élevé que Horeb et moins que Sinaï, et trouva sur les rochers les nombreuses inscriptions que j’ai citées, et dans les vallées les ruines des couvents dont j’ai donné la description. Surpris par ces traces d’une ancienne vénération, par ces preuves des nombreuses visites faites par les pèlerins, n’ayant point connaissance des autres établissements religieux de ce genre qu’on trouve dans d’autres parties de la péninsule, et près desquels également les rochers sont couverts d’inscriptions, il se demandait si ce lieu ne pouvait pas avoir été considéré, dans les premiers temps du christianisme, comme la montagne sur laquelle Moïse reçut les tables de la loi et tout en avouant qu’il croyait que les Hébreux avaient campé près du Djebel-Musa, qui pouvait être le mont Horeb, il pensa que le Serbal aurait été le Sinaï.

Parmi les commentateurs, l’auteur anonyme d’une Histoire de la Palestine et des notes d’une Bible illustrée, adopta cette opinion. Parmi les voyageurs, M. Welstedt s’y rangea, et lord Lyndsay, suivi par M. J. Kynnaer, l’exagéra en transportant ce saint lieu plus au nord, vers un certain Djebel-Minnegia, que j’ai représenté dans une vue du couvent prise du sud (Voyage de l’Arabie Pétrée), et qui certainement avait besoin des prétentions qu’on lui prête pour attirer l’attention. D’un autre côté M. Andrew Chricton, dans son Histoire de l’Arabie, pour déplacer la tradition, se rattachait au mont Om-Schommar, qui en effet est le pic le plus élevé de la péninsule (t. I page 62). Cet auteur choisissait au moins un mont unique et un large sommet, tandis que le Serbal forme comme-un demi-cercle de pics élancés, d’aiguilles, de granits inaccessibles.

Mais les traditions de tout un peuple cessent-elles donc d’avoir de l’autorité, surtout lorsque, comme ici, des monuments religieux l’établissent sans interruption depuis plus de quinze cents ans ? Suffira-t-il qu’un voyageur se trompe par le désir de faire valoir sa découverte, ou qu’un commentateur, du fond de sa retraite, laisse s’égarer sur son papier sa plume ou son crayon, pour que le respect, fixé depuis trois mille ans sur cette sainte montagne, se déplace-au gré des caprices périodiques de chaque brouillon de la science ? Nous interrogeons les Arabes et les moines ; ils n’ont jamais entendu dire que le Sinaï fût ailleurs qu’auprès du couvent. Puisons aux sources scientifiques les plus reculées, et là encore nous ne rencontrons rien qui puisse nous faire varier dans notre foi.

Consultons l’Écriture, qui doit être notre seul guide, et nous trouvons que cette position répond à toutes les exigences du récit, excepté toutefois à une seule, qui, si elle avait quelque valeur, rendrait cette position impossible. En effet il n’y a pas au pied du Sinaï une plaine de deux lieues carrées où puissent camper à l’aise 3000000 d’hommes et autant de bestiaux ; cette plaine n’est pas assez grande pour qu’ils puissent reculer d’effroi, ou pour qu’ils aient encore assez de place en dehors du camp pour dresser le tabernacle. Mais quelle réponse faire à fine pareille objection ? Y a-t-il donc une seule place dans toute la péninsule capable de répondre à cette description ; un seul chemin pour faire défiler, je ne dirai pas en un seul jour, mais en deux fois vingt-quatre heures, toute cette multitude, et le mont Serbal, le mont Minnegia y répondent-ils mieux ? Les recherches bibliques poussées à ce point de dissection minutieuse nous conduisent au rationalisme le plus matériel. Si nous craignons d’appeler à notre aide là puissance divine, renonçons à trouver des explications raisonnables à une histoire miraculeuse.

Toutes les objections une fois repoussées, il nous reste l’obligation de donner une idée exacte de ce groupe de rochers. Nous commencerons par placer sous les yeux du lecteur un croquis topographique qui, étant fait sur mes études du terrain destinées à une carte générale, ne peut présenter sur une aussi vaste échelle l’exactitude géométrique qui serait désirable ; il suffira toutefois pour aider à la compréhension de notre description.

Un groupe de rochers de granit accumulés et comme pressés les uns sur les autres s’élève au milieu, de la péninsule du Sinaï : il comprend :

1° Le mont Horeb : c’est un rocher nu et saccadé dans ses formes, qui domine une vallée et qui sert, pour ainsi dire, de contre-fort ou de soutènement à une masse de granit plus haute de près du double, qui est le Sinaï.

2° Le Sinaï qui s’élève derrière le mont Horeb. C’est une masse de granit à gros grains également nue, mais plus arrondie, plus ondoyante vers le nord, et coupée en lignes abruptes et presque perpendiculaires vers le midi.

3° Au sud-ouest de ce mont, appuyée contre lui et formant, pour ainsi dire, le dernier de ces trois grands degrés, s’élève en formés arrondies la montagne de porphyre de Sainte-Catherine.

Un proverbe allemand, assez singulier et généralement usité pour exprimer une impossibilité, dit : Qui peut savoir la hauteur du Sinai ? Aujourd’hui elle est fixée d’une manière positive par des observations barométriques répétées.

C’est donc un même groupe sinaïtique que Félix Fabri, en 1183, désignait déjà fort bien ainsi : » Le Sinaï-Horeb, le Sinaï proprement dit et le Sinaï-Sainte-Catherine sont une même montagne par la base, mais ils se séparent au sommet. » (Tous les récits du même temps s’accordent entre eux. Reisbuch, 301, paragraphe 21 ; 370, paragraphe 25, etc., etc).

De ces trois montagnes, les deux premières ont seules de l’intérêt pour nous, puisqu’elles sont désignées par la tradition, l’une comme le mont Horeb, l’autre comme le Sinaï.

Cette tradition, respectable en elle-même, est appuyée du témoignage de la vénération d’une association religieuse fondée déjà depuis quinze cents ans, et confirmée par les rapports de distance et la disposition des deux montagnes qui s’échelonnent l’une sur l’autre. Nous avons montré que les stations des Israélites, depuis le passage de la mer Rouge, aboutissaient exactement au couvent du Sinaï ; que cette position des Hébreux convenait à l’attaque des Amalécites, qui descendent du nord lors de la station de Raphidim, au long séjour qu’ils y firent, tant les vallées voisines sont abondantes en verdures, et à la description du désert qu’ils traversent après l’avoir quitté. Le peuple d’Israël campa dans les vallées qui environnent le Sinaï, mais il se réunit dans la plaine qui s’étend au midi du Sinaï, lorsque Moïse reçut les tables de la loi. Cette plaine est non-seulement devant le Sinaï, à son pied ; mais au bas ; et de ce point, ce mont célèbre semble un gigantesque mur monolithe granitique de 2000 pieds, au haut duquel se dessinent en silhouette la mosquée, la chapelle, la pierre de Moïse, ainsi que les pèlerins qui visitent ces saints lieux. Je ne crois pas qu’il se puisse rencontrer dans les recherches archéologiques, qui ont pour but de fixer la place des champs de bataille de l’antiquité ou des événements de notre histoire, une réunion aussi complète de coïncidences. Ajoutons qu’il n’y a pas au monde un spectacle aussi grandiose que le Sinaï vu du fond de Ouadi-Sebaye, et une montagne aussi haute, coupée ainsi à pic, de manière à offrir la vue de son sommet à une aussi courte distance.

Je finirai cette description en faisant remarquer que l’incertitude dans l’emploi des noms Horeb et Sinaï s’explique, de même que ceux de Nebo et Phisga, par le voisinage des deux montagnes, je dirai mieux, par la presque superposition de l’une au-dessus de l’autre. Tout le groupe de rochers était désigné par le nom de Horeb ; aussi les événements qui se passent dans la vallée sont-ils donnés au mont Horeb, ceux qui adviennent sur le haut de la montagne, au Sinaï. cette union du groupe de rochers est rendue par Moïse, qui nous dit que le Seigneur l’appela sur la montagne (Exode 19.3), sans préciser autrement l’un des deux pitons.

L’eau fut tirée du rocher au bas du mont Horeb, et c’est aussi à son pied que Moïse avait aperçu le buisson ardent ; le rocher aux douze ouvertures està la première place, le couvent à la seconde.

Quand il s’agit de la montagne entière, par exemple, d’une station ou d’un long séjour près d’elle, le nom de Sinaï est alors employé ; quelquefois l’un et l’autre paraît dans le récit et semble indifféremment servir à désigner le groupe en général ; enfin il y a confusion pour nous : et comment ne serait-ce pas, quand aujourd’hui dans les longues descriptions de nos voyageurs il est impossible de trouver un accord quelconque ? tous entendent les rapports exacts, uniformes, des moines et des Arabes, et tous reviennent en Europe parler à tort et à travers d’Horeb, de Sinaï, de Sainte-Catherine, de Djebel Mousa, de Djebel-Aaroun, etc., etc. L’étendue du terrain compris dans le mont Sion a également jeté une grande confusion dans la topographie de Jérusalem. Les collines de Morijja, d’Akra, de Bezetha, se confondent avec le nom général de Sion, qui désigne lui-même, quelquefois d’une manière plus particulière, la colline qui domine la ville supérieure.