Soutenez l'application Bible.audio

 


A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z


Juges
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Bost

Juges (1)

En hébreu Sophetim. On donne le nom de juges à ceux qui gouvernèrent les Israélites depuis Josué jusqu’à Saül. Les Carthaginois, colonie des Tyriens, avaient aussi des magistrats ou gouverneurs, qu’ils appelaient Suffetes ou Sophetim, ayant comme ceux des Hébreux une autorité presque égale à celle des rois. Quelques-uns croient que les archontes chez les Athéniens, et les dictateurs chez les Romains, étaient à-peu-près la même chose que les juges chez les Hébreux. Grotius compare le gouvernement des Hébreux sous les juges à celui qu’on voyait dans les Gaules, dans l’Allemagne et dans la Bretagne avant que les Romains l’eussent changé. La charge de juge n’était pas héréditaire chez les Israélites. Ces gouverneurs n’étaient que les lieutenants de Dieu, qui en était le seul vrai monarque ; c’était lui qui suscitait les juges, et qui leur donnait toute leur autorité. Lorsque les Hébreux demandèrent un roi, comme en avaient les autres peuples des environs, Dieu dit à Samuel (1 Samuel 8.7) : Ce n’est point vous qu’ils ont rejeté, c’est moi, puisqu’ils ne veulent plus que je règne sur eux. Quand on offrit la royauté a Gédéon et à sa postérité après lui, il répondit (Juges 8.23) : Je ne vous dominerai point, ni moi ni mon fils après moi ; ce sera le Seigneur qui sera votre roi.

La dignité de juges était à vie, mais leur succession ne fut pas toujours suivie et sans interruption. Il y eut de temps en temps des anarchies ou des intervalles, pendant lesquels la république était sans chefs et sans juges. Il y eut aussi d’assez longs intervalles de servitude et d’oppression, sous lesquels les Hébreux gémissant sous la domination des étrangers, n’avaient ni juges ni gouverneurs. Quoique régulièrement Dieu suscitât lui même, d’une manière particulière, et par une déclaration expresse de sa volonté, ceux qu’il voulait donner pour juges aux Israélites, toutefois, dans quelques occasions, sans attendre une révélation particulière, le peuple choisissait celui qui lui paraissait le plus propre à le tirer de l’oppression. Par exemple, quand les Israélites de delà le Jourdain choisirent Jephté pour les conduire dans la guerre contre les Ammonites. Comme assez souvent les oppressions qui faisaient recourir au secours des juges ne se faisaient pas sentir sur tout Israël, aussi le pouvoir des juges choisis ou suscités pour procurer la délivrance de ces servitudes ne s’étendait pas sur tout le peuple, mais seulement sur le pays qu’ils avaient délivré. Par exemple, nous ne voyons pas que Jephté ait exercé son autorité au deçà du Jourdain, ni que Barac, par exemple, ait exercé la sienne au delà de ce fleuve.

Le verbe juger, et le nom de juge, se met quelquefois dans l’Écriture pour régner, exercer la souveraine autorité sur un peuple. Donnez-nous un roi qui nous juge, disent les Israélites à Samuel (1 Samuel 8.5-6). Salomon demande à Dieu les lumières nécessaires pour juger Israël (1 Rois 3.9). Joathan fils d’Azarias, roi de Juda, gouvernait le palais en la place de son père, qui était lépreux, et jugeait le peuple du pays (2 Rois 15.5). Et Absalon, briguant la royauté, disait (2 Samuel 15.4) : Qui m’établira juge du pays ? Aussi l’autorité des juges n’était pas inférieure à celle des rois. Elle s’étendait sur les affaires de la guerre et de la paix. Ils jugeaient les procès avec une autorité absolue ; mais ils n’avaient aucun pouvoir de faire de nouvelles lois, ni d’imposer de nouvelles charges au peuple. Ils étaient protecteurs des lois, défenseurs de la religion, et les vengeurs des crimes, surtout de l’idolâtrie ; au reste, sans éclat, sans pompe, sans gardes, sans suite, sans équipage, à moins que leurs richesses ne les missent en état de se donner un train conforme à leur dignité. Le revenu de leur charge consistait en présents qu’on leur faisait ; ils n’avaient aucun émolument réglé, et ne levaient rien sur le peuple. La durée du temps des juges, depuis la mort de Josué jusqu’au commencement du règne de Saül, est de trois cent trente neuf ans. Voici l’ordre chronologique des juges et des servitudes qui ont été dans le pays durant cet intervalle :

Ordre chronologique des juges.

An du monde :

2570. Mort de Josué.

2585. Gouvernement des anciens pendant environ quinze ans.

2592. Anarchie d’environ sept ans, jusqu’en 2592.

C’est à ce temps qu’on rapporte l’histoire de Micha, la conquête de la ville de Laïs par une partie de la tribu de Dan, et la guerre des onze tribus contre Benjamin.

2591. Première servitude, sous Chusan Rasathaïm, roi de Mésopotamie. Elle commença en 2591, et dura huit ans, jusqu’en 2599.

2599. Othoniel délivra Israël la quarantième année après la paix donnée au pays par Josué.

2662. Paix d’environ soixante-deux ans, depuis la délivrance procurée par Othoniel, en 2599 jusqu’en 2662, qu’arriva la seconde servitude sous Eglon, roi des Moabites. Elle dura dix-huit ans.

2679. Aod délivre Israël. Après lui Samgar gouverna, et le pays fut en paix jusqu’à la quatre-vingtième année depuis la première délivrance procurée par Othoniel.

2699. Troisième servitude sous les chananéens, qui dura vingt ans, depuis 2699 jusqu’en 2719.

2719. Déhora et Barac délivrent les Israélites. Depuis la délivrance procurée par Aod jusqu’à la fin du gouvernement de Débora et de Barac il y a quarante ans.

2752. Quatrième servitude sous les Madianites, qui dura sept ans, depuis 2752 jusqu’en 2759.

2759. Gédéon remet les Israélites en liberté. Depuis la délivrance procurée par Barac et Débora jusqu’à celle que procura Gédéon, il y a quarante ans.

2768. Abimélech, fils naturel de Gédéon, est reconnu pour roi par ceux de Sichem. Il fait mourir soixante et dix de ses frères ; il règne trois ans.

2771. Depuis 2768 jusqu’en 2771. Il mourut au siège de Thèbes, en Palestine.

2772. Thola gouverne après Abimélech pendant vingt-trois ans, depuis 2772 jusqu’en 2795.

2795. Jaïr succède à Thola et gouverne pendant vingt-deux ans, depuis 2795 Jusqu’en 2816.

2799. Cinquième servitude sous les Philistins, qui dura dix-huit ans, depuis 2799 jusqu’en 2817.

2817. Mort de Jaïr.

2817. Jephté est choisi pour chef des Israélites de delà le Jourdain ; il défait les Ammonites qui les opprimaient. Jephté gouverne six ans, depuis 2817 jusqu’en 2823.

2823. Mort de Jephté.

2830. Abésan gouverne sept ans ; depuis 2823 jusqu’en 2830.

2840. Ahialon succède à Abésan. Il gouverne depuis 2830 jusqu’en 2840.

2848. Abdon juge Israël pendant huit ans, depuis 2840 jusqu’en 2848.

2848. Sixième servitude sous les Philistins, qui dura quarante ans, depuis 2848 jusqu’en 2888.

2848. Héli, grand prêtre, de la race d’Ithamar, gouverna pendant quarante ans, tout le temps de la servitude sous les Philistins.

2849. Naissance de Samson.

2887. Mort de Samson, qui fut juge d’Israël pendant la judicature du grand prêtre Héli.

2888. Mort d’Héli, et commencement de Samuel, qui lui succéda.

2909. Election et onction de Saül, premier roi des Hébreux.

Le livre des Juges (2)

Ce livre, que l’Église reconnaît pour authentique et canonique, est attribué par quelques-uns à Phinées ; par d’autres, à Esdras ou à Ézéchias ; et par d’autres, à Samuel, ou à tous les juges, qui auraient écrit chacun l’histoire de leur temps et de leur judicature. Mais il nous paraît que c’est l’ouvrage d’un seul auteur, et qui vivait après le temps des juges. Une preuve sensible de ce sentiment, c’est qu’au chapitre 11, au verset 10 (Juges 11.10) et dans les suivants, il fait un précis de tout le livre, et en donne une idée générale. L’opinion qui l’attribue à Samuel se soutient assez bien. 1° L’auteur vivait en un temps où les Jébuséens étaient encore maîtres de Jérusalem (Juges 1.21), et par conséquent avant David.

2° Il parait qu’alors la république des Hébreux était gouvernée par des rois, puisque l’auteur remarque en plus d’un endroit sous les juges, qu’alors il n’y avait point de roi dans Israël.

On ne laisse pas de former contre ce sentiment quelques difficultés considérables. Par exemple, il est dit dans les Juges (Juges 18.39-31), que les enfants de Dan établirent Jonathan et ses fils prêtres dans la tribu de Dan, jusqu’au jour de leur captivité ; et que l’idole de Micha demeura chez eux, tandis que la maison du Seigneur fut à Silo. Le tabernacle ou la maison de Dieu ne fut à Silo que jusqu’au commencement de Samuel ; car alors on la tira de Silo, pour la porter au camp où elle fut prise par les Philistins (1 Samuel 4.4-5) ; et depuis ce temps, elle fut renvoyée à Cariath-iarim (1 Samuel 6.21-22). Quant à la captivité de la tribu de Dan, il semble que l’on ne peut guère l’entendre que de celle qui arriva sous Teglathphalassar, roi d’Assyrie, plusieurs centaines d’années après Samuel, et par conséquent il n’a pu écrire ce livre, à moins qu’on ne reconnaisse que ce passage y a été ajouté depuis lui ; ce qui n’est nullement incroyable, puisqu’on a d’autres preuves et d’autres exemples de pareilles additions faites au texte des livres sacrés.

Juges ordinaires pour les affaires civiles, et pour les affaires de religion. (3)

Moïse avait ordonné (Deutéronome 16.18 ; 17.8-9 ; Ézéchiel 44.24) que l’on établît dans chaque ville des juges et des magistrats, pour terminer les différends du peuple, et que lorsqu’il arriverait quelque affaire d’une plus grande conséquence, on se transportât au lieu que le Seigneur aurait choisi pour y examiner la difficulté devant les prêtres de la race d’Aaron et devant le juge (ou le chef du peuple) que le Seigneur aurait suscité en ce temps-là ; et il veut qu’on défère à leur jugement, sous peine de la mort. Lorsque Josaphat, roi de Juda, voulut réformer ses États (2 Chroniques 19.5-8), il établit dans toutes les villes des juges, auxquels il recommanda la vigilance et la justice, comme exerçant l’autorité de Dieu même. Il établit aussi à Jérusalem deux tribunaux : l’un de prêtres et de lévites, et l’autre de princes des familles de la nation. Le premier connaissait des affaires qui concernent la loi et les cérémonies de la religion, qui leur étaient renvoyées par les juges civils ; et le second connaissait de ce qui regarde l’office du roi, c’est-à-dire, les affaires civiles et les intérêts des particuliers. Voilà quelle était la police des Hébreux avant là captivité de Babylone, autant que nous en pouvons juger par les livres saints.

Mais les docteurs juifs nous en donnent une idée assez différente. Ils tiennent qu’il y avait à Jérusalem une assemblée de soixante-douze juges. Ils nomment cette assemblée sanhédrin, qui est un mot, corrompu, formé sur le grec synédrion. Ils croient que cette compagnie subsista toujours dans leur nation, depuis son établissement sous Moïse (Nombres 11.16-17), lorsqu’il désigna soixante-douze anciens, à qui Dieu communiqua son esprit, pour l’aider dans le gouvernement du peuple. Mais nous croyons que cet établissement ne subsista que jusqu’au temps du partage de la terre promise par Josué, et qu’il ne fut rétabli que depuis less Machabées. Il subsistait du temps de Notre-Seigneur, et dura apparemment jusqu’à la ruine du temple ; mais non pas toujours avec une égale autorité : car depuis l’exil d’Archélaüs les Romains, ayant réduit la Judée en province, s’attribuèrent à eux seuls le droit de vie et de mort. Voyez ci-après Sanhédrin.

Quant aux tribunaux inférieurs, voici, selon les rabbins et les interprètes, quels ils étaient du temps de Notre-Seigneur.

1° Il y avait dans chaque ville trois juges, qui connaissaient des moindres fautes, comme du vol et choses semblables.

2° Il y avait un autre tribunal, composé de vingt-trois juges, qui jugeaient des affaires importantes et criminelles, et dont les sentences allaient ordinairement à la mort d’autant qu’on ne portait devant eux que des causes qui méritaient cette peine.

3° Le grand sanhédrin était à Jérusalem, et connaissait des affaires les plus importantes de la religion et de l’État, et de celles qui concernaient le roi et le grand prêtre. On croit que notre Sauveur faisait allusion à ces deux derniers tribunaux, lorsqu’il disait (Matthieu 5.21-22) : Quiconque se mettra en colère contre son frère méritera d’être condamné par le jugement ; c’est-à-dire, par les vingt-trois juges. Et celui qui dira à son frère : Raca, méritera d’être condamné par le conseil ; c’est-à-dire, par le grand sanhédrin. On peut voir notre dissertation sur la police des Hébreux, imprimée à la tête du livre des Nombres. Le lieu ordinaire où les juges s’assemblaient était la porte de la ville (Ruth 4.1). Voyez ci-après porte. Le sanhédrin s’assemblait dans une des salles du temple.

Voici quelques remarques tirées de la Misne et de ses commentateurs, au sujet des différents juges qui se voyaient dans la Palestine, et de leur juridiction. Les rabbins conviennent que dans chaque ville où l’on comptait au moins cent personnes il devait y avoir un tribunal de trois juges, devant lesquels se plaidaient les petites causes, sur le gain, sur la perte, sur la restitution. Ces trois juges avaient droit seulement de condamner au fouet. On consultait ce tribunal sur l’intercalation des mois. Les trois juges pouvaient donner l’imposition des mains, et recevoir des docteurs ; ils pouvaient installer des juges, en disant : Toi, rabbi tel N., tu as été honoré du pouvoir de juger et d’infliger des peines. Mais il fallait, pour jouir de ce droit, qu’au moins l’un des trois juges eût reçu l’ordination, afin de la pouvoir donner aux autres. C’étaient les parties qui nommaient leurs juges ; une des parties choisissait son juge, l’autre partie en nommait un second, et tes deux juges en prenaient un troisième, avec lequel ils décidaient.

Josèphe nous donne une idée assez différente de la police des Juifs ; il dit que Moïse ordonna qu’on établit dans chaque ville sept juges d’une vertu reconnue, ou un corps de sénateurs composé de sept juges, et à la compagnie de sept juges on donne deux ministres de la tribu de Lévi ; ainsi il devait, selon cet auteur, y avoir dans chaque ville sept juges laïques et deux ministres de l’ordre des lévites. Or certainement Josèphe est plus croyable dans ces sortes de choses que les rabbins, puisqu’il est beaucoup plus ancien et mieux instruit que les docteurs juifs. Josèphe a vu la république des Hébreux subsistante et florissante.

Les rabbins ne sont venus que longtemps après la ruine du temple, et la dispersion de la nation.

Le second tribunal était composé de vingt-trois juges, qui jugeaient des causes capitales, et qui condamnaient à mort les hommes et les bêtes qui avaient blessé un homme. Je ne trouve ce nombre de juges ordonné ni dans Moïse, ni dans les auteurs sacrés. Josèphe n’en parle point ; il dit simplement que si les sept juges dont nous avons parlé ne se trouvaient pas assez éclairés pour juger quelqu’une des causes qu’on leur avait portées, ils les rapportaient au grand prêtre dans la ville sainte.

Il n’est pas hors de propos de représenter la manière dont les juges de ce tribunal prenaient leur séance, parce qu’ayant rapport à celle du grand sanhédrin, cela servira à donner une idée plus juste et à expliquer les sentiments des docteurs juifs.

Les vingt-trois juges faisaient un demi-cercle ; au milieu était assis le président, qu’on appelait le prince du sénat : son mérite et sa sagesse l’élevaient à cette dignité. Le père du sénat était assis à sa droite, et tenait le second rang ; mais cette charge a été imaginée par les docteurs talmudistes. Chacun des vingt-trois juges prenait sa place à droite et à gauche, selon son rang. Quelques-uns mettent trois secrétaires, l’un pour recueillir les suffrages de ceux qui absolvaient, le second pour recueillir les suffrages de ceux qui condamnaient, et le troisième recueillait les uns et les autres. Les trois ordres de disciples étaient placés sur des bancs au bas de la salle, chacun selon leur âge et leur capacité. On faisait venir de toute la Judée les plus habiles, en les faisant passer des autres tribunaux à celui de Jérusalem, composé de vingt-trois juges ; on les mettait d’abord dans la dernière classe, et ces élèves montaient ensuite par degrés à la qualité de juges. Par cette description il parait que les rabbins ont voulu donner une haute idée de leur magistrature et de leurs magistrats ; cependant on semble vouloir préférer leur autorité à celle de Josèphe, qui renverse toutes ces idées.