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Sel
Dictionnaire Biblique Bost
Westphal Calmet

Ce savoureux minéral, cet assaisonnement cristallin était fort connu des Hébreux qui le recueillaient en abondance sur les rives desséchées de la mer Morte, dont les eaux débordées chaque année, laissaient, en se retirant, des flaques qu’une rapide évaporation ne tardait pas à réduire en lits de sel (cf. Sophonie 2.9 ; Ézéchiel 47.11). Ils en trouvaient aussi beaucoup dans la vallée du Ghor (ou du sel), et sur les flancs d’une montagne longue de 12 km qui en forme le flanc occidental. Ces deux mines sont loin d’être épuisées ; c’est là que les Arabes vont de nos jours encore chercher le sel nécessaire à leurs besoins personnels, et ils font de cette denrée un article de commerce fort lucratif qu’ils exportent principalement en Syrie.

Le sel ne servait pas seulement d’assaisonnement pour les mets (Job 6.6), mais toutes les offrandes végétales offertes à l’Éternel devaient en être saupoudrées (Lévitique 2.13), soit que, par un anthropomorphisme un peu fort, le législateur voulût dire aux Juifs qu’ils ne devaient offrir à Dieu que ce qu’ils pourraient eux-mêmes manger avec plaisir, des plats, des gâteaux tout apprêtés, soit que l’idée de la pureté, de l’incorruptibilité, de la durée, dont le sel était un emblème, eût dicté ce détail des prescriptions mosaïques ; on ne risque rien d’adopter, avec Meyer et Tholuck, une partie au moins de cette explication, malgré les persiflages de Winer sur la profondeur de cette symbolique. Il n’est pas dit expressément que les pains de proposition fussent aussi offerts avec du sel, mais cela ressort de l’analogie. Le sel entrait donc pour une grande part dans les besoins du culte (Esdras 6.9 ; 7.22), et il se vendait sur le marché du temple, où l’on en trouvait toujours une abondante provision ; il paraîtrait même qu’il y aurait eu dans le second temple une place spéciale appelée la chambre du sel. Le sel de Sodome (de la mer Morte) que plusieurs pensent à tort être de l’asphalte, était généralement employé dans le sanctuaire.

D’après une tradition juive qui semble confirmée par plusieurs passages (Ézéchiel 43.24 ; Marc 9.49 ; cf. Lévitique 2.13), les offrandes animales étaient aussi présentées avec du sel, comme chez les Grecs et les Romains. Il y avait aussi du sel jusque dans le parfum aromatique (Exode 30.35).

Le sel était le symbole :

1°. De la durée, de la perpétuité, de la sincérité, car le sel préserve de la corruption et de la dissolution ; ainsi l’on disait une alliance de sel (Nombres 18.19 ; 2 Chroniques 13.5 ; cf. Lévitique 2.13), soit que les contractants missent quelques grains de sel dans leur bouche en gage de leur sincérité, soit que cet acte extérieur n’eût pas lieu.

2°. De l’hospitalité. Il y avait un engagement moral contracté entre ceux qui avaient mangé le même sel, maîtres et serviteurs, hôtes et voyageurs (cf. Esdras 4.14), et les Arabes modernes ont conservé la même tradition d’inviolable dévouement à ceux qui ont mangé leur sel ou leur pain (Niebuhr, Rosenmuller, Lftnarline, Voyage en Orient, etc.).

3°. De la sagesse, de la pureté dans la vie et dans la conversation (Marc 9.49 ; Colossiens 4.6).

4°. De la stérilité ; on saupoudrait de sel les terrains maudits et condamnés à rester toujours déserts et stériles (Juges 9.45 ; Sophonie 2.9 ; cf. Deutéronome 29.23 ; Psaumes 107.34 ; Job 39.9 ; l’hébreu porte salée au lieu d’inhabitée). Ces passages semblent ainsi offrir une contradiction avec Matthieu 5.13, où les fidèles sont appelés le sel de la terre. Calmet résout cette difficulté en changeant la signification du mot ; il pense qu’il s’agit là de la marne avec laquelle on fume les terres dans certains pays. On peut l’expliquer aussi dune manière peut-être plus simple en donnant au mot terre le sens de monde (cf. v. 14) : le sel serait alors le symbole de la pureté ; c’est aux fidèles de préserver le monde de la corruption.

Quant à la statue de sel de la femme de Lot, voir Lot.

Mer de sel, ou mer Salée (Genèse 14.3 ; voir mer Morte). D’après le Dr Daubeny, les eaux de la mer Morte ne contiennent d’autres substances que le sel muriatique, circonstance en harmonie avec l’origine volcanique du pays environnant.

Ézéchiel 16.4. Sur l’usage de frotter de sel les enfants nouveau-nés. Cet usage reposait sur des considérations médicales (saint Jérôme, Gallien, etc.), mais il s’y rattachait sans doute aussi une pensée symbolique, celle de la pureté à laquelle nous sommes appelés, peut-être celle de l’incorruptibilité, de l’immortalité, de l’éternelle durée de l’homme. La salis sparsio qui accompagne le baptême dans l’Église romaine, se rattache peut-être, comme tant d’autres cérémonies, à cette coutume des Juifs, que d’autres peuples de l’antiquité connaissaient du reste également.

Le sel que le prophète Élisée jette dans la fontaine de Jéricho pour adoucir l’amertume de ses eaux (2 Rois 2.21), ne peut avoir été un moyen naturel d’assainissement ; les eaux de Jéricho se ressentaient du voisinage de la mer Morte, et le moyen employé par Élisée allait plutôt à rencontre du but qu’il se proposait ; ce moyen devait faire ressortir avec d’autant plus d’évidence la mission divine du prophète.

Vallée du Sel. Célèbre par une victoire de David sur les Syriens (2 Samuel 8.13 ; 1 Chroniques 18.12 ; cf. Psaumes 60), cette vallée, large d’environ 3 km, est située à l’extrémité sud de la mer Morte ; elle ne présente pas le moindre vestige de végétation, mais abonde en couches salines.

Maundrell, dans ses voyages, cite un fait qui sert à nous faire comprendre ce que c’est que le sel qui a perdu sa saveur (Matthieu 5.13). Dans la vallée du Sel, près de Gebul (à environ 4 journées d’Alep), il y a un petit précipice causé par de continuels éboulements de sel. J’en brisai un morceau, dit-il, dont la partie qui avait été exposée à la pluie, au soleil et à l’air, quoiqu’elle eût le brillant du sel et des particules salines, en avait cependant complètement perdu la saveur. L’intérieur, qui tenait au roc, conservait le goût salé, comme j’en fis l’épreuve. Dans un des historiens byzantins, on trouve un commentaire vivant et frappant de ce texte. Echabolius avait fait profession d’être chrétien sous le règne de l’empereur Constantin, mais sous celui de Julien l’Apostat il était retombé dans le paganisme. Poussé plus tard à la repentance, il se déclara de nouveau chrétien, et se prosternant sur le seuil de l’église, il s’écria : Foulez-moi aux pieds, car je suis du sel qui a perdu sa saveur.

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