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CLANS et TRIBUS
Dictionnaire Biblique Lelièvre

Quand Saül dit à Samuel : « Ne suis-je pas Benjamite, de l’une des plus petites tribus d’Israël et ma famille n’est-elle pas la moindre de toutes les familles de la tribu de Benjamin ? » (1Sa 9.21, version Segond), le mot de famille est pris dans un sens très large et serait avantageusement remplacé, là comme en maint autre lieu, par le terme de clan. Entre le groupe constitué par la famille proprement dite (en hébreu : « maison du père ») et la tribu existait en Israël un groupe intermédiaire auquel il est constamment fait allusion dans l’Ancien Testament, mais que nos versions font pour ainsi dire disparaître du texte en le confondant avec la famille. Il ne parait pas possible de trouver pour ce groupe une désignation plus appropriée que celle de clan. La tribu était donc subdivisée en clans comprenant chacun un nombre variable de familles. Cette organisation sociale, d’origine nomade, se conserva tout au long de l’histoire d’Israël. Mais il est fort probable que ce fat avant l’établissement en Canaan et dans les siècles immédiatement postérieurs que le clam joua dans cette histoire le rôle le plus important. Le clan parait avoir été, plus que ta tribu, la subdivision fondamentale du peuple hébreu. En tous cas il y eut certainement des clans avant que les tribus aient eu une grande importance sociale et politique.

Le clan était une association de « frères » (1Sa 20.29, où il faut lire : « nous avons dans la ville un sacrifice de clan... permets que j’aille en hâte voir mes frères »). Ce terme de frères n’impliquait pas nécessairement, bien qu’on le crût, que tous les membres du clan fussent les descendants d’un même ancêtre, mais il exprimait l’étroite unité morale et religieuse d’une petite société fermée. Le texte précédemment cité nous montre ces frères (au temps de Saül) liés à leurs propres yeux par le devoir de se réunir pour un sacrifice solennel.

Le nombre des membres du clan parait avoir été très variable : 300 pour Abiézer, (Juges 7.16-22 ; 8.4), 600 pour Dan (Juges 18.11), peut-être 1.000 ailleurs (le mot millier paraissant avoir été synonyme du mot que nous rendons par clan). En temps ordinaire, le clan était dirigé par les chefs de familles ; à la guerre, un capitaine pouvait prendre le commandement ; mais l’autorité de ces hommes était faite de leur seul ascendant moral. En fait, tous les hommes du clan se sentaient égaux entre eux, ayant mêmes droits et mêmes obligations. Au nombre de leurs devoirs les plus sacrés étaient la vengeance du sang (voir : Vengeance) et la participation de tous aux mêmes entreprises, émigration (Juges 18) ou expédition guerrière (Juges 8.2 ; 18-21).

La tribu comprenait donc un certain nombre de clans ; on conçoit que la cohésion de ses membres entre eux fût â la fois moins étroite que dans le clan et plus étroite que dans l’ensemble de la nation. On croyait que tous les membres de la tribu (comme ceux du clan) descendaient d’un même ancêtre. Les douze tribus de la tradition étaient censées issues des douze fils de Jacob et chacune portait le nom de cet ancêtre, comme Israël tout entier portait le nom de Jacob. Ce nombre de douze tribus n’existait sans doute pas lors de l’invasion du pays de Canaan. Peut-être même n’a-t-il jamais existé douze tribus à la fois. Ce qui semble certain c’est que l’accession du peuple à la vie sédentaire eut pour résultat d’amener de nouvelles combinaisons de clans par lesquelles augmentèrent ou diminuèrent le nombre des tribus, soit qu’une tribu devint assez nombreuse pour donner naissance à deux tribus nouvelles, soit au contraire qu’elle déclinât au point d’être obligée de s’agréger à une tribu soeur ou de disparaître. Joseph se scinde en Ephraïm et Manassé ; Ruben, Siméon et Lévi disparaissent de bonne heure ; Galaad, de tribu (Juges 5.14-17) devient clan (Josué 17.1-2) tandis que Juda s’accroît rapidement.

La conquête de Canaan eut aussi pour résultat que clans et tribus correspondirent progressivement à des localisations géographiques plutôt qu’à des liens de parenté, réels ou fictifs. Le clan se confondit souvent avec les habitants d’un canton ou d’une ville, la tribu avec ceux d’une région plus étendue.


Lexique de la Bible - Charles Lelièvre, Pasteur protestant
Édité par La Bible jour après jour, 1951.
2, Cloître Saint-Pierre-Empont — Orléans (Loiret)
Numérisation : Yves PETRAKIAN