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Bethsabée
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet

Fille d’Éliam ou d’Ammiel, épouse d’Urie, Héthéen, demeurait à Jérusalem, en une maison qui était assez près du palais de David. Ce prince s’étant un jour levé de dessus son lit, après avoir dormi à midi (2 Samuel 11.32), comme c’est la coutume dans les pays chauds, monta sur la terrasse de son palais et aperçut, dans la cour ou dans le jardin d’une maison voisine, Bethsabée qui se baignait. Comme cette femme était d’une rare beauté, David envoya demander qui elle était. On lui dit que c’était Bethsabée, femme d’Urie, Héthéen. Aussitôt il la fit venir, et en abusa. Elle retourna chez elle, se purifia et, quelque temps après, elle envoya dire à David qu’elle était enceinte. Après cela, David manda à Joab, général de son armée, qui était alors occupé au siège de Rabbat, capitale des Ammonites, de lui envoyer Urie. Joab obéit, et Urie étant arrivé, David lui demanda des nouvelles de ce qui se passait à l’armée, et ensuite lui dit de s’en aller en sa maison, de se laver les pieds, et de se reposer. En même temps, il lui envoya des mets de sa table, afin qu’il bût et mangeât dans sa maison, avec sa femme. David croyait par là cacher son adultère, parce que le fruit qui naîtrait de Bethsabée passerait pour être d’Urie, si celui-ci retournait dans son logis ; et passait la nuit avec sa femme.

Mais Urie, au lieu d’aller dans sa maison, passa la nuit avec les autres gardes du roi, à la porte du palais. David en ayant été averti, lui dit : d’où vient qu’au retour d’un voyage, vous n’êtes point allé chez vous ? Urie lui répondit : l’arche du Seigneur et tout son peuple demeurent sous des tentes ; Joab mon seigneur, et les serviteurs de mon seigneur couchent dans le camp, à plate terre, et moi cependant j’irais en ma maison boire et manger, et dormir avec ma femme ? Je jure, par la vie et par le salut de mon roi, que je ne le ferai jamais. Le lendemain, le roi le fit venir à sa table, et l’enivra. Mais Urie, au lieu d’aller dans sa maison, coucha dans son lit, avec les autres gardes du roi ; car il était au service de David, et, comme l’on croit, un de ses gardes. David, voyant qu’il ne pouvait réussir à mettre l’honneur de Bethsabée à couvert par cette voie, résolut de se défaire d’Urie, et d’épouser Bethsabée. Il envoya donc des ordres à Joab, d’exposer Urie au plus grand danger, afin qu’il y demeurât. Urie fut porteur de ces ordres, et ils furent trop ponctuellement exécutés.

Bethsabée ayant appris la mort de son mari, en fit le deuilà l’ordinaire ; et, après que le temps du deuil fut passé, David la fit venir dans sa maison, et l’épousa. Bientôt après, elle enfanta un fils. Or, cette action déplut extrêmement au Seigneur, et le Seigneur envoya le prophète Nathan (2 Samuel 12.1-3) vers David, pour lui faire, des reproches de son crime. Nathan lui proposa la parabole d’un homme riche, qui, ayant grand nombre de brebis et de bœufs, au lieu de prendre dans ses troupeaux de quoi régaler un ami qui lui était venu de la campagne, alla chez un pauvre qui n’avait du tout qu’une brebis, la lui prit ; et la donna à Manger à son ami, qui lui était arrivé de dehors. David ne se reconnut pas d’abord dans ce portrait ; mais il dit à Nathan : Vive le Seigneur ! Celui qui a fait cette action est digne de mort ; il rendra la brebis au quadruple. Alors Nathan lui dit :

C’est vous-même qui êtes cet homme. Et continuant à lui reprocher son ingratitude et son infidélité envers le Seigneur, qui l’avait comblé de biens, il lui fit de grandes menaces, et lui dit : Le glaive ne sortira point de votre maison ; je prendrai vos femmes à vos yeux, et je les donnerai à un autre ; vous avez fait cette action en secret et moi je la ferai contre vous, à la vue de tout Israël et à la vue du soleil qui nous éclaire.

David dit à Nathan : J’ai péché contre le Seigneur. Nathan répondit : Le Seigneur a transféré la peine de votre péché ; vous ne mourrez point ; mais l’enfant qui vous est ne perdra la vie. En effet, l’enfant fut frappé du Seigneur, et bientôt sa santé fut désespérée. David pria le Seigneur pour l’enfant ; il jeûna, il se retira en particulier, et demeura couché sur la terre. Les principaux de sa maison vinrent le prier de se lever et de prendre de la nourriture ; mais il le refusa et se tint dans cet état d’humiliation et de pénitence. Le septième jour, l’enfant mourut, et les serviteurs de David n’osaient le lui dire. Mais s’étant aperçu de leur embarras, et ayant su qu’il était mort, il se leva de terre, alla au bain, s’oignit d’huile, changea d’habit, entra dans la maison du Seigneur, l’adora, revint dans sa maison, et prit de la nourriture. Ses officiers, étonnés de cette conduite, qui leur paraissait si singulière, lui en demandèrent la cause, et il leur dit : J’ai jeûné et j’ai pleuré, tandis que l’enfant a été en vie, parce que je pouvais encore espérer que le Seigneur lui rendrait la santé ; mais à présent qu’il est mort, pourquoi jeûnerais-je et pleurerais-je ? Est-ce que je puis encore le faire revivre ? C’est moi qui irai vers lui ; pour lui, il ne reviendra jamais à moi.

Après cela, David consola Bethsabée, et elle conçut un second fils, qui fut nommé Salomon. Nathan vint dire à David que le Seigneur aimait cet enfant, et il lui donna le nom de Jédidiah, c’est-à-dire le bien-aimé du Seigneur. Dans la suite, Dieu déclara qu’il régnerait après David, qu’il lui bâtirait un temple, qu’il serait comblé de sagesse, de biens et de lumières. Sur la fin du règne et de la vie de David, Adonias s’étant formé un parti, prétendit qu’en vertu du privilége de son âge, il régnerait préférablement à Salomon, qui était beaucoup plus jeune que lui. Nathan en donna avis a Bethsabée, et lui conseilla d’en aller parler au roi, lui promettant qu’il irait lui-même appuyer tout ce qu’elle lui aurait dit.

Bethsabée alla donc trouver David (1 Rois 1.15-17), elle s’inclina profondément en sa présence, et David lui ayant demandé ce qu’elle souhaitait, elle dit : Mon seigneur, vous avez promis avec serment à Salomon, mon fils, votre serviteur, qu’il-régnerait après vous et qu’il serait assis sur votre trône ; cependant voilà Adonias qui s’est fait roi sans que vous le sachiez, Ô roi mon seigneur, il a immolé grand nombre de victimes, et il afait un grand festin, auquel il a convié tous les enfants du roi, avec le grand-prêtre Abiathar et Joab, général de vos armées ; mais il n’y a point invité Salomon, votre serviteur. Cependant tout Israël a les yeux sur vous, mon seigneur ; attendant que vous leur déclariez qui, doit être assis sur votre trône après vous. Car après que le roi mon seigneur se sera endormi avec ses pères, nous serons traités comme criminels, moi et mon fils Salomon.

Elle parlait encore au roi lorsque le prophète Nathan arriva. On l’annonça, et lorsqu’il fut entré, il se baissa profondément devant le roi et lui dit : Ô roi, mon seigneur, avez-vous ordonné qu’Adonias régnât après vous, et qu’il s’assit sur votre trône car le voilà qui a fait aujourd’hui un grand festin aux fils du roi, au grand prêtre Abiathar et aux généraux de l’armée, et ils ont crié Vive le roi Adonias. Mais il n’a invité ni le grand-prêtre Sadoc, ni Banaïas, fils de Joiada, ni Salomon ni moi qui suis votre serviteur. Le roi ordonna aussitôt que l’on fit revenir Bethsabée, et lorsqu’elle fut entrée, il lui dit : Vive le Seigneur, qui m’ a délivré de tant de dangers ; je veux exécuter aujourd’hui la promesse que je vous ai faite avoc serment, en disant : Salomon, votre fils, régnera après moi. Bethsabée, se prosternant le visage contre terre, lui dit : Que David mon seigneur vive à jamais. Le roi ajouta : qu’on me fasse venir Sadoc, Nathan et Banaïas. Lorsqu’ils furent arrivés, il leur dit : Faites monter sur ma mule mon fils Salomon et menez-le à Gihon ; que le grand-prêtre Sadoc et le prophète Nathan le sacrent en ce lieu-là, et que l’on sonne de la trompette, en criant : Vive le roi Salomon. De là vous retournerez ici et vous le ferez asseoir sur, mon trône. Il régnera en ma place, et je lui ordonnerai de gouverner Israël et Juda. Tout cela fut exécuté, comme nous le dirons ailleurs, et après la mort de David, Salomon régna paisiblement sur tous ses états :

Or, Adonias voyant Salomon assis sur le trône de David (1 Rois 2.12), vint trouver Bethsabée, et lui dit : Vous savez que le royaume m’appartenait, et que tout Israël m’avait choisi pour son roi ; mais le Seigneur en a disposé autrement, et a royaume a été donné à Salomon. Maintenant donc je n’ai qu’une petite grâce à vous demander, qui est que Salomon m’accorde Abisag de Sunam, afin que je l’épouse. Bethsabée lui promit d’en parler au roi, et en effet elle l’alla trouver. Salomon, là voyant, se leva de son trône, vint au devant d’elle, la salua profondément, s’assit sur son trône, et commanda que l’on apportât aussi un trône pour sa mère, à sa main droite. Bethsabée lui dit : Je n’ai qu’une petite grâce à vous demander, je vous prie de ne me la pas refuser. Salomon lui dit : Ma mère, vous pouvez parler, car il ne serait pas juste de ne pas vous renvoyer contente. Elle lui dit : Donnez pour femme Abisag de Sunam à Adonias, votre frère. Salomon, pénétrant l’intention d’Adonias, dit à sa more : Pourquoi demandez-vous Abisag pour femme à Adonias !

Que ne demandez-vous aussi pour lui le royaume ? Vous savez qu’il a pour lui le grand-prétre Sadoc et Joab, fils de Sarvia, général des les troupes, et qu’il est mon aîné. Je jure par ma vie et par mon trône qu’Adonias mourra aujourd’hui. En effet, il envoya Banaïas, fils de Joïada, qui perça Adonias et le tua. Depuis ce temps, il n’est glus parlé de Bethsabée.

Le premier livre des Paralipomènes (1 Chroniques 3.5) et le second livre des Rois (2 Samuel 5.14), marquent d’autres fils de Bethsabée, qui sont Simma ou Samna, Sobab et Nathan, outre Salomon, dont nous venons de parler. Quelques interprètes croient que ces trois fils : Samna, Sobab et Nathan, étaient fils d’Urie le héthéen ; mais la plupart soutiennent qu’ils étaient fils de David. Le texte du second livre des Rois est formel pour ce sentiment, et saint Luc nous donne la généalogie de Nathan, fils de David, comme l’un des aïeuls du Messie l’endroit que l’on cite des Proverbes (Proverbes 4.3) où Salomon dit qu’il a été le fils bien-aimé de son père et le fils unique de sa mère, ne prouve autre chose que la tendre prédilection de David et de Bethsabée envers lui, à cause des promesses du Seigneur et des faveurs qu’il lui avait faites.

On croit communément que le chapitre 31 des Proverbes est une instruction que Bethsabée donna à son fils Salomon et que ce prince, pour en consacrer la mémoire, voulut exprès la placer dans le recueil de ses Proverbes ou de ses Maximes de morale ; il y en a même qui vont jusqu’à dire que Bethsabée était inspirée, comme elle l’insinue par ces mots : Visio qua erudivit eum mater sua. Et si l’on reconnaît que le chapitre, tel qu’il est dans le livre des Proverbes, a été écrit par Beth sabée, on ne saurait se dispenser de la reconnaître pour inspirée. Mais il est fort possible que Salomon, pour faire honneur à sa mère, ait rédigé lui-même les instructions qu’il en avait reçues et qu’il les ait données au public, comme si elle-même les eût dictées ou écrites.