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Arbre
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Westphal Bost

Il n’y a guère de choses moins connues dans l’Écriture que les noms hébreux des plantes et des arbres. Nous n’en donnons point ici le dénombrement, mais nous parlerons, à mesure que l’occasion s’en présentera, des principaux, dont il est fait mention dans les livres saints. Lorsque les Juifs avaient planté une vigne ou un arbre fruitier, il leur était défendu d’en manger les fruits pendant les trois premières années ; ils offraient à Dieu ceux de la quatrième (Lévitique 19.23), et après cela ils pouvaient user indifféremment de tout ce que leurs arbres produisaient. Les fruits des trois premières années étaient censés impurs. L’Écriture dit que, pendant ces trois années, on donnait en quelque sorte la circoncision à ces arbres : Auferetis prœputia eorum. Après cela ils les rendaient communs. Ils profanaient (Genèse 4.20) en quelque sorte leurs arbres, après en avoir offert les prémices au Seigneur.

Arbre de Vie (2)

C’était un arbre planté au milieu du paradis, dont le fruit aurait eu la vertu de conserver la vie à Adam ; s’il avait obéi aux ordres qu’il avait reçus de Dieu. Mais cet arbre de vie fut pour lui un arbre de mort, à cause de son infidélité et de sa désobéissance. [M. Bonnetty pense que la tradition de l’arbre de vie peut être conservée ou.rappelée par un bas-relief égyptien. Voyez ses Annales de philos chrét., tome 21 pages 129, d’où il a occasion de renvoyer, pour le même sujet, au tome 3 pages 129].

Arbre de La science du bien et du mal (3)

C’était un arbre que Dieu avait planté au milieu du paradis, et auquel il avait défendu à Adam de toucher, sous peine de la vie (Genèse 2.9). On dispute si l’arbre de vie et l’arbre de la science du bien et du mal étaient un même arbre. Les sentiments sont partagés sur cela. Voici les raisons que l’on apporte pour et contre le sentiment qui tient que c’étaient deux arbres différents. Moïse dit que Dieu ayant planté jardin d’Éden (Genèse 2.9), y mit toutes sortes de bons arbres, et en particulier l’arbre de vie au milieu du paradis, comme aussi l’arbre de la science du bien et du mal ; et lorsqu’il eut mis l’homme dans le paradis, il lui dit (Genèse 2.17) : Mangez de tous les fruits du jardin, mais ne mangez pas du fruit de la science du bien et du mal, car, au moment que vous en aurez mangé, vous mourrez. Et lorsque le serpent tenta Ève, et lui dit (Genèse 3.1-3) : Pourquoi Dieu vous a-t-il défendu de manger de tous les fruits du jardin ? Ève répondit : Dieu nous a permis de manger des fruits du paradis, mais il nous a défendu d’user du fruit qui est au milieu du jardin, de peur que nous ne mourions. Le serpent répliqua : Vous ne mourrez point, mais Dieu sait qu’aussitôt que vous en aurez mangé, vos yeux seront ouverts, et vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal. Et après qu’Adam et Ève eurent violé le commandement du Seigneur, Dieu les chassa du paradis, et leur dit : Voilà Adam qui est devenu comme l’un de nous, sachant le bien et le mal : mais à présent, de peur qu’il ne prenne encore du fruit de vie, qu’il n’en mange, et ne vive éternellement, il le mit hors du paradis.

De tous ces passages on peut inférer en faveur du sentiment qui n’admet qu’un arbre dont Dieu ait défendu l’usage à Adam :

1° Qu’il n’est, pas nécessaire d’en reconnaître deux, le même fruit qui devait conférer la vie à Adam pouvant aussi lui donner la science.

2° Le texte de Moïse peut fort bien s’entendre d’un seul arbre. Dieu planta l’arbre de la vie, ou l’arbre de la science. Souvent, dans l’hébreu, la conjonction et est équivalente à la disjonctive ou, et de la même manière, de peur qu’il ne prenne aussi du fruit de vie, et ne vive éternellement, se peut expliquer en ce sens : De peur que, comme il en a pris, croyant trouver la science, il n’y retourne pour y trouver aussi la vie.

3° Enfin le démon attribue visiblement au même arbre le fruit de la vie et le fruit de la science : Vous ne mourrez point, mais Dieu sait qu’aussitôt que vous aurez mangé de ce fruit, vous saurez le bien et le mal. Il les rassure contre la peur de la mort ; et leur promet la science, en leur offrant le fruit défendu.

Mais l’opinion contraire paraît mieux fondée dans la lettre du texte : Moïse distingue manifestement ces deux arbres : l’arbre de la vie et l’arbre de la science ; pourquoi les vouloir confondre sans nécessité ? La vie et la science sont deux effets tout différents, pourquoi vouloir qu’ils soient produits par le même fruit ? Est-ce trop que de défendre à Adam l’usage de deux arbres ? Le discours que Dieu tient à Adam après son péché me paraît bién exprès pour distinguer ici deux arbres : de peur qu’il ne prenne aussi du fruit de vie ; et ne vive éternellement ; comme s’il disait : il a déjà goûté du fruit de la science, il faut l’éloigner du fruit de vie, de peur qu’il n’en prenne aussi. Le démon, à la vérité, rassure Ève et Adam contre la crainte de la mort, mais il ne leur offre que le fruit de la science, en leur disant que, dès qu’ils en auront goûté, ils seront aussi éclairés que des dieux ; d’où vient qu’après leur péché, il est dit que leurs yeux furent ouverts ; Ces raisons nous font préférer ce dernier sentiment au premier que nous avons épousé. Voyez saint Augustin, 1. 6 de l’Ouvrage imparfait contre Julien ; chapitre 30, page 1359 et suivants

On demande quelle était la nature du fruit défendu ; Quelques-uns ont cru que c’était le froment, d’autres que c’était la vigne, d’autres le figuier, d’autres le cerisier, d’autres le pommier. Ce dernier sentiment a prévalu, quoiqu’il ne soit guère mieux fondé que les autres : on cite pour le prouver ce passage du Cantique des Cantiques (Cantique 8.5) : Je vous ai éveillée sous un pommier, c’est là que votre mère a perdu son innocence : comme si Salomon avait voulu parler en cet endroit de la chute de la première femme.

Plusieurs Anciens ont pris tout le récit de Moïse dans un sens figuré, et ont cru qu’on ne pouvait expliquer le récit de Moïse que comme une allégorie. Saint Augustin a cru que la vertu de l’arbre de vie et de l’arbre de la science du bien et du mal était surnaturelle et miraculeuse ; d’autres croient que cette, vertu lui était naturelle. Selon Philon, l’arbre de vie marquait la piété, et l’arbre de la science la prudence. Dieu est auteur de ces vertus. Les rabbins racontent des choses incroyables et ridicules de l’arbre de vie. Il était d’une grandeur prodigieuse ; toutes les eaux de la terre sortaient de son pied. Quand on aurait marché cinq cents ans, on en aurait à peine fait le tour. Peut-être que tout cela n’est qu’une allégorie, mais la chose ne mérite pas qu’on se fatigue à en chercher le sens caché.

Arc