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Tradition
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Westphal

La tradition est la parole de Dieu qui n’est point écrite dans les livres saints, mais qui nous est venue par succession et comme demain en main depuis les apôtres. La règle certaine et infaillible qu’a l’Église pour discerner les vraies traditions d’avec les fausses, c’est que l’Église ne reçoit au nombre des traditions apostoliques que ce qui est généralement enseigné ou pratiqué par toute l’Église sans qu’on en connaisse le commencement.

Les Juifs n’avaient pas écrit leurs traditions avant les guerres que leur firent les Romains sous Vespasien, et ensuite sous Adrien et sous Sévère. Alors le rabbin Judas, surnommé le Saint, composa la Misne, comme qui dirait la seconde Loi, qui est le plus ancien recueil de traditions qu’aient les Juifs. On y ajouta la Gémarre de Jérusalem et celle de Babylone, qui, jointes à la Misne, forment le Talmud de Jérusalem et celui de Babylone, lesquels sont comme le supplément et l’explication de la Misne ou du code principal de leurs traditions.

Jésus-Christ, dans l’Évangile, s’est souvent élevé contre les fausses traditions des Pharisiens : il leur a reproché qu’ils préféraient ces traditions à la loi, et que, pour les conserver, ils violaient les commandements de Dieu : (Marc 7.7-10 Matthieu 15.1-4). Il donne plusieurs exemples de leurs falsifications de la loi, de leur attachement supertitieux à de vaines observances, pendant qu’ils négligeaient les plus essentielles. Il leur dit qu’à la bonne heure ils peuvent observer ces minuties, pourvu qu’ils n’omettent pas les plus importants préceptes. Depuis ce temps, les Pharisiens et les autres Juifs n’ont rien rabattu de leur entêtement pour les traditions de leurs pères, et ceux qui n’ont point pour elles un respect aveugle et une soumission sans bornes, sont traités parmi eux d’hérétiques. C’est ainsi qu’ils en usent envers les Caraïtes, qui s’en tiennent au texte de l’Écriture, et qui n’admettent de traditions que celles qui sont bien approuvées ; et conformes à l’esprit et aui paroles du législateur.

Les Juifs appellent les traditions la Loi orale, et prétendent que Dieu les enseigna de vive voix à Moïse sur le mont Sinaï, en même temps qu’il lui donnait la loi écrite, et que ce législateur en instruisit les anciens du peuple, et les leur confia comme en dépôt, pour faire passer à leurs successeurs toutes les traditions qu’il avait reçues immédiatement de Dieu. C’est par ce canal que les Juifs prétendent que leur sont venues toutes celles qu’ils lisent aujourd’hui dans leurs Talmuds ; et de là le souverain respect qu’ils ont pour elles, et qui va quelquefois jusqu’à les préférer aux textes les plus exprès de l’Écriture.

Les chrétiens ont aussi leurs traditions, qu’ils ont reçues de Jésus-Christ et de ses apôtres. Ils les regardent avec raison comme un dépôt sacré et inviolable, et comme une règle infaillible de leur créance et de leur conduite, puisqu’elles sont émanées de la même source et du même esprit qui a dicté les saintes Écritures. Saint Paul, dans sa seconde Épître aux Thessaloniciens, chapitre15, exhorte les fidèles à demeurer fermes dans les traditions qu’ils ont apprises, soit par ses paroles, soit par sa lettre. Le concile de Trente a clairement exprimé le respect qui est dû aux traditions, lorsqu’il a dit que la vérité et la discipline de l’Église catholique sont comprises, tant dans les livres sacrés que dans les traditions qui ont été reçues de la bouche de Jésus-Christ même ou de ses apôtres, et qui ont été conservées et transmises jusqu’à nous, par une chaîne et une suite non interrompue. Les anciens Pères en ont parlé de même : ils ont reconnu la vérité et l’autorité des traditions apostoliques, soit qu’elles fussent écrites ou non. Mais ils n’ont pas prétendu qu’on dût recevoir légèrement pour traditions apostoliques [tout] ce que l’on voulait donner pour telles. Il faut du choix et du discernement pour distinguer les vraies des fausses. Nous ne sommes obligés d’admettre que celles qui sont approuvées et autorisées par l’Église et par le corps des pasteurs [« Il est important d’avertir, que lorsque les docteurs du Talmud et d’autres livres anciens citent un passage de l’Écriture à l’occasion d’une doctrine qu’ils enseignent, cela ne veut pas toujours dire qu’ils la tirent des expressions de tel ou tel verset ; bien au contraire, cette doctrine vient toujours, selon eux, d’une tradition constante qui remonte jusqu’à Moïse. San origine est indépendante de la loi écrite. Le verset dont un rabbin semble tirer le point qu’il enseigne, n’est invoqué dans ce cas que pour servir de signe, de souvenir, ou, comme disent les théologiens juifs, il n’est qu’un simple appui. Rabbi Isaac Abahab développe ceci parfaitement bien dans l’introduction de son livre Menorat Haminaor.

Ceci est encore un avis que les rabbins donnent aux protestants. M. Drach, Du Divorce dans la Synagogue, note f, pages 200].