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Tour
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Westphal

turris, en grec pyrgos, en hébreu migdal. L’Écriture parle de plusieurs tours dont nous avons déjà touché quelque chose sous l’article Migdal.

La tour de Straton. C’est le lieu où l’on bâtit depuis la ville de Césarée de Palestine. Voyez Straton.

La tour de Siloé, était apparemment près de la fontaine de ce nom, à l’orient de Jérusalem.

La tour du troupeau (Michée 4.8), Ou la tour d’Ader. On dit que cette tour était au voisinage de Belhléem (Genèse 35.21), et que les pasteurs à qui l’ange annonça la naissance de notre Sauveur (Luc 2.8-15) étaient près de cette tour (t), où dans la suite on bâtit une église. [Voyez Eder et ma note].  Plusieurs interprètes prétendent que le passage de Michée, où il est parlé de la tour du Troupeau, désignait la ville de Bethléem, d’où devait sortir le Sauveur du monde. D’autres soutiennent que le prophète a voulu marquer la ville de Jérusalem. Voyez les commentateurs sur cet endroit.

La tour des gardes. On trouve souvent cette manière de parler dans l’Écriture : Depuis la tour des Gardes jusqu’à la ville fortifiée (2 Rois 17.9 ; 18.8), pour marquer généralement tous les lieux du pays, depuis les plus petits jusqu’aux plus grands. Les tours des Gardes ou des Bergers étaient seules au milieu de la campagne, pour loger les bergers et les autres pasteurs qui gardaient leurs troupeaux, ou pour placer des sentinelles. Le roi Ozias fit bâtir plusieurs tours de bergers dans les déserts, et y fit creuser beaucoup de citernes, parce qu’il avait grand nombre (2 Chroniques 26.10) de troupeaux ; la tour du Troupeau dont nous avons parlé ci-devant, celle dont parle Isaïe, qui fut bâtie au milieu d’une vigne (Isaïe 5.2), étaient de cette sorte.

Il est parlé dans l’Écriture de la tour de Phanuel, de celle de Soccoth, de celle de Sichem et de quelques autres, qui étaient comme les citadelles et les forteresses de ces villes.

La tour de Babel, dont nous avons parlé sous le nom de Babel, devait être aussi comme la forteresse de Babylone (Genèse 11.5). Les Septante sur Isaïe (Isaïe 10.9), lisent : N’ai-je pas pris le pays qui est au-dessus de Babylone et de Calanné, où la tour a été bâtie. Les Pères grecs, qui se servaient de cette version et qui la croyaient conforme à l’Hébreu, ont cru qu’en effet cette fameuse tour avait été bâtie au-dessus de Babylone, et que Calanné était le lieu où elle avait été construite. Mais le texte hébreu porte : Calanné n’est-elle pas comme Carchemis ? Hémath n’est-elle pas comme Arphad, et Samarie comme Damas ? N’ai-je pas assujetti toutes ces villes ?

Saint Jérôme remarque que les Septante se servent souvent du mot grec baris, qui est un terme propre à la Palestine, où l’on appelait de ce nom les maisons fermées de toute part et faites en forme de tours ; et c’est apparemment ce qu’il nous a voulu marquer dans les Paralipomènes (1 Chroniques 17.12), eu disant que Josaphat avait bâti dans Juda des maisons eu forme de tours. L’Hébreu porte biranioth ; ce qui vient du chaldéen bira ; un palais.

Il est aussi parlé de plusieurs autres tours de la ville de Jérusalem, que l’on peut voir sur les plans de cette ville, et dont la vraiesituation, pour la plupart, est très peu connue. C’est pourquoi nous ne nous hasardons pas de la fixer ici [Tour de David. « La fameuse citadelle do David, située à côté de la porte de Bethléem, a fait place à une forteresse nouvelle qui porte encore le nom de tour de David, et se nomme aussi château des Pisans. » Poujoulat, Correspondances d’Orient, lettr. 114, tome 5 pages 161].

Ézéchiel parle en deux endroits (Ézéchiel 29.10 ; 30.6) de la tour de Syenes. Mais nous avons fait voir, sous l’article Syène, qu’il faut ainsi traduire l’Hébreu : Depuis Migdol, ou Magdolum, ville dans la basse Égypte, jusqu’à la ville de Syène, située à l’extrémité de l’Égypte et sur les frontières de l’Éthiopie.

Tour de Sichem. Cette tour était comme une citadelle ou une forteresse, située dans un endroit plus élevé que le reste de la ville, et assez grande pour contenir plus de mille personnes (Juges 9.46). Abimélech, après avoir pris et rasé la ville de Sichem, voulut aussi se rendre maître de cette tour, dans laquelle une grande partie des Sichémites s’étaient réfugiés ; mais, ne pouvant la prendre, parce qu’elle était extrêmement forte, il résolut d’y mettre le feu : pour cet effet, il alla sur la montagne voisine, coupa une branche d’arbre, la chargea sur ses épaules, et dit à ses gens d’en faire de même. Ils apportèrent donc à l’envi des branches d’arbre, en comblèrent le fossé, y mirent le feu ; en sorte que tous ceux qui s’étaient retirés dans la tour y périrent par les flammes ou par la fumée.

Observations de Folard sur la prise de Sichem et sur l’embrasement de la tour de cette ville, où plusieurs des habitants s’étaient renfermés (Juges 9.45,46). Nous ne nous arrêterons pas beaucoup sur la prise et la destruction de la ville de Sichem ; car ies exemples en sont si peu rares dans l’histoire ancienne et moderne, qu’il faudrait ne l’avoir pas lue pour en être surpris. La ville de Sichem était forte ; cependant Abimélech dans l’ardeur de la victoire qu’il venait de remporter sur les Sichémites, dans cette ardeur, dis-je, qui nous aveugle souvent sur les dangers, il insulta la ville, c’est-à-dire qu’elle fut escaladée ; et, l’ayant prise, l’épée à la main, il en tua tous les habitants et la détruisit, de manière qu’on sema du sel sur le lieu où elle avait été. Le sel que le vainqueur répandit sur les ruines de cette ville servit (dit dom Calmet) plutôt pour montrer l’indignation d’Abirnélech et l’envie qu’il avait, s’il eût été possible, de la rendre inhabitable à jamais, qu’à la rendre réellement stérile et maudite. L’histoire nous fournit plusieurs exemples d’une semblable vengeance : la ville de Milan, en 1162, fut attaquée, prise d’assaut, saccagée, brûlée et rasée totalement. Sigonius dit qu’on fit passer la charrue par-dessus, et qu’on y sema du sel. Brantôme rapporte qu’anciennement en France on semait du sel dans la maison d’un homme qu’on déclarait traître à sôn roi, comme on fit dans celle de l’amiral de Coligny.

L’attaque de la tour de Sichem, ou, pour mieux dire, de la forteresse, puisqu’il y avait un si grand nombre d’habitants qui s’y étaient retirés, se trouva plus difficile que celle de la ville, car l’auteur sacré (Juges 9.46) dit formellement que ce lieu était extrémement fort. L’insulter et la prendre d’assaut, comme on avait fait la ville, l’entreprise n’était nullement praticable, tant par la force du lieu que par le nombre de ceux qui s’y étaient réfugiés et qui se seraient défendue en désespérés : les investir et vouloir les prendre par la famine, la chose aurait traîné en longueur ; Abimélech trouva un expédient plus prompt ; il monta sur la montagne de Selmon avec tous ses gens, coupa une branche d’arbre avec une hache, la mit sur son épaule et dit à ses compagnons : Faites promptement ce que vous me voyez faire. Ils coupèrent tous à l’envi des branches d’arbre et suivirent leur chef ; et environnant la forteresse de ces branches d’arbre, ils y mirent le feu, qui y prit de telle sorte, que mille personnes, hommes et femmes, y furent étouffées par le feu ou par la fumée.

Ce stratagème n’est pas difficile à exécuter, et pourvu que le vent soit favorable, on ne manque guère de réussir, surtout contre une tour ou contre un fort qui n’occupe pas un grand espace, témoin l’exemple de Platée. Les Lacédémoniens l’ayant assiégée et ne pouvant en venir à bout par la valeur des assiégés et l’intelligence de leurs chefs désespérèrent de forcer la place, dit Thucydide, et se résolurent à la bloquer ; mais ils essayèrent auparavant d’y mettre le feu, croyant la brûler aisément à cause de sa petitesse, en grenant l’occasion de quelque grand vent ; car ils recherchaient toutes les occasions imaginables pour s’en rendre maîtres promptement et sans dépense. Ils jetèrent donc des fascines entre la plate-forme et le mur, et en remplirent en moins de rien cet espace, à cause de la multitude de leurs gens ; ils en firent autant en divers endroits du fossé, où la hauteur du terrain leur donnait plus de commodité de le faire, afin de mettre le feu en même temps en divers quartiers ; puis ils l’allumèrent avec de la poix et du soufre, ce qui causa tout à coup un si grand embrasement, qu’il ne s’en est jamais vu de semblable, si ce n’est peut-être dans les montagnes, où le feu s’allume quelquefois par la violence du vent qui fait entrechoquer les arbres. Cette invention faillit perdre la ville, qui avait résisté à toutes les autres : car on ne pouvait aborder en plusieurs quartiers, et si le temps eût été favorable, comme l’espéraient les ennemis, c’était fait de la place ; mais il survint en uninstant une grosse pluie qui éteignit le feu.

Cet exemple est remarquable et au-dessus de celui de la tour de Sichem. En voici encore un autre que je vais rapporter ici, et qui ne cède en rien à celui de Platée ; je le tire de Quinte-Curce dans l’attaque d’un roc escarpé, où les Perses s’étaient retirés comme dans une forteresse inexpugnable après la défaite de Satibarzanes. C’était un roc escarpé, du côté de l’occident, dit l’auteur, mais qui vers l’orient prenait une assez douce pente, toute couverte de bois et pleine de ronces, d’où coulait une grande abondance d’eaux. Il avait trente-deux stades de tour, et au sommet une plaine qui n’était que de prairies, où les barbares logèrent les gens inhabiles au combat, et pour les autres qui étaient treize mille hommes armés, ils se retranchèrent sur les avenues avec des troncs d’arbres et des quartiers de rochers. Le roi laissa Cratérus pour les y bloquer et se mit à la poursuite de Satibarzanes jusqu’à ce qu’apprenant qu’il était déjà bien loin, il retourna tout court au siège de la montagne, où il fit d’abord nettoyer tout ce qui pouvait nuire à ses approches ; mais ne rencontrant plus après cela que des précipices et des rochers escarpés, il semblait qu’il y avait de la manie à vouloir forcer la nature. Toutefois, comme c’était un courage à se raidir toujours contre les difficultés, voyant qu’il était impossible de passer outre et dangereux de retourner en arrière, il roulait en son esprit toutes sortes d’expédients, qu’il condamnait tous l’un après l’autre, comme c’est l’ordinaire de l’irrésolution, et dans cette perplexité la fortune fit ce que l’esprit n’avait su faire. Il s’éleva un vent impétueux du côté de l’occident, et il se rencontrait que les soldats, pour s’ouvrir un chemin dans les rochers, avaient coupé force bois, que le soleil avait séché : si bien qu’il fit entasser dessus force bûches les unes sur les autres, tant qu’elles eurent bientôt égalé la hauteur de la montagne, alors on y mit le feu, qui prit incontinent partout, même aux forêts voisines. Le vent portait la flamme droit au visage des barbares, avec une fumée si épaisse qu’ils en perdaient la vue et la respiration, de sorte que pour éviter le dernier de tous les supplices, ils tâchaient de se sauver par où le feu faisait tant soit peu de jour ; mais, échappant des flammes, ils rencontraient l’ennemi, et ainsi ils périssaient tous misérablement en différentes façons.

Abimélech ne fut pas si heureux à la tour de Thèbes, qu’il avait été à celle de Sichem ; il voulut l’emporter d’insulte, elle était au milieu de la ville, dont il se rendit le maître, bien que l’auteur sacré ne le dise pas formellement : Il était au pied de la tour, combattant vaillamment ; et, s’approchant de la porte, il tâchait d’y mettre le feu. En même temps une femme jetant d’en haut un morceau de meule de moulin, cassa la tête d’Abimélech et en fit sortir la cervelle. Aussitôt il appela son écuyer et lui dit : Tirez votre épée et tuez-moi, de peur qu’on ne dise que j’ai été tué par une femme. L’écuyer fit ce qu’il lui avait commandé, et le tua. Je ne sais si un homme qui a reçu une blessure comme celle d’Àbimélech est bien en état d’appeler son écuyer pour se garantir de la honte d’avoir été tué par une femme ; et supposé qu’il le fût, pouvait-il savoir s’il avait été blessé de la main d’un homme ou d’une femme ; le roi Pyrrhus eut un sort semblable à celui d’Abimélech, il fut tué d’une tuile qu’une femme lui jeta de dessus un toit sans savoir de quelle main il avait reçu le coup qui le jeta par terre ; et quand il l’aurait su, il ne s’en serait pas autrement embarrassé s’il eût pu guérir ; car n’arrive-t-il pas tous les jours que les plus braves sont tués par les plus lâches.