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Tobie
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Westphal

Tobie (1)

Ou Tobit ; était fils de Tobiel et petit-fils d’Ananéel de la tribu de Nephtali. D’autres le font fils d’Ananéel. Il avait sa demeure dans la ville capitale de la tribu de Nephtali, qui était Codés. Le texte grec porte qu’il était de Thisbé qui était à la droite de Cadès de Nephtali. Tobie avait épousé une femme de sa tribu, nommée Anne, et en avait eu un fils nommé Tobie comme lui (Tobie 1.1-3). Quoiqu’il vécût au milieu de la Galilée et dans le royaume des dix tribus, où le culte des veaux d’or était établi depuis très-longtemps, il ne laissait pas d’aller secrètement à Jérusalem au temple du Seigneur aux jours des fêtes solennelles, et d’y offrir très-fidèlement ses dîmes et ses prémices ; et il continua ces pieux exercices depuis sa jeunesse jusqu’au temps que Salmanasar ayant pris Samarie, il fut emmené captif à Ninive avec sa femme et son fils.

Étant en ce pays, il s’abstint des viandes des gentils et conserva son âme pure de leurs souillures. Dieu lui fit trouver grâce devant le roi Salmanasar, qui lui laissa non-seulement la liberté d’aller où il voudrait, mais même le fit son acheteur ou son pourvoyeur, selon le Grec (Tobie 1.14). Étant un jour allé à Ragès de Médie, il prêta ou il donna en dépôt, selon le Grec, une somme de dix talents qui font quarante-huit mille six cent soixante-onze livres, dix-sept sous six deniers de notre monnaie, à un Juif son parent, nommé Gabélus. Après la mort de Salmanasar, Tobie encourut la disgrâce du roi Sennachérib, son successeur. Il fut privé de son emploi et tomba dans une grande pauvreté, ayant même été obligé de se cacher pour éviter la mort, et le roi ayant confisqué tous ses biens.

Mais après la mort de Sennachérib, il revint dans sa maison, et on lui rendit tous ses biens. Il continua comme auparavant dans ses exercices de piété. Pour l’éprouver, Dieu permit qu’étant un jour allé pour donner la sépulture à un mort qu’on avait laissé sur la place (Tobie 2), et au retour n’ayant osé rentrer dans sa maison, à cause de l’impureté qu’il avait contractée par l’attouchement de ce cadavre, il se coucha contre la muraille de sa cour ; et pendant qu’il dormait, il tomba d’un nid d’hirondelles de la fiente chaude sur ses yeux, ce qui le rendit aveugle (Voyez hirondelle). Ce malheur ne fut pas capable de le jeter dans l’impatience, et il demeura toujours inébranlable, malgré les insultes et les reproches de ses parents et de sa femme même, qui lui demandaient où était le fruit de toutes les œuvres de charité qu’il avait faites.

Alors voyant qu’il ne pouvait plus servir de rien au monde, et qu’il y devenait à charge à lui-même et aux autres, il pria le Seigneur de le tirer de cette vie (Tobie 3). Mais Dieu avait résolu de le délivrer d’une autre manière toute miraculeuse. Tobie se croyant donc près de sa mort envoya son fils à Ragès vers Gabélus, pour répéter la sonune qu’il lui avait prêtée ou seulement laissée en dépôt, comme nous l’avons dit. Le jeune Tobie y alla, épousa Sara, fille de Raguel, rapporta l’argent que son père répétait ; et par le moyen du fiel d’un poisson qu’il prit sur le bord du Tigre il rendit la vue à son père, ainsi que nous le dirons dans l’article du jeune Tobie.

Tobie voulant récompenser l’ange Raphael, qui avait conduit son fils à Ecbatane (Tobie 12), et qu’il ne prenait que pour un simple homme, lui offrit la moitié de tout ce que son fils avait apporté de Médie ; mais l’ange les ayant tirés en secret, leur parla ainsi : Bénissez le Dieu du ciel qui a fait éclater envers vous sa miséricorde. La prière accompagnée du jeûne et de l’aumône vaut mieux que les trésors du monde, puisqu’elle délivre de la mort, qu’elle efface les péchés et qu’elle fait trouver miséricorde et obtenir la vie éternelle. Je vais donc vous découvrir la vérité. Dieu a écouté vos prières, il a vu vos larmes et vos bonnes œuvres ; et parce que vous lui étiez agréables, il a été nécessaire que la tentation vous éprouvât. Je suis l’ange Raphael que Dieu a envoyé pour vous secourir ; mais il est temps que je retourne vers celui qui m’a envoyé : pour vous, bénissez Dieu et publiez ses merveilles.

Alors les deux Tobie, père et fils, se prosternèrent contre terre, adorèrent Dieu pendant trois heures, et s’étant levés racontèrent toutes les grâces que Dieu leur avait faites ; et Tobie l’ancien composa un cantique (Tobie 13) d’actions de grâces, dans lequel il relève la grandeur, la puissance et la bonté de Dieu. Il prédit le rétablissement de Jérusalem, la fin de la captivité, la magnificence de la ville sainte, de son temple, et le grand nombre de ses habitants. Depuis que Tobie eut recouvré la vue, il vécut encore quarante-deux ans (Tobie 14), et vit les fils de ses petits-fils. Il avait cinquante-six ans lorsqu’il perdit la vue, et il la recouvra à soixante. Lorsque l’heure de sa mort fut venue, il appela Tobie, son fils, et sept jeunes enfants qu’il avait, qui étaient ses petits-fils, et leur dit : La ruine de Ninive est proche ; car la parole du Seigneur n’est point tombée à terre ; et nos frères qui ont été dispersés hors de la terre d’Israël y retourneront. Tout le pays d’Israël qui a été désert sera repeuplé, la maison de Dieu qui a été brûlée sera rebâtie de nouveau, et tous ceux qui craignent Dieu y reviendront. Les nations abandonneront leurs idoles, elles viendront à Jérusalem, elles y demeureront et tous les rois de la terre y seront dans la joie, en adorant le Dieu d’Israël. Mes enfants, servez le Seigneur dans la vérité, travaillez à faire ce qui lui est agréable, recommandez à vos enfants de faire des œuvres de justice, des aumônes, de se souvenir du Seigneur et de le bénir. Pour vous, mes enfants, ne demeurez point ici ; mais aussitôt que vous aurez enseveli votre mère auprès de moi dans un même sépulcre, ne pensez plus qu’à vous hâler de sortir d’ici ; car je vois que l’iniquité de cette ville la fera périr.

Tout ce que Tobie avait prédit arriva, et le jeune Tobie, son fils, exécuta fidèlement tout ce qu’il lui avait recommandé. Après donc qu’il eut vécu cent deux ans, il mourut en paix et fut enseveli honorablement dans la ville de Ninive. Il devint aveugle l’an du monde 3317 ; il envoya son fils à Ecbatane en 3322 ; il recouvra la vue la même année ; il mourut, âgé de cent deux ans, en 3363, avant Jésus-Christ 637, avant l’ère vulgaire 641.

Tobie (2)

Fils de Tobie dont nous venons de parler, et d’Anne, son épouse, de la tribu de Nephtali, naquit l’an du monde 3281, avant Jésus-Christ 719, avant l’ère vulgaire 723. Il était fort jeune lorsqu’il fut mené en captivité avec son père, à Ninive, par le roi Salmanasar, l’an du monde 3283. Tobie, son père, l’éleva dans la crainte du Seigneur et dans la pratique de ses lois. Son père se croyant près de sa mort l’appela (Tobie 4) et lui donna diverses instructions pour son salut, lui recommanda surtout l’aumône, la charité, de ne faire jamais à un autre ce qu’il ne voudrait pas qu’on lui fit, d’éviter l’orgueil et l’infidélité dans le mariage, de demander toujours conseil à un homme sage, de bénir Dieu et de le prier en tout temps. Enfin il lui dit de faire ses diligences pour retirer une somme de dix talents qu’il avait autrefois laissés à Gabélus, qui demeurait à Ragès, dans le pays des Mèdes. Il ajouta : Ne craignez point, mon fils ; il est vrai que nous sommes pauvres : mais nous aurons beaucoup de bien si nous craignons Dieu, si nous nous rétirons du péché et que nous pratiquions les bonnes œuvres.

Le jeune Tobie lui répondit (Tobie 5) qu’il ferait tout ce qu’il ordonnerait, mais qu’il ne connaissait ni Gabélus, ni le chemin d’Ecbatane. Tobie lui dit : l’obligation de Gabélus entre les mains ; et aussitôt que vous la lui montrerez, il vous rendra cet argent. Allez seulement chercher un guide, qui vous conduise au pays des Mèdes. Le jeune Tobie étant sorti, trouva sur la place un jeune homme qui paraissait tout prêt à marcher ; il l’amena à son père, et étant convenu de lui donner son salaire, ils se mirent en chemin. Cet homme prétendu était l’ange Raphael, que Dieu avait envoyé pour conduire le jeune Tobie. Voyez ci-devant l’article Raphaël.

Lorsqu’ils furent arrivés à l’hôtellerie (Tobie 6), dans un lieu sur le fleuve du Tigre, Tobie étant allé laver ses pieds, un grand poisson s’élança hors de l’eau pour le dévorer. Tobie s’écria de frayeur ; mais l’ange lui dit : Saisissez-le par les ouïes, et le tirez à vous ; ce qu’ayant fait, le poisson commença à palpiter à ses pieds. Alors l’ange lui dit : Ouvrez ce poisson, et prenez-en le cœur, le fiel et le foie, parce qu’ils sont nécessaires pour en faire des remèdes très-utiles. Après cela ils firent rôtir une partie de sa chair, qu’ils emportèrent avec eux, et salèrent le reste, pour leur servir jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés à Ragès. Lorsqu’ils furent près d’Ecbatane, Tobie dit à l’ange : Où voulez-vous que nous logions ? L’ange lui répondit : Il y a ici un homme nommé Raguel qui a une fille unique nommée Sara ; vous êtes son plus proche parent, et tout son bien vous doit revenir. Il faut que vous l’épousiez et que vous la demandiez à son père.

Tobie lui dit : J’ai ouï dire qu’elle avait déjà épousé sept maris, mais qu’ils étaient tous morts et qu’un démon les avait tués. Je crains que la même chose ne m’arrive et que je ne conduise la vieillesse de mes parents au tombeau, par la douleur que ma mort leur causera. L’ange lui repartit : Je vais vous dire qui sont ceux sur qui le démon a du pouvoir. Il a du pouvoir sur ceux qui ne s’engagent dans le mariage que pour satisfaire leur passion et leur brutalité. Pour vous, quand vous aurez épousé cette fille, vivez avec elle en continence pendant les trois premières nuits de votre mariage, et la première nuit, mettez sur le charbon dti foie du poisson que nous avons réservé, et il fera fuir le mauvais esprit.

Étant donc entrés dans la ville, ils allèrent chez Raguel, qui les reçut avec joie (Tobie 7). Il remarqua dans le jeune Tobie beaucoup de traits de ressemblance avec Tobie l’ancien ; et ayant appris que c’était son fils, il se jeta à son cou, l’embrassa avec larmes ; et ayant ordonné qu’on préparât à manger, Tobie lui dit qu’il ne se mettrait point à table qu’il ne lui promit sa fille Sara en mariage. Raguel, craignant qu’il ne lui arrivât ce qui était arrivé aux autres maris de Sara, n’osait lui répondre. Mais l’ange le rassura et lui dit : Ne craignez point de donner votre fille à ce jeune homme, parce qu’il craint Dieu et que votre fille lui est due pour épouse ; c’est pourquoi nul antre ne l’a pu avoir pour femme. Raguel lui accorda donc sa fille en mariage ; et prenant la main droite de Sara et la mettant dans celle de Tobie, il dit : Que le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob soit avec vous ; qu’il vous unisse et accomplisse sa bénédiction en vous. Et ayant dressé le contrat de mariage, ils firent un grand festin, en bénissant Dieu.

Après le souper (Tobie 8), on fit entrer le jeune Tobie dans la chambre nuptiale ; et ayant mis du foie du poisson sur les charbons, l’ange Raphael saisit le démon et l’alla enchainer dans les déserts de la haute Égypte (Voyez les articles de Raphaël et d’Asmodée). Alors Tobie et Sara se mirent en prières et passèrent cette nuit dans la continence. Le lendemain de très-grand matin Raguel envoya ses servantes pour voir si Tobie n’était pas mort, et fit même par avance préparer une fosse pour l’y mettre. Mais lorsqu’on lui vint dire qu’il était vivant et en santé, il fit remplir la fosse, rendit grâces à Dieu ; et ayant fait préparer un grand festin, il y invita tous ses voisins et ses amis.

Alors Tobie appela l’ange (Tobie 9) et le pria d’aller à Ragés pour retirer des mains de Gabélus l’argent qui était le principal sujet de son voyage. Raphael y alla, reçut l’argent et revint en diligence à Ecbatane, ramenant avec lui Gabélus, qui était bien aise de voir le jeune Tobie. Cependant Tobie l’ancien et Anne, sa femme, étaient en peine de leur fils (Tobie 10) et craignaient qu’il ne lui fût arrivé quelque malheur. Anne surtout était inconsolable, et elle allait tous les jours regarder du côté qu’il devait revenir, pour voir si elle l’apercevrait de loin. Le jeune Tobie de son côté mourait d’envie de s’en retourner vers ses parents. Raguel voulait le retenir : mais Tobie lui fit tant d’instances, qu’enfin il le laissa aller avec Sara, sa femme, les comblant l’un et l’autre de bénédictions et leur souhaitant toutes sortes de prospérités.

S’étant donc mis en chemin (Tobie 11) et étant arrivés à Charan, Raphael dit à Tobie : Vous savez en quel état vous avez laissé votre père ; si donc vous jugez à propos, allons-nous-en devant, et que vos domestiques et votre femme suivent lentement avec vos bestiaux. Ayant résolu d’aller de la sorte, ils partirent, et Anne, mère de Tobie, les ayant aperçus de loin, courut en porter la nouvelle à son mari. En même temps arriva le chien qui avait suivi Tobie, comme pour annoncer aussi le retour de son maitre. Tobie l’ancien, tout aveugle qu’il était, se leva et, donnant la main à un serviteur, courut au-devant de son fils ; en l’accueillant, il l’embrassa. Sa mère en fit de même, et ils commencèrent tous deux à pleurer. Alors Tobie prenant du fiel du poisson, en frotta les yeux de son père, et après qu’il eut attendu environ une demi-heure, une petite peau blanche semblable à celle qui couvre l’intérieur de l’œuf commença à sortir de ses yeux, et aussitôt il recouvra la vue. Sept ours après, Sara, femme du jeune Tobie, arriva avec ses domestiques et ses bêtes. Tobie l’ancien ayant appelé ses amis, leur fit un festin pendant sept jours ; après quoi ayant voulu rendre à Raphael, qu’il ne connaissait encore que comme un simple homme, la récompense qui lui était due, l’ange leur déclara qui il était, ainsi que nous l’avons dit dans l’article précédent de Tobie l’ancien.

Dieu bénit le mariage du jeune Tobie et lui donna sept enfants. Il vécut avec son père depuis son retour, environ quarante-deux ans. Il lui rendit les derniers devoirs ; et après avoir rendu les mêmes devoirs à sa mère, il quitta la ville de Ninive avec sa femme et ses enfants (Tobie 14.15-16), et retourna chez son beau-père et sa belle-mère à Ecbatane. Il les trouva encore en santé dans une heureuse vieillesse ; il eut soin d’eux, leur ferma les yeux, vit les enfants de ses enfants jusqu’à la cinquième génération ; et après avoir vécu quatre-vingt-dix-neuf ans, il mourut en paix et fut enterré par ses enfants. Il fut envoyé à Rages en 3322. Il mourut en 3380, avant Jésus-Christ 620, avant l’ère vulgaire 624, [Voyez Ninive, addition].

Le livre de Tobie contient l’histoire des deux Tobie, que nous venons de raconter. On croit qu’il a été composé par eux, ou du moins qu’ils en ont laissé la matière et les mémoires ; car on y remarque quelques réflexions qu’ils ne paraissent pas avoir pu écrire. On ne doute pas que l’original de cet ouvrage n’ait été hébreu ou chaldéen ; mais nous ne l’avons plus aujourd’hui. Saint Jérôme en ayant recouvré un exemplaire chaldéen, prit un homme qui savait parfaitement cette langue et qui rendait en hébreu ce que saint Jérôme mettait sur-le-champ en latin. C’est cette traduction latine que nous suivons et qui a été déclarée authentique par le concile de Trente. Avant cette traduction latine, il y en avait une autre faite sur le grec, dont l’auteur et le temps sont inconnus. Elle était faite sur un autre original que la latine de saint Jérôme, et elle s’en éloignait assez souvent. Les anciennes traductions latines, qui étaient faites sur la grecque, n’étaient pas entièrement conformes entre elles ; et les exemplaires grecs encore aujourd’hui ne se ressemblent pas tous.

Nous avons l’histoire de Tobie en hébreu, imprimée par Fagius et par Munster. Origène avait appris que les Juifs lisaient Tobie en leur langue. M. Hue, ancien évêque d’Avranches, possède un manuscrit hébreu de Tobie. Nous ne saurions juger de celui des Hébreux dont parle Origène, puisqu’il ne nous est pas connu. Ceux de Fagius et de Munster sont différents du latin et du grec, et ils ne peuvent passer que pour des copies ou des traductions assez récentes des versions grecques ou latines. La version syriaque est tellement conforme à la grecque, qu’on voit bien que l’une a été faite sur l’autre. Mais il n’est pas aisé de décider quelle est la plus ancienne des deux. Enfin la version latine étant la plus simple, la plus claire et la plus dégagée de circonstances étrangères, a par conséquent plus de caractères de vérité qu’aucune autre.

Le livre de Tobie n’étant pas dans le canon des Juifs, n’a pas été mis dans le catalogue, des livres sacrés par les anciens auteurs chrétiens qui se sont bornés à n’y mettre que ceux qui étaient reconnus pour canoniques par les Juifs. Saint Jérôme ne le range point au nombre des livres sacrés : Quelques nouveaux en ont parlé avec peu de respect, et Paul Fagius a prétendu qu’il ne contenait pas une histoire véritable, mais une fiction pieuse, où l’on représente le parfait modèle d’un père et d’un fils vraiment religieux, et de quelle manière Dieu récompense dès cette vie la pratique des bonnes œuvres et surtout le soin de donner la sépulture aux morts.

Mais nonobstant ces raisons, on peut assurer que les Juifs ont toujours eu du respect pour ce livre. Origène, dans son Épître à Africain, dit qu’ils lisaient cet ouvrage, mais qu’ils le comptaient parmi les apocryphes. Saint Jérôme reconnaît qu’encore qu’ils le retranchent du canon, ils le conservent parmi les écrits hagiographes. Grotius avoue qu’ils lisent cet ouvrage et qu’ils le regardent comme une histoire véritable.

Quant à l’Église chrétienne, il est aisé de prouver que plusieurs anciens Pères ont reconnu ce livre pour canonique. Saint Cyprien le cite en plus d’un endroit comme Écriture divine et dictée par le Saint-Esprit. Saint Polycarpe dans son Épître, saint Clément d’Alexandrie, Origène, l’auteur des Constitutions apostoliques, saint Basile, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin et d’autres Pères l’ont souvent cité, comme ils citent les autres livres canoniques. Tobie est expressément nommé dans les catalogues des livres sacrés dressés au concile d’Hippone, dans le troisième de Carthage, dans l’Épître d’Innocent I à Exupère, dans le synode romain tenu sous Gélase, dans tous les auteurs plus récents qui ont dressé des catalogues des livres de l’Écriture, comme Cassiodore, Raban Maur, saint Isidore de Séville, le Décret d’union entre les Grecs et les Latins sous Eugène IV et enfin le concile de Trente.

Tobie (3)

Le Seigneur ordonna au prophète Zacharie (Zacharie 6.10-14) de demander à Tobie, à Holdaï, autrement Helein, à Idaïe et à Josias, autrement Hem, fils de Sophonie, qui étaient revenus depuis peu de Babylone, une certaine quantité d’or et d’argent qu’ils avaient destinée au temple, et d’en faire des couronnes pour mettre sur la tête de Jésus, filsde Josédech, grand prêtre des Juifs. Les rabbins croient que ces quatre personnes de qui Zacharie reçut cet or étaient les mêmes que Daniel, Ananie, Azarias et Misael.

Tobie (4)

Beau-frère du grand prêtre Onias II père de Joseph et aïeul d’Hircan, dont parle Joséphe, Antiquités judaïques I. XII chapitre 4. Ce Tobie est peu connu ; mais Joseph, soit fils, et Hircan, son petit-fils, le sont beaucoup. Le second livre des Machabées (2 Machabées 3.11) donne à Hircan le surnom de Tobie, lorsqu’il dit que quand Héliodore vint à Jérusalem de la part du roi Séleucus pour enlever les trésors du temple, on lui représenta que la plupart de cet argent appartenait à Hircan-Tobie, qui était un homme de grande considération, que Séleucus avait établi receveur de ses tributs dans tout le pays de delà le Jourdain.

Tobie (5)

Ammonite, ennemi des Juifs, fut un de ceux qui s’opposèrent le plus à le construction du temple au retour de la captivité de Babylone (Néhémie 6.18). Ce Tobie est qualifié esclave en quelques endroits de Néhémie. Apparemment qu’il était de condition servile. Il ne laissait pas d’être fort considéré dans le pays des Samaritains, dont il était gouverneur avec Sanaballat. Ce Tobie épousa la fille de Séchénias, un des principaux Juifs de Jérusalem (Néhémie 6.18), et il avait dans cette ville un parti puissant, opposé à celui de Néhémie. Il entretenait un commerce de lettres avec ceux de son parti contre Néhémie (Néhémie 6.17-19) ; mais Néhémie, par sa sagesse, rendit tous ses efforts inutiles. Cependant Néhémie ayant été obligé de s’en retourner à Babylone, après avoir rétabli les murs de Jérusalem, Tobie vint demeurer à Jérusalem, et obtint même d’Eliasib, intendant de la maison de Dieu, un appartement dans le temple. [Voyez Eliasib].

Mais Néhémie étant de retour de Babylone quelques années après, chassa Tobie du parvis du temple et jeta ses meubles hors du lieu saint (Néhémie 13.4). Depuis ce temps l’Écriture ne nous parle plus de ce Tobie. Il y a toute apparence qu’il se retira à Samarie avec Sanaballat.

Tobie (6)

Fils de Nécoda. Ses enfants ou ses petits-fils revinrent de la captivité (Esdras 3.60). [Il n’est pas dit dans le texte indiqué, ni dans le texte parallèle (Néhémie 7.62), que Tobie était fils de Nécoda. Il est visible au contraire qu’ils étaient chefs de deux familles différentes].