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Theraphim
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Westphal Bost

Il est dit dans la Genèse (Genèse 31.19), que Rachel déroba les idoles ; l’Hébreu : les théraphim de son père. On demande ce que c’était que, ces théraphim. Les Septante traduisent ce terme quelquefois par oracle (Osée 2.4), et quelquefois par figures vaines (1 Samuel 19.13). Aquila le traduit ordinairement par des figures. Il paraît en effet, par tous les passages où ce terme se trouve, que c’étaient des idoles ou des figures superstitieuses. Les Juifs disent que c’était une tête d’homme arrachée du tronc et embaumée, sous la langue de laquelle on mettait une lame d’or, avec le nom d’une fausse divinité ; qu’on plaçait cette tête dans une niche, qu’on lui allumait des cierges et qu’elle rendait des oracles.

D’autres croient que les théraphim étaient des talismans, c’est-à-dire, des figures de métal, fondues et gravées sous certains aspects des planètes, auxquels ou attribuait des effets extraordinaires, mais proportionnés à la nature du métal, aux qualités des planètes et aux figures représentées dans les talismans. Ce sentiment paraît le plus probable. Tout l’Orient est encore aujourd’hui entêté de la superstition des talismans. Les Perses les appellent telefin, d’un nom fort approchant de celui de théraphim. On ne voit point d’homme en ce pays-là qui n’en porte ; il y en a qui en sont chargés. Ils leur attribuent plusieurs vertus. Ils en pendent au cou des animaux et aux cages des oiseaux. Mais ceux de Rachel devaient être des figures assez grosses et d’un métal précieux. Voyez les commentateurs sur (Genèse 31.19 ;1 Samuel 15.23 ; Ézéchiel 21.21 ; Zacharie 10.2), où le nom de théraphim se trouve aussi pour une idole, une figure superstitieuse.

On demande pourquoi Rachel avait dérobe les théraphim de son père Laban ? Les uns ont cru que c’était afin de se dédommager du tort qu’elle prétendait lui avoir été fait par Laban ; d’autres qu’elle voulait lui ôter par le moyen de découvrir leur fuite, en lui prenant les oracles qu’il pouvait consulter à cet effet ; d’autres, qu’elle croyait enlever avec ces théraphim, tout le bonheur de la maison de son père, et le transporter dans celle de son mari. Quelques-uns s’imaginent qu’elle voulait ravir à son père les objets de son culte, pour l’empêcher de continuer à adorer ces idoles. Enfin il y en a qui croient qu’elle-même et sa sœur Lia étaient attachées à ce culte superstitieux, et qu’elles avaient envie de le continuer dans la terre de Chanaan. Mais Jacob les obligea de se défaire de ces fausses divinités, et il les enfouit sous le térébinthe qui était derrière Sichem (Genèse 35.4).

Outre ces theraphim superstitieux que Rachel enleva de la maison de son père, et les autres de même nature, dont nous venons de parler, l’Écriture en marque encore de deux autres sortes. Les premiers sont ceux que Michol mit dans le lit de David, feignant que c’était lui qui y était malade (1 Samuel 19.23). L’Hébreu au lieu de statuam lit théraphim. C’était apparemment une figure faite à la hâte avec quelque bois, que l’on revêtit de linges, comme une grosse poupée, ou comme un de ces épouvantails que l’on met dans les champs pour chasser les oiseaux. Michol le mit dans le lit de son mari, pour faire croire à ceux qui le cherchaient de la part du roi, qu’il était malade.

L’autre sorte de théraphim dont les livres saints font mention sont ceux que les Juifs consultaient, sans prétendre pour cela renoncer entièrement au culte du Seigneur. Tel fut le théraphim que Michas fit faire, et qu’il plaça dans sa maison (Juges 18.5), à qui il donna un prêtre de la race de Lévi, avec un éphod, et en vertu duquel il se flattait que Dieu bénirait sa maison. C’est ce théraphim qui fut enlevé par ceux de Dan (Juges 18.14-17), et emporté dans leur nouvel établissement de Laïs, et qui y demeura jusqu’au transport des Israélites au delà de l’Euphrate. C’était apparemment quelque figure hiéroglyphique, à qui les Juifs superstitieux attribuaient des oracles et le don de prédire l’avenir. Il y aurait de la témérité à vouloir en donner la description ; mais on peut présumer qu’ils étaient à-peu-près comme les chérubins, c’est-à-dire un composé de plusieurs membres d’animaux, dont l’assemblage ne subsistait point dans la nature ; par exemple, un homme ailé, ayant les pieds de bœuf et la tête d’un oiseau, ou quelque autre figure de cette nature.

Le prophète Osée (Osée 3.4), menaçant les Israélites des dix tribus, leur dit qu’ils demeureront pendant longtemps sans roi, sans prince, sans sacrifice, sans autel, sans éphod et sans théraphim ; c’est-à-dire qu’après leur captivité ils seront sans aucun exercice public de leur religion. Encore avaient-ils auparavant des autels, des éphod, des théraphim pendant qu’ils rendaient leur culte aux veaux d’or. Mais depuis qu’ils eurent été emmenés captifs au delà de l’Euphrate, ils n’eurent plus ni prêtres, ni autels, ni sacrifices, ni éphod, ni théraphim, ni veaux d’or, ni aucune figure superstitieuse à qui ils pussent s’adresser pour en recevoir des réponses vraies ou fausses, et pour leur rendre un culte, quel qu’il pût être. Osée ajoute au vers. 5 : Mais après cela les enfants d’Israël reviendront et rechercheront le Seigneur leur Dieu, et David leur roi, etc. ; c’est-à-dire qu’après leur retour de la captivité ils se réuniront à la tribu de Juda et retourneront au temple du Seigneur, à Jérusalem, dont ils s’étaient auparavant séparés par le schisme.

Spencer a prétendu que le nom de théraphim est chaldéen, et que c’est la même chose que séraphim en changeant, comme il est ordinaire, le schin hébreu en thau, c’est-à dire l’s ent. Il prétend que les signes de théraphim viennent originairement des Amorrhéens, des Chaldéens et des Syriens. Il ajoute que le dieu Sérapis des Égyptiens est le même que les théraphim. On peut encore dire de plus, que la figure du serpent volant nommé séraph a sans doute donné lieu d’appeler séraphins les anges qui apparaissaient aux prophètes, et qu’on nous représente comme volant autour du trône de Dieu. Les païens donnaient à leurs figures superstitieuses et magiques dés formes à-peu-près pareilles. On sait que les abraxas, qui sont de vrais talismans ou théraphim, sont chargés de figures grotesques, composées de mille manières tantôt c’est un serpent dressé avec une tête rayonnante ; tantôt c’est une figure humaine ayant la tête de coq, et les bras finissant en deux serpents qui tiennent lieu de pieds et de cuisses à la figure. Enfin le serpent y est représenté de plusieurs manières Le dieu Sérapis est aussi presque toujours accompagné de serpents qui l’enveloppent ou qui l’accompagnent. On a des figures de Mithras ou du soleil, ayant quatre ailes, comme nous en donnons aux séraphins, avec une tête de lion surmontée d’une tête de serpent, dont le corps enveloppe toute la statue.

Tout cela nous représente fort bien, à mon avis, les théraphim. Comme ces talismans superstitieux étaient communs à presque toutes les nations d’Orient, il est à croire que chacun y gravait et y représentait sa divinité la plus favorable et la plus puissante. Le soleil était adoré presque par tout le monde ; le serpent était un de ses symboles. Le soleil était un dieu bienfaisant, le dieu de la bonne fortune. Les Orientaux le représentaient volontiers sur leurs talismans, tantôt sous un emblème, et tantôt sous un autre. Les Juifs, qui avaient demeuré longtemps en Égypte, conservèrent toujours plus de penchant à adorer les divinités de ce peuple que celles des autres. De là vient leur culte du veau d’or dans le désert et dans le royaume de Jéroboam. Il est donc croyable que les théraphim de Laban, qui furent pris par Rachel, étaient des figures hiéroglyphiques et des talismans figurés à la manière des Syriens ; que les théraphim de Miches approchaient beaucoup des chérubins de Moïse ou des séraphins décrits par Isaïe ; en un mot, que ces figures n’étaient nullement uniformes, non plus que les chérubins et les séraphins décrits dans l’Écriture. Chacun les faisait ou les faisait faire suivant son goût et sa dévotion.

Les rabbins prétendent que les théraphim n’étaient pas de simples idoles, mais que c’étaient des idoles qui rendaient des oracles et qui découvraient l’avenir. Le rabbin David de Pomire dit qu’elles avaient la forme humaine, et que, quand une fois elles étaient élevées et dédiées, elles parlaient et rendaient des réponses à certaines heures et sous certaines constellations, par l’influence des corps célestes, et cette influence leur était communiquée par l’art de celui qui les faisait d’un certain métal, avec certains caractères, et sous certain aspect des astres.

Le rabbin Eliézer, chapitre 36 prétend que les théraphim parlaient. Il le prouve par ces paroles d’Osée (Osée 10.2) : Les théraphim disent des choses vaines. Pour faire un théraphim, voici comme on s’y prenait suivant ce rabbin. On tuait un enfant premier-né, on lui fendait la tête, on la saupoudrait de sel et d’huile, on écrivait sur une lame d’or le nom d’un esprit immonde, on mettait cette lame sous la langue du mort, on plaçait cette tête dans une niche à la muraille, on allumait des lampes, on la priait, on l’interrogeait, et elle parlait.

Ce récit d’aézer a tout l’air de fable ; toutefois le rabbin Tanihuma et le paraphraste Jonathan le rapportent de même. Mais, comme nous l’avons dit, il ne faut pas s’imaginer qu’il n’y eût des théraphim que d’une façon : on donnait ce nom à des choses fort différentes tant par leurs figures que par leur matière. Les théraphim qu’on coucha dans le lit de David pour faire croire qu’il y était lui-même, devaient être d’assez grandes ligures. Ceux dont parle Osée, et que les Israélites des dix tribus consultaient, et ceux de Miches, représentaient apparemment, ou les chérubins de l’arche d’alliance, ou quelque autre figure superstitieuse, mais cependant telle que les Israélites croyaient pouvoir allier leur culte arec celui du Seigneur. La plus grande partie des abraxas, qui étaient certainement des espèces de talismans ou de théraphim, sont chargés des noms de dieu Jao, Adonai, Elohim, etc.

Le P. Kircher, et après lui Cunéus, dans sa République des Hébreux, soutiennent que toute l’ancienne idolâtrie vient des Égyptiens, et que l’usage des théraphim est passé de ce pays-là en Orient, parce que Cham, ou Mezraïm son fils, furent les inventeurs des statues, et que les Égyptiens en avaient un si grand nombre, qu’il n’y avait ni ville ni bourg, ni chemin, ni carrefour où l’on n’en trouvât. On leur attribuait plusieurs vertus, surtout à celles que l’on formait sous l’aspect de certaines constellations et de certains astres. On croyait qu’elles avaient la vertu de révéler l’avenir et les choses cachées, de détourner les maux dont on était menacé, et de procurer certains avantages, comme celui de plaire, d’être heureux, au jeu, dans le commerce, etc. Les rabbins avouent que le nom de théraphim est étranger à la langue hébraïque, d’ou l’on conclut qu’il était égyptien, et que c’est le même que Sérapis. Abénéphius assure qu’Abraham ayant fait quelque séjour en Égypte ses domestiques s’accoutumèrent à cette espèce d’idolâtrie, et la portèrent dans la terre de Chapeau, d’où elle passa dans la maison de Laban. Tout cela est fort hasardé, et il serait bien malaisé d’en donner quelques preuves.

Un auteur nouveau a proposé sur les théraphim une autre conjecture : Il croit que les théraphim que Rachel vola pourraient bien être les dieux pénates et domestiques de Laban. Les dieux qu’on mettait sur les grands chemins étaient en même temps les gardes de la maison. Ovide, parlant de Lariunda, mère des dieux lares et viales, dit qu’elle enfanta deux fils, qui furent les gardiens des carrefours et des maisons particulières.

Fitque gravis, geminosque parut, qui compita servant, Et vigilant nostra semper in aede Lares.

Ces dieux lares et des grands chemins étaient les âmes des héros des familles qu’on avait déifiés et qu’on adorait. Ainsi les théraphim de Laban, selon cet auteur, étaient les images de Noé, restaurateur du genre humain, et de Sem, chef de la famille de Laban. Telle fut, selon lui, la première institution des dieux domestiques. Il n’y en avait que deux, et leur culte commença bientôt après le déluge. Laban ne se plaint pas seulement qu’on lui a dérobé des dieux ou des statues en qui il avait confiance et à qui il rendait un culte religieux, il dit qu’on lui a ravi ses dieux : Cur furatus es deos meos, c’est-à-dire les dieux de sa maison.

Mais cette conjecture n’est pas plus solide que la précédente. Il n’est nullement croyable que le culte des dieux lares et pénates ait été connu du temps de Laban ; je doute même qu’il l’ait été parmi les Orientaux plusieurs siècles après ce patriarche.

Et puis est-il croyable que Laban ait mis au rang des dieux Noé et Sein, qui étaient morts depuis si peu de temps car Noé mourut l’an du monde 2006, et Sem l’an du monde 2158, c’est-à-dire 87 ans avant que Jacob arrivât en Mésopotamie auprès de Laban.