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Sagesse
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Westphal

Sagesse (1)

En latin, sapientia ; en grec, Sophia ; en hébreu, chachemah. Les Juifs donnent une bien plus grande étendue au nom de sage et à celui de sagesse, que ni les Grecs, ni les Latins : Chez eux la sagesse se met :

1° Pour l’intelligence, la connaissance des choses surnaturelles et divines. Elle se trouve souvent de cette sorte dans les psaumes et dans les livres Sapientiaux. C’est là proprement da sagesse que Salomon demanda à Dieu avec tant d’instance, et que Dieu lui accorda avec tant de de libéralité.

2° La sagesse se prend pour l’adresse à inventer et à exécuter les divers ouvrages, où il faut plus d’invention et d’industrie que de force de corps. Par exemple, Dieu dit à Moïse (Exode 28.3 ; 31.3) qu’il a rempli de sagesse, d’intelligence et de science, Béséléel et Ooliab, pour inventer et exécuter toutes sortes d’ouvrages pour la perfection du tabernacle.

3° La sagesse est mise pour la ruse, la finesse ; et cela eu bonne et en mauvaise part. Par exemple, Moïse dit que Pharaon usa de sagesse (Exode 1.10) ou d’industrie, pour opprimer le peuple juif dans l’Égypte. Il est remarqué que Jonadab, ami d’Amnon et neveu de David, était très-sage, c’est-à-dire très-rusé, très-adroit (2 Samuel 13.3). Et Job (Job 5.13) dit que Dieu surprend les sages dans leur sagesse. Et Salomon (Proverbes 14.8) : La sagesse du rusé consiste à connaitre sa voie, etc.

4° La sagesse se prend pour la doctrine, la science, l’expérience. Par exemple (Job 12.12) : La sagesse réside dans les vieillards ; et : Le sage vous découvrira-t-il la science des vents (Job 15.2) ? Vous en décrira-t-il la cause et la source ? Qui fera le dénombrement des cieux par sa sagesse (Job 38.37) ? Et le Psalmiste (Psaumes 57.6) : L’aspic n’écoutera pas la voix du sage enchanteur, ou de l’enchanteur habile, entendu. Pharaon établit Joseph sur toute sa maison, pour enseigner la sagesse et la prudence à ses anciens et à ses conseillers (Psaumes 104.22). Enfin l’Écriture donne quelquefois le nom de sage aux magiciens, aux enchanteurs, aux tireurs d’horoscope, aux devins, aux interprètes des songes.

5° La sagesse se met pour la sagesse éternelle, le Verbe, le fils de Dieu. C’est par sa sagesse que Dieu a affermi les cieux et fondé la terre (Proverbes 3.19), c’est cette sagesse que Dieu a possédée au commencement de ses voies (Proverbes 8.22-23) ; c’est elle qui existait avant que Dieu créât aucune chose, et qui accompagnait le créateur dans la production des êtres sensibles. Elle a été établie sur toutes les créatures, etc. Voyez aussi les livres de la Sagesse (Sagesse 7.22-26 ; Sagesse 8.1-2 ; Sagesse 16.12, Sagesse 16.26 ; Sagesse 9.1-2 ; Sagesse 18.15) et de l’Ecclésiastique (Ecclésiaste 24.5-7), où l’on trouve des éloges magnifiques non-seulement de la sagesse, comme vertu, mais aussi comme Verbe et Fils unique de Dieu, engendré avant tous les temps. Voyez ci-après sagesse divine ou éternelle].

6° Saint Paul (1 Corinthiens 1.19-21, 1 Corinthiens 2.1-7) parle de la sagesse de la chair, de la sagesse du monde, de la sagesse humaine, opposée à la vraie sagesse, à la sagesse de Jésus-Christ, à la sagesse de l’esprit. Et saint Jacques (Jacques 3.14-15) parle d’une sagesse terrestre, animale et diabolique, opposée à la sagesse qui vient d’en haut et qui est premièrement chaste, puis amie de la paix, modérée et équitable, susceptible de tout bien, pleine de miséricorde et des fruits des bonnes œuvres. Elle ne juge point, elle n’est point dissimulée etc.

Sagesse divine ou éternelle (2)

C’est le Verbe, le fils de Dieu, la seconde personne de la très-sainte Trinité. Elle a été connue dans sa personnalité par les Hébreux ; leurs livres sacrés, leurs commentaires, leurs traditions en font foi. Voyez sur ce point le savant traité de M. Drach intitulé De l’harmonie entre l’Église et la Synagogue. Les docteurs juifs ont désigné la sagesse divine par le nom de Memra. Les païens, qui l’ont aussi connue, l’ont nommée Minerve. Delon de Lavaur a mis en parallèle ce que les livres saints disent de la sagesse éternelle et ce que les poêtes racontent de la déesse de la sagesse. Nous allons rapporter ce chapitre de sa Conférence de la Fable avec l’histoire sainte, 2e édition, Avignon, 1835. Voyez auparavant l’article précédent, au 5°, et les articles Meibra et Verbe.

Minerve, dit Delort de Lavaur, est la déesse de la sagesse, et la sagesse elle-même, engendrée èt sortie du cerveau de Jupiter, véritablement semblable à lui, point différente de l’esprit et de l’intelligence de ce dieu souverain. Elle est sans mère et unique ; elle est avant tout ce qui a été fait. Elle est la puissante, la terrible, et l’invincible déesse des armées. C’est elle seule qui inspire, conduit et fait exécuter tous les desseins sages, justes et vertueux. Les personnes sages et prudentes ne font et ne peuvent rien sans son assistance immédiate et continuelle. Elle est l’inventrice et la déesse des sciences, des arts, de toutes les connaissances ; elle seule peut les enseigner, et l’on ne peut les apprendre que par elle.

Tous ces attributs méritent d’être considérés et justifiés dans le détail, et ne peuvent mieux l’être que par les significations des divers noms donnés à cette déesse pour les désigner, et par tout ce que nous en ont enseigné les premiers et meilleurs auteurs de la théologie païenne.

Hésiode, dans sa Généalogie des dieux, conte que Jupiter, qui est le dieu souverain, produisit de sa seule intelligence, qui n’avait encore rien produit, et engendra de son cerveau Minerve, appelée aussi Tritone, ou Tritogénie, du mot-grec Trilo, qui veut dire la tête ; forte, puissante, terrible, aussi puissante, aussi sage et intelligente que lui-même.

Pindare, dans l’ode septième de ses Olympiques, pour chanter l’île de Rhodes favorisée de Minerve par les beaux arts qui y fierissaient, dit que le grand roi des dieux y avait fait tomber une pluie a or, lorsque par un coup de hache donné par Vulcain, il avait fait sortir du plus haut de son cerveau la déesse Minerve. C’est de ce rare accouchement que Lucien s’est joué dans un de ses dialogues entre Jupiter et Vulcain.

Pindare explique la fiction de la pluie d’or tombée à la naissance de Minerve dans l’île de Rhodes, quand il ajoute que les Rhodiens, par un don de cette déesse, surpassaient tous les autres mortels par les beaux ouvrages de leurs mains : que leurs rues étaient chargées de statues qui paraissaient animées et prêtes à marcher ; que la gloire de cette île en devint si éclatante, qu’il semblait, disait une antique tradition, que Rhodes, aùtrefois cachée et ensevelie dans les profonds abîmes de la mer, eût été, par la force d’une parole de Jupiter, élevée au-dessus des flots et des autres îles.

Cette pluie d’or dans Rhodes, lorsque Minerve sortit de la tête de Jupiter, est aussi marquée dans Strabon ; et le poëte Claudien la chante comme une ancienne tradition, qu’il croit fabuleuse. On avait dit de ce don d’exceller dans les arts fait à cette île, qu’il y avait plu de l’or, comme on a dit d’un pays fertile et abondant, qu’il y coulait des ruisseaux de lait et de miel ; et de la protection de cette déesse, comme il avait été écrit, que l’acquisition de la sagesse surpassait le prix de tout l’or qu’on pouvait acquérir.

Il ne faut pas attendre d’avoir parcouru tous les attributs de cette déesse, pour en marquer les rapports avec le divin original dont elle est une image ; ces rapports saisissent l’esprit au premier coup d’œil qu’on jette sur cette copie, quelque imparfaite et défigurée qu’elle soit. Dès le premier trait où l’on voit Minerve sortir du cerveau du dieu suprême sans aucune mère, dès lors dans toute sa perfection (comme elle était représentée dans une statue qu’on honorait à Athènes), et qu’on la reconnaît pour l’intelligence et la sagesse de ce dieu, avant et après être sortie de sa tête, il n’est pas possible que d’abord la génération du Verbe éternel, Sagesse incréée, émanée du Père par voie de connaissance, Lumière de la Lumière, Dieu de Dieu, ne se présente à l’esprit et ne se fasse reconnaître dans cette image.

Ce que les petes y ont ajouté, que Jupiter s’était fait fendre la tête d’un coup de hache par Vulcain, montre seulement qu’ils n’ont pu concevoir cette génération véritablement ineffable, et ne fait que confirmer la vérité de l’original, qui s’est conservée dans leur copie, sans qu’ils en aient pu comprendre le mystère.

Cette naissance de la tête de Jupiter est même prise de nos saints livres, ou la sagesse divine dit elle-même qu’elle est sortie du visage, de la bouche ou de la tête du Très-Haut, avant tout ce qui a été créé.

Le nom de Minerve, que les Grecs donnèrent à cette déesse, signifie puisée, tirée (comme l’eau, d’une fontaine et le rayon, du soleil) et demeurant une même chose avec celui duquel elle est puisée ; il est composé des mots grecs, eruon, qui veut dire puisé, et min qui veut-dire être le même, la même chose.

Son autre nom grec était Athéné, que quelques-uns ont dit être pris d’Athéle, pour dire qu’elle n’avait pas eu besoin d’être allaitée ; parce qu’elle était sortie de son père aussi grande que lui et dans un âge parfait : mais Platon, dans son Dialogue de la juste raison des noms, dit que les anciens, qui avaient porté plus haut leur intelligence, avaient appelé Minerve, Athènes, c’est-à-dire, l’esprit et la pensée de Dieu même, l’intelligence divine, et qu’ils avaient formé ce nom d’Athéon ou Athéoné, qui veut dire la connaissance divine.

Le même Platon, dans le Philèbe, ou du Souverain Bien, dit que cette intelligence n’est autre que la vérité, qu’elle en est l’expression la plus parfaite et la plus vraie.

Phornutus, dans son Traité de la nature des dieux, dit, conformément à la pensée de Platon, que Minerve est l’esprit et l’intelligence de Jupiter, et la même que la propre sagesse et prudence de ce dieu sans aucune distinction. La sagesse divine, dans le livre qui porte son nom, est appelée le Miroir de la majesté et l’image de la bonté de Dieu ; comme saint Paul (Hébreux 1.7) appelle le Fils de Dieu la Splendeur de sa gloire et la figure de sa substance.

Platon, dans le Dialogue de l’âme, ajoute que cette intelligence a produit et orné tout l’univers. La sagesse éternelle est représentée de même dans les saintes Écritures, on peut le voir au chapitre troisième de Baruch déjà cité.

Lilio Grégorio Giraldi, célèbre par son érudition, a ramassé dans son Traité des dieux des Gentils, un grand nombre de noms qu’on avait donnés à Minerve pour ses différents attributs, et qu’il a recueillis de Pausanias, qui rapporte le culte rendu à Minerve dans les divers lieux de la Grèce Ces noms sont tous tirés des divers noms et attributs de la sagesse divine.

Celui de Tritonia, ou Tritogenia, etait un des plus ordinaires et des plus universels. C’était un monument de cette naissance singulière de la tête de Jupiter, du grec trito, la tête. Le lac Tritonide dans la Libye en avait pris son nom, parce qu’on disait que c’était là que cette déesse, après être sortie de la tête de son père, avait paru pour la première fois sur la terre. Démocrite a remarqué qu’on lui avait aussi donné ce nom du mot grec, Ires ou tria, qui veut dire trois, pour marquer trois dons qu’elle a faits aux hommes : la prudence dans les conseils, la droiture dans les jugements, et la justice dans les actions ; ce qui convient très-particulièrement et uniquement à la véritable sagesse éternelle.

Pausanias dit qu’on voit à Patras, dans le temple de Jupiter, une statue qui le représente assis sur son trône avec Minerve à ses côtés ; et ailleurs, le même auteur fait mention d’une statue de Minerve, sous un titre qui veut dire, assise auprès de Jupiter.

Elle est aussi appelée d’un nom grec Ametor, qui veut dire sans mère ; et, dans les hymnes d’Orphée, Monogenès, ou Fille unique du Dieu souverain, sortie de sa tele ; la Prudence et l’Inventrice des arts. Elle était aussi appelée Polybchos, c’est-à-dire, la Maîtresse qui conduit tout l’univers.

Le premier de ces noms est celui du Verbe éternel, Fils unique de Dieu, et le dernier ne lui convient pas moins, puisqu’il soutient et gouverne toutes les créatures par sa seule parole. Il y avait aussi à Erythrée, dit Pausanias, un temple de Minerve Poliade, c’est-à-dire Gardienne de la ville, avec une fort grande statue, qui la représentait assise sur un trône et soutenant le ciel avec sa tête.

L’invention des arts attribuée à Minerve l’avait fait appeler par les premiers Athéniens Ergane, qui signifie Présidente et Protectrice des ouvrages ; nom qui convient particulièrement à la sagesse divine ; de ce nom grec sont venus le nom et la fable de la célèbre ouvrière Arachné, parla transposition d’une lettre et sa métamorphose en araignée par Minerve. La ville d’Athènes, qui semblait être la première de l’univers pour les sciences et pour les beaux-arts, en avait pris le nom de cette déesse.

Le titre de Ugeia et Soleira, conservatrice de la santé et de la vie des hommes, que l’on donnait à Minerve, a un rapport assez sensible avec le divin original. Elle était aussi appelée Niké, la Déesse de la victoire ; Virgile la nomme la Déesse des armes, la Conductrice des armées. Jephté appelait Dieu le Victorieux, et lui attribuait la victoire ; David et les Juifs le chantaient de même, et il est appelé en plusieurs endroits le Dieu des armées.

Pausanias raconte qu’il y avait à Tégée, ville de l’Arcadie, un temple de Minerve sous le titre de Patronne de la ville, dans lequel il n’était permis au prêtre d’entrer qu’une fois l’année : cet usage n’est-il pas pris de ce qu’il n’était permis au grand-prètre d’entrer dans la partie du tabernacle appelée le Saint des saints qu’une fois l’année ?

Il y avait aussi, dans l’antiquité, des temples dédiés à Minerve la Providence ; c’est de même qu’au Verbe la Sagesse et la Providence éternelle.

Proclus et Marsile Ficin, et Lilio Giraldi après eux, ont écrit qu’en Égypte, au frontispice des temples de Minerve on avait gravé cette inscription en caractères d’or : Je suis ce qui est, ce qui sera et ce qui a été ; personne n’a pu lever et pénétrer le voile qui me cache ; et si l’on veut savoir mes ouvrages, c’est moi qui ai fait le soleil.

À la vue de cette inscription on en reconnait l’original. La première partie est tirée du nom que Dieu se donna lui-même parlant à Moïse, et dont il voulut étre appelé par cet ambassadeur qu’il envoyait au roi d’Égypte. Vous lui direz, lui ordonna-t-il, celui qui est m’a envoyé vers vous. Ce qui est ajouté dans cette première partie de l’inscription (ce qui a été et sera) est aussi ce que le Saint-Esprit avait dicté, parlant de la Sagesse incréée : J’étais avant tous les siècles, et je ne cesserai d’élre jusqu’à la fin des siècles. Ainsi dans saint Paul : Jésus-Christ était hier, il est aujourd’hui et il sera dans tous les siècles.

Ces autres parties de l’inscription : (personne n’a découvert le voile qui me cache, et le soleil est mon ouvrage) sont aussi prises du même endroit de l’Ecclésiastique, où la Sagesse de Dieu dit elle-même : C’est moi qui ai fait paraître et qui ai allumé dans le ciel cette lumière qui luit et qui luira toujours ; et elle ajoute : Mon trône est au milieu d’une colonne de nuages. Le prophète Isaïe avait dit : Vous êtes véritablement un Dieu caché ; et Dieu dit à Moïse : Vous ne pourrez voir mon visage, et nul homme ne me verra sans mourir. Il était honoré à Athènes dans l’autel consacré au Dieu inconnu, dont personne n’avait levé le voile avant saint Paul, qui le fit connaître pour le créateur et le Seigneur du ciel et de la terre, qu’il annonçait aux Athéniens.

Aussi, dans la ville de Saïs en Égypte, on avait gravé sur les portes d’un temple de Minerve des sphinx pour inscription, comme il y en avait un sur le haut de son casque, dans une statue décrite par Pausanias. C’était pour marquer les mystères et les énigmes sous lesquels les choses divines étaient représentées. Le grand nom même donné à Dieu, dans l’Hébreu, était inexplicable, et il était déftindu de le prononcer. D’ailleurs le nom de sphinx est phénicien, de sphikh, qui signifie intelligence ; ce qui convient au Verbe éternel, et marque l’origine phénicienne de la fable de Minerve.

On lit dans Plutarque quelque chose de bien singulier et qui paraît bien marquer ce que nous cherchons ; c’est que les Pythagoriciens, qui ont honoré les nombres et les figures géométriques des noms des dieux, ont appelé le triangle équilatéral, Minerve née du cerveau de Jupiter, ou Tritogénie, parce qu’il se divise en trois espaces égaux par trois lignes tirées de chacun des trois angles. D’où peuvent-ils avoir puisé cette idée, que du triangle, qui de tout temps a été un symbole hiéroglyphique des trois personnes de la divine Trinité, égales en tout, dont le Verbe éternel, ou la Sagesse incréée, est une, et qui ne font qu’un seul Dieu ? Ce symbole de l’adorable Trinité est bien marqué par Piérius dans son recueil des Hiéroglyphes.

Macrobe place Jupiter dans la moyenne région de l’air, Junon dans la plus basse et Minerve dans la plus haute ; comme ils avaient trouvé dans nos saints livres, que le Verbe de Dieu, source de la Sagesse, est dans le plus haut des cieux.

On donne à Minerve l’invention des sciences et des beaux arts ; elle avait à Mégalopolis un temple avec ce titre. Elle protégé et Inspire les savants et les ouvriers habiles ; c’est d’elle qu’ils reçoivent leurs connaissances et leurs idées. Nulle vertu et nul grand talent sans elle et que par elle. Ni la nature, ni les maîtres, ni l’étude ne peuvent enseigner les sciences et les vertus ; c’est par son inspiration et son influence seules qu’on peut les acquérir ; on y travaille vainement sans le soutien et en dépit de Minerve ; comme c’est de la Divinité seule que la science et la vertu peuvent nous venir, c’est à elle seule que nous devons les demander. Les poêtes recommandent de n’entreprendre aucun ouvrage, si l’on n’y est inspiré et conduit par Minerve.

Rien n’est plus propre à la Sagesse divine, au Verbe éternel ; il est le Père des lumières, qui éclaire tous les hommes ; il les enseigne lui-même et leur donne les connaissances, il en est le Dieu et le maître ; c’est lui qui prépare et qui forme les pensées, comme la lumière universelle et unique des esprits.

Aussi saint Augustin en plusieurs endroits de ses ouvrages, mais particulièrement dans son traité intitulé du Maître, prouve qu’il n’y a point de maître sur la terre qui puisse enseigner les sciences et la vertu ; que les hommes n’enseignent que les signes, et non les choses ; et que l’unique maître qui peut nous enseigner, c’est la Sagesse qui est dans le ciel ; que Jésus-Christ seul est cette sagesse et ce maître, comme il nous l’apprend lui-même dans son Évangile (Matthieu 18.8-10). Il avait fait dire par Isaïe, que pour apprendre à instruire les autres, il faut être attentif aux instructions de cet unique maître, et recevoir plutôt de lui ce qu’on veut enseigner. L’illustre P. Malebranche a travaillé à rendre sensible cette importante vérité, que Dieu est notre seule lumière, l’unique maître que nous devons consulter et écouter ; que c’est la Minerve qu’il faut toujours suivre, si l’on ne veut pas s’égarer.

On voit dans les histoires du peuple juif, et surtout dans ses guerres, que Dieu y paraît partout : il inspire et concerte les desseins ; il conduit les armées, dont les chefs ne font que le suivre ; il détourne d’eux les coups que les ennemis leur portent, il dirige et pousse les leurs sur leurs ennemis ; s’ils les battent, c’est parce que Dieu les leur livre ; quand ils sont défaits, c’est parce qu’ils l’ont obligé par leur ingratitude de les livrer à leurs ennemis. Cela règne si fort dans toutes leurs histoires, qu’elles sont moins l’histoire des hommes que cette de Dieu, qui les favorise ou les châtie, suivant qu’ils l’ont mérité.

Les anciens poêtes ont si exactement copié ce modèle, que tous leurs personnages sages, prudents, braves et habiles sont inspirés, conduits et soutenus par l’assistance visible et immédiate des dieux, et particulièrement de Minerve. Ce ne sont pas les Grecs, qui forcent, qui détruisent Troie, ce sont les dieux eux-mêmes en personne qui la livrent aux Grecs ; c’est Minerve qui se rend maîtresse des forteresses. C’est elle qui, dans Homère conduit le sage Ulysse, et qui dans cet excellent ouvrage, dont Homère lui-même aurait admiré les beautés, assiste Télémaque dans ses merveilleuses aventures.

Sagesse des Égyptiens (3)

Dont Moïse fut instruit. Voyez Égypte, Moïse et science.

Sagesse (4)

Le livre de Sagesse, ou, comme lisent les Grecs, Sagesse de Salomon, est cité par quelques anciens sous le nom grec de Panaretos ; comme qui dirait : Recueil ou Trésor de toute vertu, ou Instructions pour nous conduire à la vertu. La fin principale que l’auteur de cet ouvrage se propose est d’instruire les rois, les grands et les juges de la terre (Sagesse 1.1 ; 6.1-22). Il leur adresse son discours, et proportionne ses maximes à leurs besoins. Pour les porter plus efficacement à l’étude de la sagesse, il emprunte le nom de Salomon, il leur parle au nom de ce grand prince, et le propose pour modèle. Il leur enseigne les moyens pour acquérir la sagesse, et leur fait voir que la voie, pour y parvenir, n’est nullement difficile. Il menace les méchants des jugements de Dieu ; il les représente dans le désespoir où ils seront dans l’autre vie à la vue du bonheur des justes. Il prouve les avantages que la sagesse procure aux hommes ; il fait l’éloge non-seulement de la sagesse vertu, mais aussi de la Sagesse éternelle et incréée. Enfin on ne trouve en aucun autre livre de l’Écriture des idées plus nobles et plus grandes de la Divinité, que dans celui-ci.

Le texte original de cet ouvrage est le grec ; et il n’y a nulle apparence qu’il ait jamais été écrit en hébreu, quoi qu’en aient pensé quelques auteurs. On n’y voit point les hébraïsmes et les barbarismes qui sont presque inévitables à ceux qui traduisent un livre sur l’Hébreu. L’auteur écrivait assez bien en grec, il avait lu Platon et les poêles grecs ; il emprunte même des expressions qui sont propres aux poêtes grecs, comme l’ambrosie (Sagesse 19.20), le fleuve de l’oubli (Sagesse 7.13), le royaume de Pluton ou d’Adès (Sagesse 1.14), etc. Son style est enflé d’épithètes, guindé, obscur, poétique et figuré. Les auteurs juifs en ont eu quelque connaissance, et l’ont quelquefois cité : mais ce qu’ils en rapportent est pris sur le grec. Il cite toujours l’Écriture suivant les Septante, lors même que ceux-ci s’éloignent de l’Hébreu ; ce qui est une preuve que le livre a été écrit originairement en grec.

La traduction latine que nous avons de ce livre n’est point de saint Jérôme ; c’est l’ancienne Vulgate usitée dans l’Église dès le commencement, et faite sur le grec longtemps avant saint Jérôme. Ce saint docteur avoue qu’il n’a pas touché à la traduction de cet ouvrage. Le traducteur est très-ancien et très-attaché à son texte. Mais quoiqu’il ait vécu dans un temps où la langue latine était dans sa pureté, il emploie souvent des termes qui ne sont pas du bel usage. Par exemple, il met honestas, pour les richesses ; honestus, pour un homme riche ; respectas ou visitatio, pour la punition que Dieu exerce contre les impies ; supervacuitas, pour la vanité, la vaine gloire ; animalia supervacua, des animaux nuisibles et dangereux.

L’auteur du livre dont nous parlons est entièrement inconnu. Quelques-uns l’attribuent à Salomon, et veulent que ce prince l’ayant d’abord écrit en hébreu, il fut ensuite traduit en grec ; et que le premier original s’en étant perdu, le grec ait depuis passé pour original. Ils remarquent que Salomon se déclare dans cet ouvrage autant ou plus clairement que dans aucun autre de ceux qui ne lui sont pas contestés, que le livre n’est pas indigne de ce sage prince ; que les Pères le citent souvent sous son nom, et qu’il porte en tête le nom de Salomon. Mais si ce livre est véritablement de ce prince, d’où vient que les Juifs ne l’ont jamais reconnu pour canonique ? d’où vient qu’il n’est point en hébreu, que personne ne l’a jamais vu en cette langue, que le traducteur n’en dit rien, et que le style de la version ne se ressent point de son prétendu original ? Voyez saint Jérôme, dans le prologue Galeatus.

Saint Augustin avait cru que le livre de la Sagesse et celui de l’Ecclésiastique étaient du même auteur ; mais il ne fut pas longtemps sans reconnaître sa méprise. Il ne s’explique pas sur l’auteur de la Sagesse ; mais il reconnaît que les savants croient qu’il n’est pas de Salomon, et qu’il est très-croyable qu’il n’est point non plus de Jésus, fils de Sirach, auteur de l’Ecclésiastique. Saint Jérôme dit que quelques anciens l’attribuaient à Philon le Juif : Nonnulli scriptorum veterum hune esse Judcei Philonis affirmant. Paroles qui ont donné occasion à bien des disputes. Les uns ont cru que Philon le Juif, d’Alexandrie, dont nous avons les ouvrages, et qui vivait sous l’empire de Caïus, était auteur du livre de la Sagesse ; d’autres regardent ce sentiment comme très-dangereux, puisque Philon n’a jamais passé pour auteur inspiré. ; d’autres enfin prétendent que ce Philon, dont parle saint Jérôme, est plus ancien que le Juif d’Alexandrie.

En effet, on connaît jusqu’à trois Philon. Le premier vivait, dit-on, du temps de Ptolémée Philadelphe. Le second est Philon de Bibles, qui est cité dans Eusèbe et dans Josèphe, et le troisième est Philon le Juif, qui vivait du temps de l’empereur Caïus. Le premier Philon est inconnu, et nul auteur ancien n’en a parlé. Le second était un païen, qui avait écrit en grec l’histoire de Phénicie. Philon le Juif est assez connu. Ce ne peut être ni le premier, qui a composé la Sagessepuis qu’apparemment il n’a jamais existé ; ni le second, puisque c’était un païen ; ni le troisième, puisqu’il n’a jamais été reconnu pour auteur inspiré, et qu’il n’était pas chrétien, dans un temps où le christianisme était la seule vraie religion. De plus, le style de Philon et celui de cet écrivain sont fort différents. Enfin nous ne connaissons aucun Père, ni avant, ni après saint Jérôme, qui ait attribué cet ouvrage à Philon ; et saint Jérôme lui-même ne le lui attribue pas.

Grotius veut que ce livre soit d’un Juif, qui l’écrivit, dit-il, en hébreu, depuis Esdras, et avant le pontificat du grand prêtre Simon. Il croit que c’est pour cela qu’on le place avant le livre de l’Ecclésiastique. Il fut, dit-il, traduit par un auteur chrétien, qui savait assez de grec, mais qui le traduisit avec beaucoup de liberté et sans s’attacher aux termes de son original. Il y ajouta même quelques traits et quelques sentiments tirés du christianisme. De là vient qu’on y remarque le jugement universel, le bonheur des justes, les supplices des méchants, d’une manière plus distincte que l’on ne les voit ordinairement dans les livres des anciens Hébreux. Voilà le jugement de Grotius, dont il serait à souhaiter qu’il eût donné quelques preuves ; car un système aussi singulier valait bien qu’il se donnât la peine de nous en marquer les raisons.

Cornélius à Lapide croit que ce livre a été écrit en grec par un auteur juif, depuis la captivité de Babylone, et vers le temps de Ptolémée Philadelphe, roi d’Égypte. Il soupçonne même que ce pourrait bien être un des Septante interprètes qui l’écrivit ; car Aristée raconte que ce prince proposa à chacun de ces interprètes une question touchant le bon gouvernement de son État. Ce livre, qui est une instruction pour les princes, peut avoir été écrit en cette occasion. Il ajoute que l’opinion qui l’a attribué à Philon, pourrait bien n’être fondée que sur une équivoque. Salomon avait deux noms, Salomon et Jedidiah. Ce dernier signifie l’ami de Dieu ; en grec, Philon ou Philos signifie l’ami. Les rabbins, lorsqu’ils citent Philon, lui donnent le nom de Jedidiah. On a cru en lisant dans le titre de ce livre : La sagesse de Philon, que cela signifiait Philon le Juif, au lieu qu’il marquait simplement Salomon. C’est la conjecture de cet écrivain, qui est certainement assez ingénieusement inventée.

Le livre de la Sagesse n’a pas toujours été reçu pour canonique dans l’Église ; les Juifs ne l’ont jamais reconnu. Plusieurs Pères et plusieurs Églises particulières l’ont rejeté de leur canon. Lyran même et Cajetan ne le reconnaissent pas comme incontestablement canonique. Mais plusieurs autres anciens Pères l’ont connu et cité comme Écriture sainte. Les auteurs sacrés du Nouveau Testament y font quelquefois allusion. Les conciles de Cartilage en 397, de Sardique en 347, de Constantinople in Trullo en 692, le onzième de Tolède en 675, celui de Florence en 1438, et enfin celui de Trente, session quatrième, l’ont expressément admis au nombre des livres canoniques. On peut voir les auteurs qui ont commenté cet ouvrage, et en particulier Lorin, Cornélius à Lapide, et notre préface sur la Sagesse.

Le livre de la Sagesse est attribué par les musulmans à leur Locinan. Voyez son titre ci-devant Locman. Ils disent que ce, fameux écrivain n’était pas nabi ou prophète, mais seulement hakim, c’est-à-dire, sage.

L’auteur de la Sagesse a souvent mis le verbe de Dieu, ou la parole de Dieu, pour Dieu même, et je ne doute pas que saint Jean l’Évangéliste ne l’ait eu en vue. Philon en a usé de même ; ce qui pourrait bien avoir contribué à faire dire que Philon était auteur du livre de la Sagesse.

Sagum