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Antechrist
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Westphal Bost

C’est le nom de cet homme de péché qui doit précéder le second avénement de Jésus-Christ, et qui nous est représenté dans l’Écriture et dans les Pères, comme le raccourci de tout ce qu’il y a jamais eu de plus abominable, de plus cruel et de plus impie. On lui attribue ce que les prophètes ont dit d’Antiochus Épiphane, de Gog et de Magog, du pasteur insensé dont parle Zacharie, de l’homme de perdition, et de l’enfant de péché dont parle saint Paul, et que plusieurs appliquent à Néron dans le sens historique. Car on peut dire que les Nabuchodonosor, les Cambyse, les Antiochus Épiphane, les Caïus et les Néron étaient autant d’Antechrists, ou de précurseurs de l’Antechrist. Et saint Jean dans son épître, nous avertit que de son temps il y avait déjà grand nombre de semblables antechrists. Mes chers enfants, dit-il (1 Jean 2.18), il est la dernière heure, et comme vous savez que l’Antechrist doit venir : mais à présent, il y a plusieurs antechrists ; ce qui nous fait juger qu’il est la dernière heure. Ces antechrists dont parlait cet apôtre n’étaient autres que les persécuteurs et les hérétiques.

Mais l’Antechrist, le vrai, le réel Antechrist qui doit venir avant le jugement universel, réunira dans sa personne tous les caractères de malice que l’on n’a vus que séparément dans ces différents personnages, qui, par leur impiété, ont mérité le nom de figures ou de précurseurs de l’Antechrist.

Voici une partie des traits dont les auteurs sacrés l’ont dépeint. Je vis, dit Daniel (Daniel 7.19-20), une corne qui avait des yeux, et une bouche qui proférait de grandes choses. Elle faisait la guerre aux saints, et remportait sur eux de grands avantages, jusqu’à la venue de l’Ancien des jours qui rendit la justice aux saints du Très-Haut, et jusqu’au temps du règne des justes. Il fut dit au prophète que celui qui était représenté par cette corne, proférerait des blasphèmes contre le Très-Haut, foulerait aux pieds ses saints, et se hatterait de changer les temps et les lois ; mais que le souverain Juge détruirait sa puissance, et l’exterminerait pour toujours.

Dans une autre vision (Daniel 8.9-10), le même prophète vit une petite corne qui s’élevait extraordinairement, et qui portait son insolence jusqu’à attaquer le ciel dont il abattait les étoiles, et les foulait aux pieds. Il fit la guerre au roi de la force, à Dieu même, abolit son sacrifice perpétuel, et renversa le lieu qui lui était consacré. Dieu permit tout cela pour punir les péchés de son peuple. La vérité fut bannie de la terre ; l’ennemi réussit en tout, et fit tout ce qu’il voulut pendant l’espace de deux mille trois cents jours. À tous ces malheurs succédera la résurrection des morts, et le bonheur éternel des fidèles.

Zacharie (Zacharie 11.16-17) représente l’adversaire du Messie sous l’idée d’un pasteur insensé, qui ne visite point son troupeau abandonné, qui ne cherche point celui qui est dispersé, qui ne guérit point celui qui est blessé, que ne nourrit point celui qui a besoin de nourriture. Il mangera les chairs des brebis grasses ; il brisera la corne de leurs pieds. Ô pasteur ! Ô fantôme qui abandonne son troupeau ! L’épée tombera sur son bras et sur son œil droit. Son bras se desséchera, et son œil droit sera couvert d’obscurité. Tel sera l’Antechrist, et telle sera sa domination.

Notre Sauveur dans l’Évangile (Matthieu 24.4-5) nous décrit les temps qui précéderont son second avénement, comme des temps de guerre, de famine, de révolte ; il dit que tout cela n’est encore que le commencement des douleurs. Alors les justes seront livrés aux méchants qui les outrageront, et les feront mourir. Plusieurs gens de bien tomberont dans le scandale ; on verra l’abomination de la désolation dans le lieu saint. Les maux seront si extrêmes, que s’ils n’étaient abrégés, nul ne serait sauvé. Mais en faveur des élus, ils seront abrégés ; on verra alors de faux Christs et de faux prophètes, qui feront des signes et des prodiges capables d’induire à erreur, s’il était possible même les élus. Après tout cela, le Fils de l’Homme paraîtra dans tout l’éclat de sa majesté.

Saint Paul écrivant aux Thessaloniciens (1 Thessaloniciens 2.3-5), dit que cet homme de péché, cet enfant de perdition, cet ennemi de Dieu, s’élèvera au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, et de ce qui est adoré, jusqu’à s’asseoir dans le temple de Dieu, voulant lui-même passer pour un Dieu, et recevoir les respects qui ne sont dus qu’à Dieu. Il ajoute : Vous savez bien ce qui empêche qu’il ne paraisse ; car le mystère d’iniquité se forme dès à présent… Alors se découvrira l’impie, que le Seigneur Jésus détruira par le souffle de sa bouche, et qu’il perdra par l’éclat de sa présence. Cet impie, qui doit venir accompagné de la puissance de Satan, avec toutes sortes de miracles, de signes, et de prodiges trompeurs, et avec toutes les illusions qui peuvent porter les hommes à l’iniquité, parce qu’ils n’ont pas reçu et aimé la vérité.

Cet affreux portrait que saint Paul a tracé de l’Antechrist a paru si ressemblant à Néron, que plusieurs anciens ont cru que ce prince était l’Antechrist, ou du moins son précurseur, et que l’Antechrist paraîtrait bientôt après lui. D’autres ont cru que Néron ressusciterait avant la fin des siècles, pour accomplir tout ce qui est dit de l’Ante-christ dans les Écritures. Enfin saint Augustin assure qu’il y en avait d’autres qui soutenaient que Néron n’était pas mort, mais qu’il vivait encore dans quelque lieu inconnu et inaccessible, conservant toute sa vigueur et toute sa cruauté dont il devait un jour faire ressentir les effets aux serviteurs de Dieu.

Saint Jean, dans l’Apocalypse (Apocalypse 11.7 ; Apocalypse 13), désigne l’Antechrist sous le nom de Bête qui monte de l’abîme, et qui met à mort les deux témoins (que l’on croit être Énoch et Élie), qui fait la guerre aux saints, les fait mourir et laisse leurs corps exposés dans la place publique de la grande cité qui, dans le langage mystique, s’appelle Sodome et Égypte, et où le Seigneur a été crucifié. Il le décrit ensuite comme une bête, qui sort de l’abîme, ayant dix cornes et dix diadèmes sur ses cornes, et des noms pleins de blasphèmes sur ses têtes. Le dragon (ou le diable) lui a donné sa force et son pouvoir. On a adoré le dragon et la bête, et on lui a donné une bouche pour prononcer des blasphèmes, et le pouvoir de faire la guerre aux saints pendant quarante-deux mois. La bête a prévalu, et a été adorée par toute la terre.

Il dit, dans un autre endroit (Apocalypse 13.17-18), que la bête obligera tout le monde, les grands et les petits, les riches et les pauvres, les personnes libres et les esclaves, à porter le caractère de son nom sur leur main droite et sur le front ; en sorte que personne ne pourra ni vendre, ni acher à moins qu’il ne porte le caractère ou le nom de la bête, ou le chiffre de son nom. C’est ici où il est besoin de sagesse. Que celui qui a de l’intelligence suppute le nombre de la bête, car c’est un nombre d’homme. Son nombre est de six cent soixante et six. On croit que ce nombre de six cent soixante et six, est celui des lettres du nom de l’Antechrist, prises selon leur valeur numérique, car en hébreu, en grec et en latin, les lettres de l’alphabet ont une certaine valeur numérique : par exemple, I en latin, vaut un ; V vaut cinq ; 10 vaut dix ; L vaut cinquante ; C vaut cent ; D cinq cents ; M mille. En grec, A vaut un ; I vaut dix vaut vingt ; À trente ; M quarante ; et ainsi des autres.

On est embarrassé de savoir : 1° si le nom de la bête, dont parle saint Jean, doit se prendre dans la langue hébraïque, syriaque, grecque ou latine ; 2° si ce sera le nom de sa personne, ou celui de sa dignité, ou celui que ses sectateurs lui donneront, ou enfin celui qu’il méritera par ses crimes. Il y a sur cela bien des conjectures ; et presque tous les commentateurs se sont essayés sur cette matière, sans que l’on puisse dire avec certitude qu’aucun ait réussi à nous donner le vrai caractère de l’Antechrist, ni le chiffre qu’il fera porter à ses sectateurs. On a trouvé le nombre de 666 dans les noms d’Ulpius Trajan, de Dioclétien, de Julien l’Apostat, de Luther, d’Evanthas, de Latinus, de Titan, de Lampétis, de Nikétès, de Kakos odégos, c’est-à-dire de mauvais guide ; d’Arnoumai, je renonce ; de Romiit, Romaine, d’Abinu Kadescha Papa, notre saint-père de pape ; enfin dans Elion Adonai, Jéhovah Kadosch, le Très-Haut, le Seigneur, le Dieu saint. Ce dernier nom ne peut avoir été inventé que pour montrer l’inutilité des soins que l’on se donne dans cette recherche ; puisqu’on trouve le nombre de 666 dans les noms les plus sacrés et les plus opposés à l’Antechrist. Le plus sage et le plus sûr est donc de demeurer dans le silence à l’égard de ce caractère et de ce nom.

J’en dis à-peu-près de même du temps auquel l’Antechrist paraîtra. On sait certainement qu’il viendra avant la fin des siècles, et qu’il précédera le second avénement de Jésus-Christ. Mais tous ceux qui, ont voulu fixer l’année de sa venue, n’ont fait que découvrir leur ignorance et leur témérité. Dès le temps de saint Paul (2 Thessaloniciens 2.1-2) il y avait des imposteurs qui effrayaient les fidèles, en voulant leur persuader que le jour du Seigneur était proche. C’est pour les rassurer que l’Apôtre écrit aux Thessaloniciens Nous vous prions, mes frères, par l’avènement de Notre-Seigneur Jésus-christ, et par notre réunion avec lui, de ne vous pas légèrement ébranler, et de ne vous pas troubler sur quelque prophétie prétendue, ou sur quelque discours, ou quelque lettre que l’on supposerait venir de nous, comme si le jour du Seigneur était près d’arriver. Que personne ne vous séduise en quelque manière que ce soit ; car il ne viendra point que la révolte et l’apostasie ne soient arrivées auparavant, et qu’on n’ait vu paraître cet homme de péché, cet enfant de perdition, cet ennemi de Dieu, qui doit s’élever au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu. Saint Jean, dans sa première Épître (1 Jean 4.3), dit que tout Esprit qui divise Jésus, c’est-à-dire qui dit qu’il n’est point Dieu, ne vient point de Dieu ; c’est là l’Antechrist duquel vous avez oui dire qu’il doit venir, et dès à présent il est déjà dans le monde. Les hérétiques d’alors étaient de vraies figures de l’Antechrist. Mais cela fait toujours connaître l’attente où étaient les chrétiens d’alors, de la venue du Messie.

On remarque les mêmes sentiments et les mêmes dispositions dans la plupart des Pères des premiers siècles. Les Églises de Vienne et de Lyon, dans les Gaules, voyant la violence de la persécution excitée par Marc-Aurèle, crurent voir les préludes de la persécution de l’Antechrist. Un ancien auteur ecclésiastique, nommé Judas, qui vivait sous l’empereur Sévère, avança que l’Ante-christ paraîtrait bientôt, sur ce que l’Église était alors dans le plus fort de la persécution. Tertullien, qui vivait dans le même temps, et saint Cyprien qui florissait assez peu de temps après, ne doutaient pas de la venue prochaine de l’Antechrist. Saint Hilaire voyant le progrès de l’arianisme, crut voir les signes avant-coureurs de l’Antechrist. Saint Basile le Grand, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Martin, saint Chrysostome, saint Grégoire le Grand, ont cru que la fin du monde était proche, et que la venue de l’Antechrist ne pouvait être éloignée.

Depuis le dixième siècle, qui finissait le sixième millénaire, suivant l’opinion de ceux qui mettaient la naissance de Jésus-Christ vers l’an cinq mille du monde, on commença à se rassurer sur la crainte où l’on avait été jusqu’alors de la fin du monde qui devait arriver, selon la tradition des Anciens, après six mille ans de durée. On se mit à bâtir de plus grandes églises et de plus grands édifices. La traduction de l’Écriture qui avait été faite par saint Jérôme, et qui ne donnait pas plus de quatre mille ans au monde avant Jésus-Christ, contribua aussi à faire croire que la fin du monde et la venue de l’Antechrist n’étaient pas si prochaines ; cela n’empêcha pas toutefois que quelques-uns ne se hasardassent encore à vouloir fixer l’année de l’apparition de l’Antechrist. Le concile de Florence, assemblé en 1105, condamna Fluentius, évêque de la même ville, qui soutenait que l’Antechrist était déjà né. L’abbé Joachim, qui vivait au douzième siècle, prétendait que l’Antechrist paraîtrait à soixante ans de son temps ; Arnaud de Villeneuve avait dit, que l’Antechrist viendrait en 1326 ; Pierre Dailly avait cru observer qu’il devait paraître en 1789 ; le cardinal de Cusa, en 1730 ou 1734 ; Jean Pic de la Mirande, en 1994 ; François Melet, en 1530 ou 1540 ; Jean de Paris, en 1560 ; Jérôme Cardan, en 1800. Saint Vincent Ferrier, qui vivait au quinzième siècle, écrivit au pape Benoît XIII que l’Antechrist paraîtrait dans très-peu de temps, et qu’il y avait neuf ans qu’il avait appris d’un saint ermite, que cet ennemi de Dieu était déjà né. L’événement a déjà réfuté la plupart de ces prédictions, et on peut assurer, sans témérité, que les autres ne sont pas mieux fondées ni plus sûres que les précédentes.

Il y a une tradition qui paraît presque uniforme parmi les anciens, que l’Antechrist naîtra de la race des Juifs, et qu’il sortira de la tribu de Dan. On explique en ce sens ces paroles de Jérémie (Jérémie 8.13) : Nous entendrons de Dan le bruit de ses coursiers, et le hennissement de ses chevaux. La terre en sera ébranlée ; il viendra, et dévorera la terre avec ses habitants. Les plus anciens commentateurs de l’Apocalypse comme Arétas, Bède, Primasius, Rupert, Haimon et plusieurs autres croient que l’omission que saint Jean a faite du nom de Dan dans le dénombrement des tribus d’Israël (Apocalypse 8.5) ne vient que de ce qu’il savait que l’Antechrist naîtrait de cette tribu. Et comment viendra-t-il de cette tribu, puisque les Juifs ne demeurent plus dans la Judée, ou du moins ne sont plus maîtres de cette province ? Il viendra, disent ces Pères, de delà l’Euphrate, de la Babylonie, où l’on prétend que les dix tribus, et en particulier celle de Dan subsiste encore tout entière. Ce sentiment est suivi par presque tous ceux qui ont écrit depuis saint Jérôme, et c’était déjà un sentiment tout commun dans l’Église de son temps.

On n’est pas d’accord sur le père de l’Ante-christ. Il y en a qui croient qu’il sera engendré d’un démon et d’une femme très-corrompue ; d’autres enseignent que l’Antechrist sera, non un homme, mais un démon incarné : Unus de hominibus in quo Satanas habitaturus sit corporaliter, dit saint Jérôme. Hilaire, diacre, a cru que de même que Jésus-Christ s’étant incarné, a prouvé sa divinité par ses miracles, ainsi le démon apparaîtra dans l’Antechrist et tâchera de faire croire qu’il est Dieu par les faux miracles qu’il opérera. Et de même que Jésus-Christ est né d’une vierge, dit saint Hippolyte, ainsi l’Antechrist se vantera d’avoir pris naissance d’une mère qui n’ait eu aucun commerce avec un homme ; mais au lieu que le Fils de Dieu a pris une vraie chair, l’Antechrist ne prendra qu’une chair fantastique ; c’est ce que dit cet auteur. Il vaut beaucoup mieux suivre le sentiment de saint Chrysostome, de Théodoret, de Théophylacte et d’une infinité d’autres, que l’Antechrist sera un vrai homme qui servira d’agent au démon pour exercer contre les fidèles toute sa cruauté et sa malice.

Ceux qui enseignent que la mère de l’Antechrist sera la plus corrompue et la plus impure de toutes les femmes, ou qu’il naîtra d’un inceste du père avec sa fille, ou du fils avec sa mère, ou enfin d’un homme et d’une femme obligés à la virginité par des vœux et des engagements solennels, ne peuvent soutenir ce sentiment, sans tomber dans une espèce de contradiction ; car enfin, comment l’Antechrist prouvera-t-il la virginité de sa mère, si son origine est si corrompue et si souillée, et si sa mère est si décriée dans le monde ? Comment peut-on soutenir qu’il sortira du milieu des Juifs, s’il doit naître d’un père et d’une mère engagés solennellement dans la profession monastique, qui, comme l’on sait, n’est point en usage parmi les Hébreux ? Il est vrai que quelques-uns prétendent que cette femme fera au dehors profession de retraite, de piété et de virginité, et qu’elle saura si bien cacher ses honteux commerces, qu’elle persuadera tout le monde que le fils qu’elle enfantera, aura été produit en elle d’une façon surnaturelle. Mais où trouvera-t-elle des personnes assez crédules pour l’en croire sur sa parole ? La naissance d’un homme d’une mère vierge n’est pas de ces choses que l’on croie si aisément. Il a fallu toute l’autorité des prophètes de l’Ancien Testament et celle du Nouveau, et tous les miracles de Jésus-Christ rapportés dans l’Évangile, pour nous persuader de la virginité de Marie après la conception et la naissance du Sauveur.

Reste à examiner à présent l’empire de l’Antechrist. Comme on suppose qu’il naîtra dans la Babylonie, on dit qu’il y jettera les fondements de son empire ; que les Juifs seront les premiers qui se déclareront pour lui, qui reconnaîtront sa domination et qui auront les premiers emplois de son empire. Il saura les gagner par ses prestiges, par ses caresses, par ses faux miracles et par toutes les apparences de bonté, de piété et de clémence ; en sorte que ce malheureux peuple le prendra pour le vrai Messie, et se flattera de voir rétablir par son moyen le premier éclat du royaume d’Israël dans la terre promise.

Lorsque l’Antechrist paraîtra, il commencera à attaquer l’empire romain, qui sera alors partagé entre dix rois puissants, suivant ces paroles de Daniel (Daniel 7.7-9, 24,25), que l’on applique au royaume de l’Antechrist : La quatrième bête que je vis, était terrible et admirable ; elle avait de grandes dents de fer avec lesquelles elle brisait et dévorait toutes choses, foulant aux pieds le reste de ce qu’elle avait dévoré ; elle ne ressemblait à aucune des autres bêtes que j’avais vues. Elle avait dix cornes, et comme je considérais ces dix cornes, je vis une petite corne qui s’élevait du milieu d’elles, et trois des premières cornes furent arrachées en la présence de cette petite corne. Cette bête à dix cornes, selon les interprètes, n’est autre que l’empire romain. La petite corne est l’Antechrist, les trois cornes qui tombent en sa présence, sont trois monarques qui seront renversés par les armes de cet ennemi de Dieu. Daniel exprime ces trois monarques en un autre endroit (Daniel 11.42) : Il attaquera la terre d’Égypte, et elle ne lui échappera point. Il se rendra maître des trésors d’or et de toutes les richesses de ce pays. Il portera aussi ses armes dans la Libye et dans l’Éthiopie. Voilà les trois royaumes par où commencera la décadence de l’empire romain. Leur chute entraînera la ruine de tout le reste. Nous ne garantissons point ces applications ; nous rapportons ce que les anciens en ont dit.

Après avoir assujetti l’Égypte, l’Éthiopie et la Libye, il marchera contre Jérusalem ; il en fera aisément la conquête et y établira le siège de son empire. Alors, il apprendra que les rois Gog et Magog viennent pour le combattre (Ézéchiel 38 ; Ézéchiel 39), il leur livrera la bataille et les défera aisément au milieu de la Palestine. Tout le pays s’enrichira de leurs dépouilles. Après cela, l’Antechrist se voyant maître de l’empire d’Orient et d’Occident, tournera toute son application à détruire le royaume de Jésus-Christ, et à persécuter les gens de bien. Il s’élèvera sur tout ce qui porte le nom de Dieu et sur tout ce qui est adoré, en sorte qu’il s’asseyera dans le temple de Dieu (2 Thessaloniciens 2.4), dans le temple de Jérusalem qu’il rétablira. Il y a même quelques anciens qui croient qu’il s’asseyera dans les églises des chrétiens, et qu’il y recevra les adorations d’un grand nombre d’apostats qui renonceront à la foi de Jésus-Christ.

Alors Dieu donnera son esprit à ses deux témoins (Apocalypse 11.2-4), que l’on croit être Hénoch et Élie ; ils prophétiseront pendant deux mille deux cent soixante jours vêtus de sacs… Et lorsqu’ils auront consommé le temps de leur témoignage, la bête qui est sortie de l’abîme, leur déclarera la guerre, les vaincra et les fera mourir. Et leurs corps demeureront trois jours et demi sans sépulture, dans la ville qui est appelée dans le sens spiriluel, Sodome et Égypte, et où le Seigneur a été crucifié. Mais après trois jours et demi, l’Esprit du Seigneur entrera dans eux ; ils se lèveront sur leurs pieds à la vue de leurs ennemis qui en seront frappés de frayeur, et ils entendront une voix du ciel qui leur dira : Montez ici, et ils y monteront sur une nuée. L’Écriture ne nous dit pas précisément la durée du règne de l’Antechrist, mais elle semble en plus d’un endroit (Apocalypse 15.2-3 Daniel 7.25 ; 12.11), donner trois ans et demi à la durée de ses persécutions. Du moins elle assigne trois ans et demi aux persécutions de ceux qui sont regardés comme les figures de l’Antechrist.

Les justes persécutés par l’Antechrist se retireront sur la montagne des Oliviers, où ils seront bientôt attaqués par cet ennemi de Dieu. Alors les justes crieront au Seigneur, et il leur enverra Jésus-Christ pour les délivrer. Il descendra du ciel accompagné de ses anges et précédé d’une flamme que rien ne pourra éteindre. Les anges livreront l’armée des méchants entre les mains des justes. Ils en feront un si grand carnage depuis la troisième heure du jour jusqu’au soir, que leur sang coulera comme un torrent dans la vallée. L’Antechrist viendra jusqu’au sommet de la montagne des Oliviers, et il y sera mis à mort dans sa propre tente et sur son propre trône, sans que personne lui donne le moindre secours de qui est conforme à ces paroles de Daniel, que l’on applique à l’Antechrist (Daniel 11.45) : Il dressera sa tente à Apadno, entre les mers, sur la montagne sainte et illustre ; il montera jusqu’à son sommet et il ne trouvera personne qui lui donne du secours. Ceux qui veulent savoir plus à fond ce que l’on dit sur l’Antechrist, peuvent consulter l’otivrage de Malvenda, dominicain, de Antichristo et notre Dissertation sur le même sujet, à la tête de l’Épître aux Galates.

Les musulmans, de même que les Juifs et les chrétiens, attendent un autre Christ. Les musulmans l’appellent Daggial ou Deggial, d’un nom qui signifie proprement un imposteur ou un menteur, et ils tiennent que leur prophète Mahomet enseigna à un de ses disciples, nommé Tamini-Al-Dari, tout ce qui regarde l’Antechrist ; et c’est sur la foi de cet homme qu’ils nous disent que l’Antechrist doit venir à la fin du monde, qu’il fera comme Jésus-Christ son entrée à Jérusalem monté sur un âne ; mais que Jésus-Christ qui, selon eux, n’est point encore mort, viendra le combattre dans son second avénement, et qu’après l’avoir vaincu, il mourra effectivement : que la bête décrite par saint Jean dans l’Apocalypse, paraîtra au temps de l’Antechrist et fera la guerre aux saints : que l’imam Mahadi, qui demeure caché parmi les musulmans, paraîtra alors, se joindra à Jésus-Christ, et combattra avec lui le Daggial ; après quoi ils réuniront les chrétiens avec les musulmans, et des deux religions n’en feront qu’une. C’est ainsi que ces peuples pervertissent les vérités de la religion chrétienne, et s’attribuent les promesses que les apôtres ont faites à la nation des Juifs (Romains 9.24 ; 11.26 ; 2 Corinthiens 3.16) : savoir qu’à la fin du monde ils se réuniront à l’Église, et reconnaîtront le Sauveur qu’ils ont crucifié.