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Rab
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Westphal

Rabbin, Rabban, Rabbanii ; nom de dignité parmi les Hébreux. On donnait le nom de rab aux maîtres, aux docteurs, aux premiers d’une classe, aux principaux officiers de la cour d’un prince. Par exemple, Nabuzardan, général de l’armée de Nabuchodonosor, est toujours appelé rab tabachim (2 Rois 25.8-20 Jérémie 39.9-10), magister laniorum, le maître des bouchers, des cuisiniers, des gardes. Esther (Esther 1.6) dit qu’Assuérus avait établi sur chape table des conviés un rab de sa maison, pour avoir soin qu’il n’y manquât rien : Daniel (Daniel 1.3) parle d’Asphénez, rab des eunuques de la maison de Nabuchodonosor, et du rab des saganien (Daniel 2.48), chef des magistrats ou des satrapes. Ce prophète fut établi chef des interprètes des songes, rab des chartumim (Daniel 5.11). Il paraît que ce nom vient des Chaldéens ; car avant la captivité, et lorsqu’on parle de la Judée, on ne le trouve point ; mais seulement quand il est question des officiers des rois de Babylone.

Rab ou Rabban signifie proprement maître, celui qui excelle : Rabbi ou Rabbani, mon maître, Rabbin est le pluriel. Ainsi Rab est plus noble que Rabbi ; et Rabbin ou Rabbin, est plus excellent que ni Rab, ni Rabbi.

Ll y a plusieurs degrés pour parvenir à la qualité de rabbin, comme parmi nous, pour arriver au doctorat. On appelle Cocham ou Sage celui qui est le maître ou chef de l’école et on donne le nom de Bachur ou Élu à celui qui aspire au doctorat, et qui fréquente pour ce sujet l’école du cochant. Lorsqu’il est plus avancé, ou lui donne le nom de Cabar de Rab, compagnon du maître. Enfin quand il est plus versé dans les sciences de la loi et de la tradition, ou le nomme simplement rab, ou rabbins, et morena, notre maître.

Léon de Modène dit que parmi les juifs il y a une espèce de honte de rechercher le doctorat. Cela passe pour une vanité méprisable. Aussi ne les examine-t-on pas. Mais quand on voit un homme qui a étudié la loi de bouche plus que toute autre science ; alors la voix publique lui dünne le titre de Cachant, c’est-à-dire, Sage. Au moins c’est la coutume du Levant ; au lieu qu’en Allemagne et en Italie il reçoit ce titre du plus ancien des rabbins, qui de vive voix ou par écrit le nomme Caber de Rab, Compagnon du maître, ou Rab, ou Morena, maître.

Le cacham rab, ou le maître rabbin ; prononce sur toutes sortes de différends, décide des choses défendues ou permises, et juge de toutes matières de religion, se mêlant même du civil. Il célébre les mariages, et déclara les divorces. Il prêche, s’il en a le talent, et est chef des académies. Il occupe la première place dans les assemblées et dans les synagogues. Il châtie les désobéissants, et peut même les excommunier. Ce qui fait qu’il est fort respecté.

Dans leurs écoles, ils étaient assis dans des chaires élevées, et leurs écoliers étaient à leurs pieds ; d’où vient que dans les Actes il est dit (Actes 22.3) que saint Paul avait étudié aux pieds du docteur Gamaliel. Philon dit que parmi les esséniens, les enfants sont assis dans les écoles aux pieds de leurs maîtres ; qui leur expliquent la loi d’une manière allégorique. L’Ambrosiaster sur la première Épître aux Corinthiens, nous apprend que les rabbins, dans leurs écoles, sont assis dans des chaires ; les plus avancés de leurs disciples sont sur des bancs, et les derniers sont à terre assis sur des nattes. Les Juifs ont accoutumé de dire aux enfants par une manière de proverbe : Roulez-vous dans la poussière des pieds de vos maîtres ; fréquentez assidument leurs écoles, asseyez-vous à leurs pieds. Notre Sauveur reproche aux rabbins et aux maîtres dans Israël (Matthieu 23.6), leur vanité et leur empressement à avoir les premières places dans les festins, et les premières chaires dans les synagogues ; à être salués dans les rues, et à être appelés Rabbi, mon maître.

Les études des rabbins ont pour objet ou le texte simple de la loi, ou les traditions, ou la cabale, c’est-à-dire, la théologie secrète de l’Écriture. Ces trois objets forment autant de sortes d’écoles et de rabbins : Ceux qui s’appliquent principalement à la lettre et au texte de l’Écriture sont nommés Caraïtes ; comme qui dirait Littéraux. Ceux qui font leur principale étude des traditions et des lois orales et du Talmud sont nommés Rabbanistes, comme qui dirait attachés à la doctrine et aux sentiments de leurs anciens maîtres, de qui ils ont reçu la tradition par le canal de leurs Cachants. Enfin ceux qui s’appliquent à la théologie secrète et mystérieuse, qui consiste à expliquer l’Écriture suivant certaines combinaisons de lettres et de nombres, sont appelés Cabalistes, comme qui dirait Traditionnaires, parce que ces explications et combinaisons se font suivant certaines règles qu’ils ont reçues de maîtres.

Léon de Modène dit que les caraïtes s’en tiennent au Pentateuque seul, rejetant toute explication, paraphrase ou constitution des rabbins. Cet auteur ajoute qu’ils sont saducéens d’origine, mais réformés et mitigés ; et que pour ne se pas rendre odieux à toutes les religions, ils ont jugé à propos d’abandonner les dogmes les plus décriés du saducéisme, et d’adopter quelques traditions très-anciennes : ce qui n’empêche pas que les rabbanisles ne haïssent les caraïtes mortellement, et ne les traitent de Manezérim ou de bâtards. Ils ne voudraient ni s’allier, ni converser avec eux ; et quand un caraïte tenterait de se faire rabbaniste, les autres Juifs ne le voudraient pas recevoir.

M. Simon, dans le Supplément à l’endroit de Léon de Modène que nous venons de citer, croit, après le P. Morin, que les caraïtes n’ont paru parmi les Juifs qu’après la publication du Talmud, et vers le huitième siècle ; et que les Juifs les plus éclairés de ce temps-là, voulant s’opposer à infininité de rêveries qu’on débitait sous le nom spécieux de Moïse, furent nommés Caraïtes par les défenseurs de ces traditions ; comme qui dirait, gens uniquement attachés à la lettre de l’Écriture. [Voyez Caraïtes et Karaïtes].

On a peu d’ouvrages des caraïtes. M. Simon en cite quelques-uns de manuscrits. Userait à souhaiter qu’il y en eût d’imprimés ; ils nous seraient beaucoup plus utiles que ceux des rabbanistes, qui sont communs, et où l’on trouve une infinité de rêveries et d’explications, vaines, frivoles et puériles, fondées sur de prétendues traditions des anciens. Les rabbins sont pour l’ordinaire très-ignorants en histoire, en chronologie, en belles-lettres, en antiquité, en géographie. Ils ne savent que très, imparfaitement la langue sainte. Ils ignorent la vraie signification d’un très-grand nombre de mots qui se trouvent dans le texte sacré de l’Écriture. Ils sont infiniment entêtés de leurs traditions ; en sorte qu’il y a très-peu de profit à les lire ; et on sait par expérience que la plupart de ceux qui se sont le plus appliqués à leur lecture n’en ont retiré que très-peu de fruit, et n’ont conçu qu’un parfait mépris de leurs ouvrages et et de leur esprit.

Outre les noms de Rab et de Rabbi, ou Rabbani, que les docteurs juifs se sont donnés, ils ont aussi pris ceux de Maran, seigneur, More, docteur, Cacham, sage, Marbitz Thora, coussin de la loi, parce que la loi repose sur eux, Dom, ou monseigneur ; c’est principalement en Espagne qu’ils prenaient autrefois ce dernier titre, qui se donne encore à présent aux personnes de la premiere dignité.

La principale fonction des.rabbins est de prêcher dans la synagogue, d’y faire les prières publiques, d’y interpréter la loi ; ils ont le pouvoir de lier et de délier ; c’est-à-dire, de déclarer ce qui est permis ou défendu. Lorsque la synagogue est pauvre et petite, il n’y a qu’un rabbin, qui remplit en même temps les fonctions de juge et de docteur. Mais quand les juifs sont nombreux et puissants dans un lieu, ils y établissent trois pasteurs et une Maison de jugement, où se décident toutes les affaires civiles ; et alors l’instruction seule est réservée au rabbin, à moins que l’on ne juge à propos de le faire entrer dans le conseil pour avoir son avis ; auquel cas il y prend la première place.

Ils ont aussi l’autorité de créer de nouveaux rabbins. Ils enseignent qu’anciennement tout docteur avait droit de donner ce titre à son disciple ; mais que, depuis le temps d’Hillel, ils se dépouillèrent de ce pouvoir en sa considération, et se restreignirent à demander pour cela la permission du chef de la captivité, du moins en Orient. À présent ils se contentent, dans une assemblée de quelques docteurs, d’installer le nouveau rabbin. Quelquefois on se contente de lui faire imposer les mains par un seul rabbin, lorsqu’on n’a pas la facilité d’en assembler plusieurs. En Allemagne on les crée par une simple parole et souvent en les créant ils bornent leur pouvoir à certaines fonctions, et non à d’autres, par exemple, à enseigner la loi, mais non à juger ; et encore ne peuvent-ils exercer les fonctions auxquelles on les destine qu’en l’absence de leurs maîtres.

Les rabbins n’oublient rien pour se concilier du crédit et de l’autorité dans le peuple, porté ordinairement à les mépriser. Ils soutiennent qu’on ne peut violer leurs lois et leur commandement sans s’exposer à la mort. Ils citent l’exemple du rabbin Jochanan, qui fit d’un de ses disciples un monceau d’os, parce qu’il n’avait pas voulu croire ce qu’il lui enseignait. Ils se vantent de plus qu’un rabbin ne peut être damné. Ils en rapportent une preuve dans la personne du rabbin Acher, qui tomba dans des erreurs capitales et dans des crimes qui l’auraient dû précipiter dans la damnation. On prétend qu’il attaquait la puissance de l’Être souverain, qu’il admettait les deux principes, qu’il avait blasphémé contre l’ange Métatron, qu’il montait à cheval le jour du sabbat, qu’il avait mis en pièces un jeune écolier, et en avait envoyé les parties du corps déchiré à treize lévites. Cependant le rabbin Meïr, disciple d’Acher, prétendit qu’il n’était pas damné, mais qu’il était simplement en purgatoire, et il le prouva en faisant sortir de la fumée de son tombeau le jour du sabbat. Un autre rabbin fit cesser cette fumée. On en conclut qu’il était sauvé.

Les Juifs ont plusieurs livres composés par leurs rabbins. Ces livres sont écrits en hébreu, mais assez différents de celui de la Bible. Il est moins pur et plus mêlé de phrases et de termes tirés des langues étrangères. Comme ils ont écrit sur différents sujets qui ne se trouvent point traités dans l’Écriture sainte, ils ont été obligés d’emprunter des termes propres à exprimer ce qu’ils voulaient dire en traitant, par exemple, de l’astronomie, de la médecine, de la théologie ; mais leur style est toujours imité de l’Écriture sainte. Leur manière de prononcer l’hébreu est encore différente ; les Italiens le prononcent autrement que les Allemands, et les Allemands autrement que les Espagnols et que les Levantins ; les caractères ordinaires dont ils se servent dans leurs écrits sont moins carrés et moins beaux que celui de la Bible ; ils sont plus ronds et plus coulants ; et tel lit et entend fort bien l’hébreu de la Bible, qui ne lira ni entendra l’hébreu des rabbins : C’est une étude particulière que l’écriture et le style de ces docteurs.

On distingue neuf classes dé docteurs parmi les Juifs. La première est celle de Moïse, de Josué, d’Eléazar et des septante hommes choisis par Moïse pour le soulagement dans le gouvernement du peuple (Exode 18.21). La seconde est celle des Anciens qui succédèrent à Josué et à Eléazar, et elle comprend, selon eux, les juges et les sénateurs du sanhédrin. La troisième est celle des prophètes. La quatrième est la grande Synagogue, composée de six vingts personnes après le retour de la captivité. La cinquième des Thanaïm, dont il est parlé dans la Misne. La sixième des Ainoraïm ou des commentateurs de la Misne. La septième des Giours, ou docteurs excellents. La huitième des Séboréens, ou doutants. La neuvième et dernière, des Gaons.

Il ne faut pas trop se laisser prévenir par les titres fastueux que les Hébreux donnent à leurs docteurs, ni à la prétendue antiquité qu’ils leur attribuent. Ils seraient fort embarrassés s’il leur fallait prouver cette longue succession de rabbins depuis Moïse jusqu’aujourd’hui. Abraham, fils d’un nommé David, qui vivait à Pescaire au comencement du douzième siècle, a fait une suite de rabbins depuis Adam jusqu’à ce siècle. Abraham Zacuth, juif, chassé d’Espagne avec les autres juifs, en a dressé une suite depuis le commencement du monde jusqu’en 1500. Gédalia a fait aussi une chaîne de traditions jusqu’en l’an 1586, auquel il vivait. Mais il y a une si grande diversité dans le calcul de ces historiens, ils tombent dans de si grands anachronismes, ils varient tellement sur le nom de leurs docteurs, qu’on voit bien qu’ils n’ont ni principes certains, ni connaissance distincte de ce qu’ils avancent.

En vain les rabbins nous vantent l’antiquité de leurs écoles et de leurs docteurs ; quand on en veut approfondir la vérité, on ne trouve que confusion et qu’incertitude. Ils nous parlent avec emphase de leurs écoles de Japhné et de Tibériade établies dans la Palestine après la ruine du temple, et de celles de Nahardea de Pundebita et de Sora en Orient. Ils produisent des listes de docteurs qui y ont enseigné ; mais tout cela est si mal assorti, qu’on n’y saurait faire aucun fond. Ils ont certains livres dont ils vantent fort l’antiquité ; par exemple, les Midroschine ou commentaires sur l’Écriture, qu’on dit avoir été composés par des rabbins qui vivaient du temps de Judas le Saint, c’est-à-dire l’an 215 de Jésus-Christ ; cependant ou y cite la Gémarre, composée longtemps après les Midraschin Babboth, ou grands Commentaires attribués à Nachmanides, qui vivait, dit-on, à la fin du troisième siècle ; et toutefois on y fait mention de la tentative que fit l’empereur Julien pour rétablir le temple de Jérusalem. Les sentences des Pères, ou Pirke Aboth, publiées sous le nom d’Eliézer, qui vivait sous Gamaliel II est beaucoup plus récent que ce temps-là, comme on le voit par l’ouvrage même.

Nous avons parlé ailleurs des paraphrastes Onkélos, Jonathan, Joseph l’Aveugle et de la Gémarre, du Talmud, de la Misne. On peut consulter tous ces titres, et Bartolocci, dans sa Bibliothèque rabbinique, et M. Basnage, His des Juifs.

Les plus fameux rabbins qu’on nous cite sont Nathan, Aben-Ezra, Abraham Hallevi, Maimonides ou Moyse, fils de Maimon, Joseph et David Kimchi, et Salomon Jarchi ; et tous ces docteurs sont nouveaux. Nathan, chef de l’académie de Rome, qui a expliqué tous les ternies du Talmud, vivait au commencement du douzième siècle. Aben-Ezra mourut en 1174. Ses explications de l’Écriture sont littérales et grammaticales, et les commentateurs en font grand cas. Abraham Halleri était contemporain d’Aben-Ezra. Maimonides naquit à Cordoue en 1131. Maimon, son père, se disait de la raee de David. On dit communément que Maimonides est le premier des docteurs qui ait cessé de badiner parmi les juifs : on le nomme quelquefois Moïse l’Égyptien, parce qu’il quitta l’Espagne pour se retirer en Égypte. Il mourut au commencement du treizième siècle. Joseph Kimchi, qui vivait en 1160, a composé quelques commentaires sur l’Écriture, qui sont manuscrits dans la bibliothèque vaticane, et un livre contre la religion chrétienne. On sait qu’il demeurait à Narbonne, mais on dispute s’il était Espagnol ou Français. Il eut deux fils, David et Moïse Kimchi, qui furent célèbres par leurs sciences.

David Kimchi, fils de Joseph Kimchi, s’attacha fort à la grammaire, et ses ouvrages sont fort estimés. Les Juifs, faisant allusion à son nom, qui signifie meunier ou enfariné, disent par une manière de proverbe, qu’il n’y a point de farine sans Kimchi, c’est-à-dire, qu’il n’y a point de véritable science sans Kimchi. Moïse Kimchi, son frère aussi composé quelque ouvrage, comme celui qui a pour titre le Jardin de la volupté, qui est en manuscrit dans la bibliothèque vaticane.

Salomon Jarki était natif de Troyes en Champagne ; mais on lui a donné le surnom vie Jarchi ou Jarki ; c’est-à-dire, lunatique, parce qu’il enseigna dans l’académie de Lunel en Languedoc, où les juifs avaient une académie au douzième siècle. Il s’attacha principalement à l’étude du Talmud ; et son commentaire sur la Gemarre a paru si plein d’érudition, qu’on l’appelle le prince des commentateurs. On peut consulter sur ces rabbins et sur tous les autres, les auteurs qu’on a déjà cités ; surtout la Bibliothèque rabbinique de Bartolocci.