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Pigeon
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Westphal

Voyez ce qu’on a dit ci-devant sous le nom de colombe.

Le prophète Osée (Osée 7.11) dit qu’Ephrani est semblable à une colombe Séduite et qui manque d’intelligence : Factus est Ephraim quasi columba seducta, non habens cor. La colombe est un animal fort simple, sans ruse, sans défense, sans intelligence ; car c’est le sens de ces mots : Non habens cor. Les Hébreux mettaient l’esprit dans le cœur. Voyez (Osée 4.11 ; Proverbes 7.7 ; 9.4, 16 ; 10.21 ; 22.11 ; Ecclésiaste 16.23). Quant à ces mots, Columba seducta, les commentateurs remarquent que cet oiseau est le seul qui ne protège et ne défend pas ses petits, et qui ne témoigne aucune douleur de leur enlèvement ; qui retourne toujours au même trou pour y faire son nid, malgré l’expérience qu’elle a que les vers, les serpents, les oiseaux, les hommes lui enlèvent ou lui font périr ses petits.

Mais j’aimerais mieux expliquer cet endroit de ces pigeons qui se laissent séduire pour aller dans d’autres colombiers. On dit qu’au Caire et dans d’autres villes d’Égypte, on voit des voleurs de pigeons qui font une espèce de métier d’attirer les pigeons d’autrui dans leurs propres colombiers. Les talmudistes excluent des emplois du sanhédrin ces sortes de gens.

Le Psalmiste, décrivant les pigeons (Psaumes 47.14), dit qu’ils sont blancs comme l’argent, et que le dessus de leur dos est pâle comme l’or : Pente columbce deargentatoe, et posteriora dorsi ejus in pallore auri. Dans la Palestine, la plupart des pigeons étaient blancs ; on compare leur plume a l’argent par sa blancheur, et à l’or par son éclat pâle ou vert ; car l’Hébreu, au lieu de : Pallor auri, lit : Viriditas auri. Les auteurs profanes donnent à ce métal les épithètes de pâle et de vert : Inaurata pallidior statua, dit Catulle ; et : Miratus scythicas virentis auri flammas Jupiter, dit Martial O.

Les prophètes comparent assez souvent les peuples à des nuées de pigeons. Isaïe (Isaïe 49.11 ; 38.14) compare les Juifs à des pigeons ou à des colombes qui gémissent dans leurs disgrâces : Quasi columboe meditantes. Il se sert du même terme de méditer, pour marquer le gémissement de la colombe, dans le cantique d’Ézéchias. Nahum (Nahum 2.7) dit que les femmes de Ninive sont emmenées captives et gémissent comme des colombes. Voyez (Jérémie 48.28 ; Ézéchiel 7.16 ; Osée 9.11), etc. On voit dans les mêmes prophètes que souvent les pigeons faisaient leurs nids dans les fentes des rochers (Cantique 2.14) ; et (Jérémie 48, 28).

Dans l’Égypte, dans l’Arabie, dans la Syrie et dans le Mogol, on se sert de pigeons pour porter les lettres, quand on a besoin d’une diligence extraordinaire ; on attache le billet sous l’aile de cet oiseau ; on le lâche, il va avec une rapidité extrême au lieu où il doit aller. On dit qu’en Hollande on s’est servi de cette invention dans des sièges ; cela a quelque rapport à ce que fit Noé en faisant sortir la colombe de l’arche. Le Prophète demande à Dieu les ailes de la colombe (Psaumes 54.2) ; Osée (Osée 11.11) dit que le peuple du Seigneur s’envolera de l’Égypte comme un oiseau, et de l’Assyrie comme une colombe. Cela peut fort bien marquer l’empressement des pigeons dressés à porter des lettres, pour retourner au lieu de leur demeure ordinaire et dans leur nid [Les pigeons étaient sans doute employés, chez les païens, pour en tirer des prédictions et pour rendre des oracles. Il est certain que de toute antiquité les pigeons ont joué un grand rôle dans les religions de la Syrie et de la Grèce. Les prêtresses de Dodone étaient appelées Irilstat, colombes. Le baron de Sainte-Croix (Recherc sur les myst du paganisme, tome II 2e édition, Paris, 1817, page 113) dit que « les colombes étaient l’objet d’une sorte de culte pour les galles (prêtres) d’Hiérapolis ; ils n’osaient les toucher, et s’il leur arrivait de le faire involontairement, ils se regardaient pour tout le reste de ce jour-là comme souillés d’un sacrilège. Aussi ces oiseaux vivaient familièrement avec eux, demeuraient dans leurs logements, et mangeaient au milieu des cours et des lieux habités. » Sur quoi M. le baron S. de Sacy fait la remarque suivante : « Ce respect pour les colombes tient sans doute a un usage bien ancien de l’Orient, puisqu’on le retrouve constamment parmi les musulmans et principalement à la Mecque. Il est même assez vraisemblable que la coutume de respecter les colombes qui fréquentent les environs du sanctuaire de cette ville, est fort antérieure à l’établissement de la religion de Mahomet. Les livres saints semblent offrir des traces d’un usage analogue, par rapport au temple de Jérusalem. Voyez les détails que j’ai recueillis à ce sujet dans ma Chrestomathie arabe, tome 3 page 76, à l’occasion d’un vers de Nabéga. »]