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Philistins
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Westphal Bost

Peuples venus de l’île de Caphthor dans la Palestine (Amos 9.7 Jérémie 47.4), et descendus des Caphthorim, qui sont sortis des Chasluim enfants de Mizraïm, comme Moïse nous l’apprend (Genèse 10.13-14) ; et par conséquent originairement sortis de Mizraïm, père des Égyptiens. Mais le texte de Moïse est autrement expliqué. Voyez Caphthor, fils de Mizraïm.

Le même Moïse dit ailleurs (Deutéronome 2.23) que les Caphthorim sortis de Caphthor chassèrent les Hévéens qui demeuraient depuis Hazérim jusqu’à Gaza, et qu’ils s’établirent dans ce pays. Ce n’est donc que depuis les Hévéens ou chananéens que les Philistins sont venus dans la Palestine, et qu’ils ont occupé le pays dont ils ont été maîtres si longtemps. On ne sait point précisément l’époque de leur sortie de l’lle de Caphthor mais il y avait déjà. longtemps qu’ils étaient dans la terre de Chanaan, lorsque Abraham y vint l’an du monde 2083 avant Jésus-Christ 1917, avant l’ère vulgaire 1921. Nous avons essayé de montrer dans l’article de Caphthor ou Caphthorim, que ce nom marque l’île de Crète.

Le nom de Philistins n’est point hébreu. Les Septante le traduisent ordinairement par Allophyli, étrangers (Philistin). Les Péléthéens et les Céréthéens étaient aussi Philistins ; et les Septante traduisent quelquefois Céréthim (Ézéchiel 25.16 ; Sophonie 2.5-6) par Crétois. Voyez ce que nous avons dit sous l’article Pheleti et sous Cerethi. Les Casluim ou Casluchim, pères des Caphthorim, demeuraient originairement dans la Pentapole Cyrénaïque, selon le paraphraste Jonathan, ou dans le canton Pentaschénite de la basse Égypte, selon le paraphraste Jérosolymitain. Nous trouvons dans la Marmarique la ville d’Axilis ou d’Azilis : et dans la Libye, voisine de l’Égypte, Sagilis ou Satylis : tout cela dans Ptolémée. Ces noms ont un rapport sensible avec Casluim. Ce pays est situé près de l’Égypte, où tous les enfants de Mizraïm ont eu leur demeure ; il est assis vis-à-vis de l’île de Crète. Strabœr,I. 17 p.387 ; ne met que mille stades de distance entre le port de Cyrène, et celui de Crète, nommé Criou metôpon, ou Front de bélier. Le commerce était autrefois grand entre la Cyrénaïque et l’île de Crète, comme if paraît par Strabon et par Pline. Il y a donc beaucoup d’apparence que les Casluim envoyèrent de la Cyrénaïque des colonies de cette île lesquelles passèrent de là sur les côtes de la Palestine. Ce système me paraît le plus probable de tous ceux qui ont été proposés jusqu’ici.

Outre la conformité qui se remarque entre les noms de Cérethim et de Crétois, nous trouvons aussi beaucoup de ressemblance entre les mœurs, les armes, les divinités, les coutumes des Philistins et des Crétois, ainsi qu’on le peut voir dans notre dissertation sur l’origine et les divinités des Philistins, imprimée à la tête du premier livre des Rois [D. Calmet avait voulu d’abord que Caphthor fût l’île de Chypre contre la plupart des interprètes qui croyaient la trouver dans la Cappadoce. Changeant d’opinion, il soutint que Caphthor était plutôt l’île de Crète, et ses raisons parurent assez plausibles à plusieurs, notamment à l’abbé de Vence. Mais depuis, l’abbé de Vence a adopté le sentiment de Pluche qui paraît en effet plus probable. Il entend par Caphthor un territoire occupé en illesrdim ou en Égypte par Caphthor et ses descendants. Cette nouvelle opinion sur le pays ou Ille de Caphthor ne détruit pas celle d’après laquelle les Philistins sont venus des Caphthorim ; au contraire elle l’établit mieux. Voyez les deux articles de Caphthor].

Les Philistins étaient déjà puissants dans la Palestine dès le temps d’Abraham, puisqu’ils y avaient des rois et y possédaient plusieurs villes considérables. Ils ne sont point exprimés dans le nombre des peuples dévoués à l’anathème, et dont le Seigneur abandonna le pays aux Hébreux. En effet ils n’étaient pas de la race maudite de Chanaan. Toutefois Josué ne laissa pas de donner leur pays aux Hébreux (Exode 15.45-47), et de les attaquer par le commandement du Seigneur, parce qu’ils occupaient un pays qui était promis au peuple de Dieu (Josué 13.2-3). Mais il faut que les conquêtes de Josué n’aient pas été bien défendues, puisque sous les Juges, sous Saül et au commencement du règne de David, les Philistins avaient des rois ou des satrapes qu’ils appelaient Sazenim ; que leur État était divisé en cinq petits royaumes ou satrapies, et qu’ils opprimèrent les Israélites pendant le gouvernement du grand prêtre Héli et de Samuel, et pendant le règne de Saül. Il est vrai que Samgar, Samson, Samuel et Saül leur tinrent tête et leur tuèrent quelque monde : mais ils n’abattirent pas leur puissance ; ils demeurèrent indépendants jusqu’au règne de David (2 Samuel 5.17 ; 8.1-2), qui les assujettit à son empire.

Ils demeurèrent dans la soumission aux rois de Juda jusqu’au règne de Joram, fils de Josaphat ; c’est-à-dire, pendant environ deux cent quarante-six ans (2 Chroniques 21.16). Joram leur fit la guerre et les réduisit apparemment sous son obéissance, puisqu’il est remarqué dans l’Écriture qu’ils se révoltèrent de nouveau contre Ozias, et que ce prince les contint dans le devoir pendant tout son règne (2 Chroniques 26.6-7). Durant les malheurs du règne d’Achaz, les Philistins firent le dégât dans les terres de Juda (2 Chroniques 28.18) : mais Ézéchias, fils et successeur d’Achaz, les assujettit de nouveau (2 Rois 18.8). Enfin ils se mirent pleinement en liberté sous les derniers rois de Juda ; et nous voyons par les menaces que leur font les prophètes Isaïe, Amos, Sophonie, Jérémie et Ézéchiel, qu’ils avaient fait mille maux aux Israélites, et que Dieu devait châtier leur cruauté par les plus grandes calamités.

Assaradon, successeur de Sennachérib, assiègea Azoth, et la prit par les armesde Thartitan, général de ses troupes (Isaïe 20.1). Psammétichus, roi d’Égypte [le premier de la vingt-sixième dynastie, dit-on, prit la même ville après un siège de vingt-neuf ans, suivant Hérodote ; et c’est le plus long siège de ville que l’on connaisse. Pendant le siège de Tyr, qui dura treize ans, Nabuchodonosor employa une partie de son armée à soumettre les Ammonites, les Moabites, les Égyptiens et les autres peuples voisins des Juifs. Il y a assez d’apparence que les Philistins ne lui résistèrent pas, et qu’ils lui demeurèrent assujettis avec les autres peuples de la Syrie, de la Phénicie et de la Palestine. Ils tombèrent ensuite sous la domination des Perses ; puis sous celle d’Alexandre le Grand, qui ruina la ville de Gaze, la seule ville des Phéniciens qui osa lui résister. Après la persécution d’Autiochus Épiphane, les Asmonéens démembrèrent petit à petit diverses villes, du pays des Philistins qu’ils assujettirent à leur domination. Tryphon, régent du royaume de Syrie, donna à Jonathas, Asmonéen, le gouvernement de toute la côte de la Méditerranée, depuis Tyr jusqu’à l’Égypte (1 Machabées 9.59), et par conséquent tout le pays des Philistins. Le nom de Palestine est venu des Philistins, quoiq ue ces peuples n’en possédassent qu’une assez petite partie [Voyez Anus, Dagon, Josué, addition, passim ; Liber, addition, paragraphe 12. « Le petit empire des Philistins se composait de cinq cités, Gaza, Ascalon, Asoth, Geth, Accaron ou Acron. C’était une colonie égyptienne qui, à une époque fort reculée, avait envahi les fertiles rivages de la Palestine ; j’iinagine que les Philistins étaient des Arabes semblables aux Arabes répandus aujourd’hui dans les déserts d’Égypte et le long des côtes de la mer Rouge ; ils émigrèrent en Palestine, partagés en tribus qui chacune avait un cheik ou un satrape ; ils adoraient Dagon et toutes les idoles des bords du Nil et des pays arabiques ; le peuple israélite, venu aussi de l’Égypte, se plaisait quelquefois à retourner au culte des idoles, et les mœurs des Philistins ne lui inspiraient pas une grande répugnance. Mais les conducteurs des Hébreux, qui avaient mission d’exterminer les adorateurs des idoles, prêchaient au peuple de Jéhovah de rompre tout pacte avec eux. Un million de chananéens avaient disparu sous le glaive destructeur des enfants d’Israël ; nn seul ennemi restait à combattre, c’étaient les Philistins. Que d’efforts, que de travaux pour les anéantir ! sous les Juges, sous les Rois, que de fois Israël s’arma de toute sa puissance contre quelques tribus de Philistins qui jamais ne furent entièrement soumises ! Il a fallu à ces Philistins un puissant génie pour résister si longtempsà une nation vingt fois plus nombreuse et plus riche que la leur. Il est curieux de voir comment une poignée d’hommes dictait quelquefois à tout Israël des traités humiliants ; ils étaient parvenus à désarmer les Hébreux, à leur défendre de travailler le fer et l’acier, à les forcer de venir acheter dans leurs villes les instruments les plus indispensables pour le commerce et le labourage ; on y venait de tous les lieux de la Palestine, même pour faire aiguiser le soc des charrues. C’était une véritable servitude. Les documents nous, manquent pour déterminer quel fut le destin suprême des Philistins. On peut présumer que les cinq satrapies philistéennes ne s’effacèrent que sous le coup de l’invasion romaine. En voyant les différentes races.arabes répandues dans les cantons méridionaux de la Palestine, j’ai pensé quelquefois qu’il doit y avoir là quelques restes des anciens Philistins ; il est rare, il est difficile qu’une race puisse entièrement disparaître ; les familles humaines durent toujours plus longtemps que les cités. » M. Poujoulat, Correspond d’Orient, lettre 131, tome 5]