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Pentateuque
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Westphal Bost

Ce terme est tiré du grec (de pente, cinq, et instrument), et signifie à la lettre le recueil des cinq instruments ou des cinq livres de Moïse, qui, sont la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome. Nous avons parlé de chacun de ces livres sous leurs articles. Voyez aussi Moïse et les commentateurs sur le Pentateuque, oh ils s’étendent à prouver que Moïse est l’auteur de ces cinq livres, et à réfuter ceux qui les lui ont contestés.

Voici les raisons de quelques nouveaux critiques qui ont contesté le Pentateuque à Moïse. On trouve, disent-ils, dans cet ouvrage, plusieurs choses qui ne conviennent pas au temps et au caractère de ce législateur : l’auteur parle de Moïse d’une manière très-avantageuse ; il loue sa modération et sa douceur (Nombres 12.3). Il parle toujours en troisième personne : Le Seigneur parla à Moïse, et lui dit, etc. Moïse parla Pharaon, etc. Moïse n’aurait osé parler ainsi de lui-même, il aurait au moins de temps en temps parlé en première personne.

De plus, l’auteur du Pentateuque abrége quelquefois sa narration, comme un écrivain qui écrit sur des Mémoires plus anciens ; d’autres fois il interrompt la suite de son discours ; par exemple, il fait dire à Lamech le bigame (Genèse 2.23) Écoutez, femmes de Lamech, faites attention à mes discours J’ai tué un homme pour ma blessure et un jeune homme pour ma meurtrissure, etc, sans nous dire auparavant à quoi cela pouvait avoir rapport. Ces remarques, par exemple (Genèse 12.6) : Alors le Chananéen était dans le pays, ne peuvent convenir à Moïse, puisque tout le temps de la vie de ce législateur les chananéens demeurèrent maîtres de la Palestine. Le passage du livre des Guerres du Seigneur, cité dans le livre des Nombres (Nombres 21.14), y paraît mis après coup, de même que les premiers versets du Deutéronome. Le récit de la mort de Moïse, qui se trouve à la fin du même livre, n’est certainement pas de ce législateur. On peut faire le même jugement de quelques autres passages, où il est dit que les lieux dont on parle étaient situés au delà du Jourdain : que le lit d’Og était à Ramatha jusqu’aujourd’hui ; que les Havoth de Jaïr (Nombres 32.41 Deutéronome 3.14), ou les villes de Jaïr étaient connues à l’auteur, quoique apparemment elles n’aient porté ce nom que depuis Moïse.

On remarque aussi dans le texte du Pentateuque quelques endroits défectueux ; par exemple, dans l’Exode (Exode 12.8) on voit Moïse qui parle à Pharaon, sans que l’auteur marque le commencement de son discours. Le Samaritain ajoute au même endroit ce qui manque à l’Hébreu. Dans d’autres endroits, le même Samaritain semble suppléer à ce qui manque au texte hébreu ; et ce qu’il a de plus que l’Hébreu paraît si bien lié au reste du discours, qu’il serait difficile de l’en séparer. Enfin on croit remarquer dans le Pentateuque des traits qui ne peuvent guère convenir à un homme comme Moïse, né et élevé dans l’Égypte ; comme ce qu’il dit du paradis terrestre, des fleuves qui l’arrosaient et qui en sortaient ; des villes de Babylone, d’Arat, de Resen et de Chalanne ; de l’or du Phison, du Bdellium, de la pierre de Sohein que l’on trouvait en ce pays-là : ces particularités, si curieusement recueillies, semblent prouver que l’auteur du Pentateuque était de delà l’Euphrate. Ajoutez ce qu’il dit de l’arche de Noé, de sa construction, du lieu où elle s’arrêta, du bois dont elle fut bâtie, du bitume de Babylone, etc.

Ces dernières remarques ont fait croire à quelques-uns que le lévite envoyé par Assaradon aux Cuthéens établis dans la Samarie (2 Rois 17.24-27), pourrait bien avoir composé le Pentateuque, et que les Juifs auraient pu le recevoir avec quelques petites différences de la main des Samaritains. D’autres se sont imaginé que le Pentateuque, en l’état où nous l’avions, n’était qu’un abrégé d’un plus grand ouvrage, composé par des écrivains publics chargés de cette fonction dans la république des Hébreux.

Mais sans prétendre entrer ici dans l’examen de toutes ces preuves et dans la réfutation de ces sentiments, sur lesquels on a tant écrit, nous nous contentons de faire trois réflexions,

1° Que, pour débouter Moïse de la possession où il est depuis tant de siècles, de passer pour auteur du Pentateuque, possession appuyée du témoignage de la Synagogue et de l’Église, des écrivains sacrés de l’Ancien et du Nouveau Testament, de Jésus-Christ et des apôtres, il faut certainement des preuves sans réplique et des démonstrations. Or, il est évident que les objections que l’on forme contre ce sentiment sont fort au-dessous même de preuves solides.

Car 2°, les additions, les dérangements, les confusions, les omissions que nous voulons bien ne pas refuser d’y reconnaître, ne décident pas que Moïse ne soit pas l’auteur du livre ; elles prouvent seulement que l’on y a retouché quelque chose, soit en diminuant ou en ajoutant : Dieu a permis que les livres sacrés ne soient pas exempts de ces sortes d’altérations, qui viennent de la main des copistes, ou qui sont une suite de la longueur des siècles. Si une légère addition, ou quelque changement fait au texte d’un auteur suffisait pour lui ôter son ouvrage, quel écrivain serait sûr de demeurer en possession de son ouvrage pendant un siècle ?

3° Les systèmes de M. Le Clerc et de M. Simon sur l’auteur du Pentateuque ont été si souvent réfutés, qu’il nous paraît inutile de retoucher ici cette matière. Les écrivains publics de M. Simon sont une chimère. Le prêtre ou le lévite envoyé par Assaradon Cuthéens ne peut pas avoir composé le Pentateuque ; ce livre était écrit longtemps avant lui : il est cité dans des ouvrages antérieurs au temps de ce lévite. La Loi a toujours été pratiquée depuis Moïse jusqu’à la captivité, elle était donc écrite : on en mit un exemplaire dans l’arche, et il fut trouvé sous Josias. Les Juifs et les Samaritains avaient trop d’éloignement les uns pour les autres pour se communiquerleurs écrits sacrés. En comparant le Pentateuque samaritain à celui des Juifs, on voit bien qu’ils sont pris de la même source et sur le même original ; mais il est aussi aisé de s’apercevoir que l’un n’est pas copié sur l’autre, et que les Samaritains ont retouché leur exemplaire pour appuyer certaines prétentions qu’ils ont contre les Juifs au sujet du mont Garizim, où était placé leur temple.

Les Samaritains ont conservé le Pentateuque hébreu écrit en anciens caractères phéniciens, qui sont les caractères hébreux, usités avant la captivité de Babylone. Voyez sous le titre Samaritain, Pentateuque samaritain. Voyez aussi Absalon, à la fin de mon addition et Asimah.