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Oracle
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Westphal

Saint Jérôme traduit ordinairement par oraculum ce qu’il appelle, en plusieurs autres endroits propitiatorium. L’hébreu capphoreth vient du verbe caphar, qui signifie expier, pardonner les péchés, couvrir, enduire quelque chose. On pourrait rendre ce terme par un couvercle ; et en effet c’était le couvercle de l’arche d’alliance ou du coffre sacré dans lequel étaient enfermées les lois de l’alliance. Aux deux extrémités de ce couvercle étaient deux chérubins d’or massif battu au marteau, lesquels, étendant leurs ailes en avant l’un vers l’autre, formaient une espèce de trône, sur lequel on concevait que le Seigneur était assis. D’où vient qu’on l’invoque quelquefois sous ce nom : Qui sedes super Cherubim. Et peut-être qu’en traduisant capphoreth par propitiatorium on veut marquer que de là le Seigneur exauce les vœux et les prières de son peuple, et qu’il lui pardonne ses péchés ; et en traduisant oraculum on marque que c’est de là qu’il découvrait ses volontés et qu’il rendait ses oracles à Moïse.

Oracle

Se prend aussi pour le sanctuaire, ou pour le lieu où était l’arche d’alliance. L’Hébreu porte dabir, et les Septante ont conservé ce terme. Aquila et Symmaque l’ont rendu par chrematistérion, qui signifie un oracle ; le Chaldéen, la maison de propitiation. Mais dabir signifie proprement un oracle.

Oracle

Se met aussi pour les oracles des faux dieux. Ézéchiel (Ézéchiel 21.23) dit que le roi de Babylone venant vers la Judée, et se trouvant sur un chemin fourchu, consulta ses téraphims, et mêla ses flèches, pour savoir s’il marcherait contre Jérusalem, et que les Juifs s’en sont moqués, et l’ont regardé comme un homme qui consulte inutilement l’oracle : l’Hébreu à la lettre, comme un homme qui exerce en vain la divination ou la magie. Le plus fameux de tous les oracles de la Palestine était Béelsébub (2 Rois 1.2-16), adieu d’Accaron, que le roi Ochosias alla lui-même consulter. Il y avait aussi des théraphims : comme celui de Michas, dont il est parlé dans les Juges (Juges 17.5 ; 18.14) ; l’éphod que fit Gédéon (Juges 7.27) et les faux dieux que l’on adorait dans le royaume de Samarie, lesquels avaient leurs faux prophètes, et par conséquent leurs oracles, soit que ces oracles se rendissent réellement par l’opération du démon, ou que les prêtres et les faux prophètes séduisissent les peuples et leur fissent accroire qu’ils étaient inspirés, quoiqu’ils ne parlassent que par leur propre esprit.

Parmi les Juifs on distingue plusieurs sortes de vrais oracles. Ils avaient :

1° L’oracle de vive voix, comme lorsque Dieu parlait à Moïse face à face, et comme un ami parle à son ami (Nombres 12.8) ;

2° Les songes prophétiques et envoyés de Dieu, comme les songes que Dieu envoya à Joseph, et qui marquaient son élévation future (Genèse 37.5-6) ;

3° Les visions, comme lorsqu’un prophète ravi en esprit, sans dormir ni veiller proprement, avait des visions surnaturelles (Genèse 15.1 ; 46.2 ; Nombres 12.6 Joël 11.28) ;

4° L’oracle d’Urim et Thummim, qui étaient joints à l’éphod ou au rational dont le grand prêtre se revêtait, et auquel Dieu avait attaché le don de prédire l’avenir : on a souvent employé cette manière de consulter le Seigneur (1 Samuel 23.9 ; 30.7) depuis Josué jusqu’au temps de l’érection du temple de Jérusalem ;

5° Depuis l’érection du temple on consulta plus souvent les prophètes, qui furent fréquents dans les royaumes de Juda et d’Israël.

Depuis Aggée, Zacharie et Malachie, qui sont les derniers des prophètes dont on ait les écrits, les Juifs prétendent que Dieu leur donna ce qu’ils appellent bathkol, la fille de la voix, qui était une manifestation surnaturelle de la volonté de Dieu qui se faisait ou par une forte inspiration ou voix intérieure, ou par une voix sensible et extérieure qui se faisait entendre par un nombre de personnes suffisantes pour en rendre témoignage. Par exemple, celle qu’on entendit au baptême de Jésus-Christ (Matthieu 3.17) : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, etc.

Dans l’Église chrétienne, le don de prophétie et l’inspiration étaient des dons assez ordinaires ; et Dieu a permis que, depuis la naissance de son Fils, la plupart des oracles des païens soient tombés dans le mépris, et aient été réduits au silence. Le Sauveur a promis à son Église son assistance perpétuelle (Jean 14.18), que le Saint-Esprit ne l’abandonnerait point, et qu’il se trouverait au milieu de ceux qui seraient assemblés en son nom (Matthieu 18.20). Il a dit (Matthieu 16.18) que les portes de l’enfer ne prévaudraient jamais contre elle. Appuyés sur ces promesses, nous croyons que l’Église est infaillible dans ses décisions et dans ses oracles touchant les vérités de la foi, comme étant éclairée et dirigée par le Saint-Esprit.

On a beaucoup écrit sur les oracles depuis quelque temps ; et les savants ont été fort partagés sur cette matière. Les uns ont attribué au démon tous les oracles de l’antiquité ; d’autres les ont attribués à la friponnerie des prêtres, et d’autres enfin ont prétendu qu’il y avait des oracles de plusieurs sortes : les uns étaient des illusions et des tromperies du démon ; les autres, des effets de la friponnerie ou de la malicieuse industrie des prêtres. L’Écriture nous fournit des exemples de toutes ces sortes d’oracles. Balaam, inspiré par son propre esprit et par son avarice, et craignant de perdre la récompense que Balac, roi des Moabites, lui avait promise, inspire à ce prince le dessein diabolique de faire tomber les Israélites dans la fornication (Nombres 24.1 ; 31.16) et dans l’idolâtrie, et lui promet par là une victoire certaine, ou du moins un avantage très-considérable contre le peuple de Dieu.

Michée, fils de Jemla, prophète du Seigneur (1 Rois 22.21), dit qu’il a vu le Tout-Puissant assis sur son trône, et autour de lui toute l’armée du ciel, et le Seigneur a dit : Qui trompera Achab, roi d’Israël, afin qu’il marche contre Ramoth de Galaad et qu’il y périsse. L’un répondit d’une manière, et l’autre d’une autre. Au même temps le mauvais esprit s’est présenté devant le Seigneur, et a dit : Je le séduirai ; et le Seigneur lui a demandé : En quoi ? Satan a répondu : J’irai, et je serai un esprit trompeur dans l’esprit de tous ses prophètes ; et le Seigneur a dit : Va, tu les tromperas, et tu réussiras. Tout ce dialogue prouve distinctement deux choses : la première que le démon ne peut rien faire par ses propres forces ; et la seconde, qu’avec la permission de Dieu il peut inspirer les faux prophètes, les devins, les magiciens et leur faire proférer de faux oracles. Le nombre des faux prophètes a toujours été très-grand dans Israël. Les vrais prophètes du Seigneur invectivent continuellement contre eux. Ces séducteurs parlaient au nom du Seigneur, quoique le Seigneur ne les eût pas envoyés. Moïse (Deutéronome 13.1) suppose qu’il y aura dans Israël des devins et des faux prophètes qui prédiront l’avenir, et dont les prédictions seront suivies de l’événement. On ne peut pas douter que, parmi les autres peuples, les barbares, les idolâtres, le démon n’eût encore plus de pouvoir et un plus grand nombre de ministres. Il est donc indubitable que le démon y rendait plusieurs oracles par leurs bouches.

Béelsébuh, dieu d’Accaron, était en réputation de rendre des oracles, puisque Ocliozias, roi d’Israël, étant tombé de la plate-forme de sa maison, et s’étant blessé dangereusement (2 Rois 1.2-3), envoya consulter cette fausse divinité pour savoir s’il guérirait ou non de sa blessure. Mais Élie reçut commandement du Seigneur d’aller à la rencontre des envoiés d’Ochozias, et de leur dire : Est-ce qu’il n’y a point de Dieu dans Israël, pour aller ainsi consulter Beelsébub, dieu d’Accaron ? C’est pourquoi, voici ce que dit le Seigneur : Vous ne relèverez point du lit où vous êtes monté ; mais vous mourrez certaine ment. Voilà l’oracle du Seigneur qui prévient celui du démon.

L’idole de Bélus qu’on adorait à Babylone (Daniel 14.2) comme vivant, buvant et mangeant, rendait aussi apparemment des oracles ; du moins la chose n’était pas plus malaisée à faire croire au peuple que ce que le roi même croyait que cette idole buvait et mangeait toutes les nuits ce qu’on lui avait offert le jour.

Nous lisons que quelques familles de la tribu de Dan, cherchant à s’établir hors de leur pays, envoyèrent à la découverte pour savoir où elles pourraient trouver un lieu commode pour y demeurer (Juges 18.5-7). Ces députés passèrent chez un nommé Michas, qui avait à son service un jeune lévite qui présidait à sa chapelle domestique et consultait une figure superstitieuse qu’il avait faite. Le jeune lévite leur répondit hardiment : Allez en paix ; le Seigneur regarde votre chemin, et favorise votre entreprise. Ils allèrent et rencontrèrent heureusement ce qu’ils désiraient. Peut-on dire que ce lévite était inspiré de Dieu, et qu’il rendait un vrai oracle de sa part ? La chose n’est guère probable ; il est bien plus vraisemblable qu’il parlait par son propre esprit, ou qu’il était animé de l’esprit de mensonge.

On ne peut nier que les païens ne s’adressassent à leurs idoles pour recevoir des oracles ; ils en recevaient donc quelquefois des réponses ; car y a-t-il au monde des gens assez dépourvus de raison pour interroger ce qu’ils croiraient absolument incapable de leur répondre. Le prophète Osée (Osée 4.12) reproche aux Israélites d’avoir consulté le bois, et il reconnaît que son bâton lui a répondu : Il a consulté ses idoles de bois, et il a tiré des augures de l’avenir du mélange de quelques baguettes. Voyez (Ézéchiel 21.23). L’auteur du livre de la Sagesse (Sagesse 13.16-17) dit qu’un homme, après avoir pris de quoi se chauffer d’un bois qu’il a coupé dans la forêt, fait du reste une idole qu’il a la faiblesse de consulter sur ses affaires les plus sérieuses, et de parler à un tronc de bois travaillé qui n’est pas capable de l’écouter.

Habacuc témoigne la même chose (Habakuk 2.19) : Malheur à celui qui dit au bois : Levez-vous, et à la pierre muette, Répondez-moi ! Est-ce qu’elle pourra lui parler ? Le Psalmiste (Psaumes 113.5-134.15) dans l’endroit même où il dit que les idoles ont une bouche et ne parlent point, des oreilles et n’entendent point, etc., prouve que les païens avaient la folie de les consulter, comme si elles eussent été animées et capables de sentiment, de discourir, d’entendre et de répondre : car, comme on l’a déjà dit, des nations entières ne s’adresseront pas à une pierre pour en recevoir des réponses, à moins qu’elles n’aient quelque expérience qu’elle a quelquefois parlé.

Quant aux Hébreux, qui vivaient au milieu des peuples idolâtres accoutumés à recourir à leurs oracles, à leurs devins, à leurs magiciens, à leurs interprètes des songes, quelle tentation n’aurait-ce pas été pour eux de les imiter dans ces impiétés et ces superstitions, si Dieu n’y avait pourvu en leur donnant des voies certaines de s’instruire de l’avenir dans leurs affaires les plus pressantes, en recourant au Seigneur, à ses prêtres, à ses prophètes ? Aussi Moïse, après avoir défendu aux Israélites de consulter les magiciens, les devins, les enchanteurs, les nécromanciens, leur promet de leur envoyer un prophète de leur nation qui les instruira et leur découvrira la vérité (Deutéronome 18.10-12).

Et ces oracles de la vérité n’étaient attachés ni au temps, ni aux lieux, ni aux circonstances, ni au mérite personnel de la personne qui était consultée. Le grand prêtre, revêtu de l’éphod et du rational, répondait vrai, quel que fût le mérite de sa vie ; quelquefois même il répondait sans savoir distinctement lui-même le sujet pour lequel on le consultait : Caïphe prononce un oracle sur le sujet de Jésus-Christ, qu’il n’aimait pas et dont il désirait la perte, et un oracle qu’il n’entendait pas lui-même, en disant (Jean 11.49-50) : Il vous est expédient qu’un seul homme meure pour tout le peuple, afin que toute la nation ne périsse pas ; et le grand prêtre Achimélech, consulté par David, lui répond sans que David lui expose distinctement le sujet de son voyage (1 Samuel 21.2 ; 22.15). Michée dit que les chefs du peuple de Dieu ont souvent jugé pour des présents (Michée 3.11), les prophètes ont prophétisé pour de l’argent, les prêtres ont enseigné pour la récompense, et toutefois les prophètes ont annoncé la vérité. Au jour du jugement (Matthieu 7.22) plusieurs diront à Jésus-Christ : N’avons-nous pas prophétisé en votre nom ; n’avons-nous pas fait des prodiges en votre nom ? Et cependant il leur dira :Je ne vous connais point.

Les Pères enseignent qu’à la venue du Messie tous les oracles du paganisme ont cessé. Il est certain que depuis la prédication de l’Évangile l’empire du démon est fort affaibli, et que les oracles les plus fameux sont tombés insensiblement dans le mépris. La lumière de la foi a fait ouvrir les yeux aux païens convertis, et l’évidence des miracles des apôtres et des premiers chrétiens a décrédité les faux miracles et les impostures des prêtres des divinités païennes. Mais il faut convenir que ce silence des oracles n’est pas venu tout d’un coup, et qu’on a vu encore assez longtemps, depuis Jésus-Christ, des imposteurs débiter de prétendus oracles, et les démons en rendre dans les temples des idoles. Saint Jean, dans l’Apocalypse (Apocalypse 13.5-6, 13-15), décrivant la persétutionde l’Église, qui devait arriver sous Julien l’Apostat, parle des signes, des prodiges, des illusions que ce séducteur et ses suppôts devaient faire paraître dans le monde, pour porter les hommes à adorer l’image de la bête, et les engager dans l’idolâtrie.

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