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Élie
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Westphal

Fameux prophète, natif de la ville de Thisbé, située au delà du Jourdain, dans le pays de Galaad. Quelques-uns le font prêtre de la race d’Aaron, et lui donnent pour père un nommé Sabaca : mais ces particularités, qui ne sont point marquées dans l’Écriture, ni dans les anciens, ne sont pas d’une grande autorité. Plusieurs Pères ont cru qu’il avait gardé une virginité perpétuelle. Ce prophète fut suscité de Dieu, pour s’opposer comme un mur d’airain à l’idolâtrie, et surtout au culte de Baal, que Jézabel et Achab avaient introduit dans Israël. La première fois que l’Écriture nous parle d’Élie, elle nous le représente qui vient dire à Achab (1 Rois 17.1-2) : Vive le Seigneur le Dieu d’Israël, devant lequel je suis présentement. Il ne tombera pendant ces années ni rosée, ni pluie, que selon la parole qui sortira de ma bouche.

En même temps le Seigneur lui ordonna de se retirer au delà du Jourdain, sur le torrent de Carit. Il obéit ; et Dieu lui envoyait tous les matins et tous les soirs des corbeaux, qui lui apportaient de la chair et du pain ; et il buvait de l’eau du torrent. Mais le torrent s’étant séché, à cause de la chaleur, Dieu dit à Élie d’aller à Sarepta, ville des Sidoniens, et qu’il y trouverait une veuve qui lui donnerait à manger. Il y alla ; et lorsqu’il fut à la porte de la ville, il aperçut une femme veuve qui ramassait du bois, et lui dit : Donnez-moi un peu d’eau, afin que je boive. Et comme elle en allait quérir, Élie lui cria : Apportez-moi aussi, je vous prie, un peu de pain. Elle lui répondit : Vive le Seigneur ! je n’ai point de pain ; mais j’ai seulement autant de farine qu’il en peut tenir dans ma main, et un peu d’huile dans un petit vase. Je viens ramasser quelque bois, pour apprêter à manger à moi et à mon fils, afin que nous mangions, et après cela que nous mourions. Élie lui dit : Faites-moi auparavant un petit pain cuit sous la cendre, et apportez-le-moi ; puis vous en ferez pour votre fils : car voici ce que dit le Seigneur : La farine qui est dans le pot, ne manquera point, et l’huile qui est dans le vase, ne diminuera point, jusqu’au four que le Seigneur enverra la pluie sur la terre. La chose arriva comme il l’avait prédit, et il demeura chez cette veuve.

Quelque temps après (1 Rois 17.17), l’enfant de cette femme tomba malade, et mourut. La mère, accablée de douleur, vint trouver Élie, et lui dit : qu’y a t-il entre vous et moi, homme de Dieu ? Etes-vous venu ici pour renouveler la mémoire de mes péchés, et pour faire mourir mon fils ? Élie lui dit : Donnez-moi votre fils ; et l’ayant pris entre ses bras, il le mit sur son lit, et cria au Seigneur, pour lui demander la vie de cet enfant. Après cela, il se mit sur l’enfant par trois fois, en se mesurant à son petit corps ; et le Seigneur exauça la voix du prophète, et rendit la vie à l’enfant.

Trois ans après, le Seigneur ordonna à Élie d’aller trouver Achab, roi d’Israël (1 Rois 18.1-2) Cependant comme la famine était extrême à Samarie, Achab envoya par tout le pais de ses gens, pour chercher quelque lieu ou l’un pourrait trouver du fourrage pour nourrir les animaux. Abdias, un des officiers de la maison du roi, étant occupé à cette recherche, Élie se présenta devant lui, et lui dit d’aller dire à Achab : Voici Élie. Abdias s’en défendit, disant : Quand je vous aurai quitté, l’Esprit du Seigneur vous transportera en quelque lieu inconnu ; et quand Achab ne vous trouvera pas, il me fera mourir. Élie lui dit : Vive le Seigneur ! je me présenterai aujourd’hui devant Achab. Abdias alla donc aussitôt avertir, le roi, qui vint incontinent après trouver Élie ; et en l’abordant, il lui dit : N’êtes-vous pas celui qui trouble tout Israël ? Élie lui répondit : Ce n’est pas moi qui ai troublé Israël ; c’est vous-même, et la maison de votre père, lorsque vous avez abandonné les commandements du Seigneur, et que vous avez suivi Baal. Maintenant donc assemblez tout Israël sur le mont Carmel, et amenez-y les quatre cent cinquante prophètes de Baal, avec les quatre cents prophètes d’Astarté, que Jézabel nourrit de sa table ; et nous verrons qui est celui de vous ou de moi, dont la religion est la véritable.

Achab assembla donc et le peuple d’Israël, et les faux prophètes de Baal et d’Astarté, sur le mont Carmel et Élie leur dit : Jusqu’à quand serez-vous comme un homme qui boite des deux côtés ? Si le Seigneur est Dieu, suivez-le ; et si c’est Baal, ne suivez que lui. Le peuple ne répondit pas un seul mot. Élie ajouta : Je suis seul du parti du Seigneur, et les prophètes de Baal sont au nombre de quatre cent cinquante ; qu’on nous donne des bœufs ; ils en immoleront un, et moi l’autre. Le bœuf sur qui le feu du Ciel descendra, fera voir que le vrai Dieu est celui auquel il est immolé. La proposition fut agréée du peuple. Les prophètes de Baal dressèrent leur autel, immolèrent leur bœuf, le mirent sur l’autel, et commencèrent à invoquer leurs dieux. Et comme Baal était sourd à leur voix, ils sautaient par-dessus l’autel, et se faisaient des incisions à leur manière, criant de toute leur force. Cependant Élie leur insultait, en disant : Criez plus haut ; car Baal est peut-être endormi, ou en chemin, et il ne vous entend pas.

Mais enfin l’heure du midi étant passée, Élie appela le peuple, rétablit en leur présence l’autel du Seigneur, qui était ruiné, prit douze pierres, en mémoire des douze tribus d’Israël, et en bâtit un nouvel autel. Il fit une rigole et comme deux sillons tout autour, prépara le bois, coupa le bœuf par morceaux, le mit sur l’autel, répandit jusqu’à trois fois beaucoup d’eau par-dessus le bois et l’holocauste ; en sorte que les eaux coulaient autour de l’autel, et que la rigole en était pleine : Après cela, invoquant le Seigneur, il le pria de déclarer par un miracle qu’il était le seul vrai Dieu. En même temps le feu du Seigneur tomba sur l’autel, et dévora le bois, l’holocauste, les pierres et la poussière même du lieu. Alors tout le peuple se jetant le visage contre terre, s’écria : C’est le Seigneur qui est le vrai Dieu. En même temps Élie dit au peuple : Prenez tous les faux prophètes de Baal, et qu’il n’en échappe pas un seul. On les prit, on les mena au bas de la montagne, sur le torrent de Cison, et on les y fit tous mourir.

Élie dit ensuite à Achab : Allez, mangez et buvez ; car j’entends le bruit d’une grande pluie. Il n’y avait alors nulle apparence de pluie : mais le prophète savait qu’il en devait tomber le même jour une très-grande quantité. Élie monta sur le sommet du Carmel, et se penchant par terre, il mit la tête entre ses genoux, et il dit à son serviteur : Allez du côté de la mer, et regardez si vous voyez quelque chose. Il y alla six fois, sans rien voir : mais la septième fois, il lui vint dire qu’il voyait un nuage qui s’élevait de la mer, grand comme le pied d’un homme. Élie dit donc à son serviteur ; Allez dire à Achab de faire mettre les chevaux à son char, de peur que la pluie ne le surprenne. Le roi monta sur son char, et prit la route de Jezrael. Élie de son côté se ceignit et se mit à courir devant le char d’Achab ; et la pluie tomba en grande quantité.

Jézabel, femme d’Achab, ayant su qu’Élie avait fait mourir tous les prophètes de ses dieux (1 Rois 19) envoya dire à Élie que le lendemain elle lui ferait perdre la vie. Ce prophète prit la fuite et alla jusqu’à Bersabée, au midi de la tribu de Juda. Y étant arrivé, il renvoya son serviteur, et s’avançant de plus en plus dans l’Arabie Pétrée, il marcha tout le jour ; et sur le soir, étant accablé de fatigue, il se coucha sous un genièvre, et pria Dieu de le tirer du monde. En même temps un ange le toucha, et lui dit : Levez-vous, et mangez. Il se leva ; et regardant auprès de sa tête, il vit un pain cuit sous la cendre, et un vase d’eau. Il mangea donc, et but. Il se recoucha, et dormit. Le lendemain l’ange l’éveilla encore, et lui dit : Levez-vous, et mangez ; car il vous reste un grand chemin à faire. Il se leva, mangea et but ; et, fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à Horeb, la montagne de Dieu.

Étant arrivé là, il se mit dans une caverne, où il demeura. Et le Seigneur lui dit : Que faites-vous là, Élie ? Il répondit : Je brûle de zèle pour vous, Seigneur, Dieu des armées ; parce que les enfants d’Israël ont abandonné votre alliance, ils ont détruit vos autels, ils ont tué vos prophètes ; et étant demeuré seul, ils cherchent encore à m’ôter la vie. Le Seigneur lui dit : Sortez et demeurez à l’entrée de votre caverne sur la montagne. Lorsqu’il y fut, le Seigneur lui fit entendre un grand vent qui passait par là : mais le Seigneur n’était point dans ce vent impétueux. Après cela, la terre trembla : mais le Seigneur n’était pas dans ce tremblement. Ensuite il passa un feu ; le Seigneur n’était point aussi dans ce feu. Après le feu, on entendit le souffle d’un petit vent, qui était le symbole de la présence du Seigneur. À ce moment, Élie se jeta la face contre terre, et se couvrit le visage de son manteau. Le Seigneur lui demanda, comme il avait fait d’abord : Que faites-vous là, Élie ? Il répondit : Je suis brûlé de zèle, parce que les enfants d’Israël ont violé votre alliance, ils ont renversé vos autels, tué vos prophètes pur l’épée ; et étant demeuré seul, ils cherchent encore à m’ôter la vie.

Le Seigneur lui dit : Retournez par le chemin par où vous êtes venu, et allez par 16 désert vers Damas ; et lorsque vous y serez arrivé, vous oindrez Hazael, pour être roi de Syrie ; vous oindrez aussi Jéhu, fils de Namsi, pour être roi d’Israël ; et vous donnerez l’onction à Élisée, fils de Saphat, pour être prophète en votre place. Quiconque aura échappé a l’épée d’Hazael, sera tué par Jéhu ; et quiconque aura échappé à l’épée de Jéhu, sera tué par Élisée. Au reste, ne croyez pas que vous soyez seul demeuré fidèle à mon alliance ; je me suis réservé dans Israël sept mille hommes, qui n’ont point fléchi le genou devant Baal, qui ne l’ont point adoré, cm portant leur main à leur bouche pour la baiser.

Élie étant donc parti du mont Horeb, vint dans la tribu d’Ephrem, près d’Abel-Meüla ; et ayant trouvé Élisée qui labourait avec douze paires de bœufs, il lui mit son manteau sur les épaules, et lui déclara la volonté de Dieu, qui l’appelait au ministère de la prophétie. Élisée aussitôt quitta ses bœufs, courut après Élie, et lui dit : Permettez-moi, je vous prie, que j’aille embrasser mon père et ma mère ; et après cela, je vous suivrai. Élie lui répondit : Allez, et revenez ; car pour moi, j’ai fait ce que j’avais à faire.

Quelques années après, Achab ayant pris la vigne de Naboth, et Jézabel ayant fait condamner injustement à mort ce bon Israélite (1 Rois 21.1-3), ainsi qu’on le dira sous l’article de Naboth, le Seigneur ordonna à Élie d’aller trouver Achab, et de lui reprocher le crime qu’il venait de commettre (1 Rois 21.17-18). Élie vint donc au-devant de ce prince, qui allait dans la vigne de Naboth, pour en prendre possession, et il lui dit : Vous l’avez donc tué, et vous vous êtes emparé de sa vigne ? Voici ce que dit le Seigneur : En ce même lieu où les chiens ont léché le sang de Naboth, ils lécheront aussi votre sang. Achab dit à Élie : En quoi avez-vous trouvé que je me déclarasse votre ennemi ? Élie répondit : En ce que vous êtes vendu pour faire le mal aux yeux du Seigneur. Je vais vous accabler de malheurs ; je vous retrancherai, vous et toute votre postérité, de dessus la terre ; je rendrai votre maison comme celle de Jéroboam, fils de Nabat, et comme la maison de Baasa, fils d’Ahia ; parce que vous avez fait pécher Israël. Et voici l’arrêt que le Seigneur a prononcé contre Jézabel : Les chiens mangeront Jézabel dans la campagne de Jezrahel. Si Achab meurt dans la ville, il sera mangé par les chiens ; et s’il meurt dans les champs, il sera mangé par les oiseaux du ciel.

Achab, ayant entendu ces paroles, déchira ses vêtements, couvrit sa chair d’un cilice, jeûna, se coucha dans le sac, et marcha ayant la tête baissée. Alors le Seigneur dit à Élie : N’avez-vous pas vu Achab humilié devant moi ? Puis donc qu’il s’est humilié devant moi, je ne ferai point tomber sur lui, pendant qu’il vivra, les maux dont je l’ai menacé ; mais sous le règne de son fils, je les ferai fondre sur sa maison.

Ochosias [fils d’Achab], roi d’Israël, étant tombé de la plate-forme de sa maison (2 Rois 1.3), et s’étant blessé dangereusement, envoya de ses gens consulter Béel-sébub, Dieu d’Accaron, pour savoir s’il relèverait de sa maladie. Mais l’ange du Seigneur parla à Élie, et lui dit d’aller au-devant des gens du roi de Samarie, et de leur dire : Est-ce qu’il n’y a point de Dieu dans Israël, que vous consultez ainsi le Dieu d’Accaron ? C’est pourquoi voici ce que dit le Seigneur : Vous ne relèverez point du lit où vous êtes ; mais vous mourrez très-certainement. Après cela, Élie s’en alla. Ceux qui avaient été envoyés par Ochosias, étant retournés, ils lui racontèrent ce qui leur était arrivé, et qu’un inconnu leur avait dit qu’il mourrait très-certainement. Le roi leur demanda comment était fait celui qui leur avait parlé. Ils répondirent : C’est un homme couvert de poil, qui est ceint sur les reins d’une ceinture de cuir. À ces marques, Ochosias reconnut que c’était Élie.

Aussitôt il envoya vers lui un capitaine de cinquante hommes avec ses soldats. Cet officier étant monté vers Élie qui était assis sur une haute montagne, lui dit : Homme de Dieu, le roi vous commande de descendre. Élie lui répondit : Si je suis homme de Dieu, que le feu descende du ciel, et vous dévore avec vos cinquante hommes. La parole du prophète fut aussitôt suivie de l’effet. Le capitaine fut consumé du feu du ciel avec toute sa compagnie. Le roi en ayant encore envoyé un autre, il fut consumé de même. Enfin un troisième étant venu vers Élie, se jeta aux pieds du prophète, et le conjura de lui sauver la vie, et à ses gens. Alors l’ange du Seigneur dit à Élie de descendre avec lui. Il descendit donc, et le suivit ; et étant devant le roi, il lui répéta ce qu’il avait déjà dit à ses gens, qu’il ne relèverait point de cette maladie : et en effet il mourut peu de temps après.

Élie, ayant appris par révélation, que Dieu devait bientôt le transporter hors de ce monde, voulut cacher le miracle de ce transport àÉlisée, a son compagnon inséparable (2 Rois 2.1-3). Mais Dieu l’avait découvert non-seulement à Élisée, mais aussi aux autres prophètes de Béthel et de Jéricho. Élie dit donc à Élisée : Demeurez ici, parce que le Seigneur m’a envoyé à Béthel. Élisée lui répondit : Vive le Seigneur ! je ne vous abandonnerai point. Lorsqu’ils furent à Béthel, Élie lui dit : Demeurez ici, parce que le Seigneur m’a envoyé à Jéricho. Mais Élisée lui répondit qu’il nele quitterait point. Étant à Jéricho, il dit à Élisée d’y demeurer, parce que le Seigneur l’envoyait vers le Jourdain. Mais Élisée lui jura, comme il avait fait auparavant, qu’il ne se séparerait point de lui. Ils allèrent donc ensemble vers le Jourdain, et cinquante des enfants des prophètes les suivirent de loin. Élie et Élisée étant arrivés sur le bord du fleuve, Élie prit son manteau, et l’ayant plié, il en frappa les eaux, qui se divisèrent en deux parts ; et ils passèrent tous deux à sec.

Lorsqu’ils furent passés, Élie dit à Élisée : Que voulez-vous que je vous donne, avant que je sois enlevé d’avec vous ? Élisée lui dit : Je vous prie que votre double esprit repose sur moi ; c’est-à-dire, obtenez-moi de Dieu le don de prophétie dans la même mesure que vous le possédez. Le double peut marquer le semblable. Ou : Donnez-moi le double lot dans votre succession, le double de votre esprit ; le don de prophétie et celui des miracles, au double de ce que vous en possédez. Ou enfin le double peut marquer l’abondance, comme dans ces passages (Isaïe 40.2) : Il a reçu le double de la main de Dieu : et (Jérémie 17.18) : Affligez-les d’une double douleur.

Élie lui répondit : Vous me demandez une chose bien difficile. Néanmoins, si vous m voyez, lorsque je serai enlevé d’avec vous, vous aurez ce que vous avez demandé : mais si vous ne me voyez point, vous ne l’aurez pas. Lorsqu’ils continuaient leur chemin, un char de feu et des chevaux de feu les séparèrent tout d’un coup l’un de l’autre, et Élie monta au ciel, élevé dans un tourbillon. En même temps, Élisée s’écria : Mon père, mon père, qui êtes le chariot d’Israël et son conducteur. Après cela, il ne le vit plus ; et ramassant le manteau qu’Élie avait laissé tomber en montant, il s’en revint au bord du Jourdain, prit le manteau d’Élie, en frappa les eaux du fleuve, qui du premier coup ne furent pas divisées : mais ensuile les ayant frappées une seconde fois, elles se partagèrent, et il passa au travers.

Alors les prophètes de Jéricho et des environs reconnurent que l’esprit d’Élie s’était reposé sur Élisée ; et venant au-devant de lui, ils le prièrent de trouver bon que l’on envoyât cinquante hommes robustes, pour chercher Élie, croyant que l’esprit de Dieu l’aurait peut-être jeté dans quelque lieu désert et écarté. Élisée leur dit que cela était inutile. Ils ne laissèrent pas d’y aller : mais ils revinrent, après l’avoir cherché inutilement pendant trois jours. Cela arriva l’an du monde 3108 ; avant la naissance de Jésus-Christ 892 ; avant l’ère vulgaire 896.

Huit ans après l’enlèvement d’Élie, on apporta à Joram, roi de Juda, des lettres du prophète Élie (2 Chroniques 21.12) où il était écrit : Voici ce que dit le Seigneur, le Dieu de votre père David : Parce que vous n’avez point marché dans les voies de votre père Josaphat, ni dans celles d’Asa, rois de Juda, mais que vous avez suivi l’exemple des rois d’Israël, et que vous avez fait tomber Juda et Jérusalem dans la fornication de la maison d’Achab, et que de plus, vous avez fait tuer vos frères, de la maison de votre père, et qui étaient meilleurs que vous ; le Seigneur va aussi vous frapper d’une grande plaie, vous et votre peuple, vos enfants, vos femmes et tout ce qui vous appartient. Vous serez frappé d’une dyssenterie longue et maligne, qui vous fera jeter peu à peu vos entrailles.

Il y en a qui croient que cette lettre fut écrite du lieu où est à présent le prophète Élie : d’autres, qu’elle avait été écrite avant le transport du prophète ; et d’autres, que ceci n’arriva qu’en songe au roi Joram. On voyait autrefois un livre intitulé : La Prophétie, ou l’Apocalypse, ou l’Ascension d’Élie, d’où l’on croyait que saint Paul avait tiré ces paroles qu’il cite (1 Corinthiens 2.9) : L’œil n’a point vu, l’oreille n’a point entendu, et le cœur de l’homme n’a point compris ce que Dieu a préparé à ceux qui l’aiment. Les rabbins dans leur Seder olam, ou la Suite des siècles, disent qu’Élie est à présent occupé à écrire les actes et les événements de tous les âges du monde.

On croit qu’Élie et Énoch sont encore aujourd’hui en vie, et qu’ils doivent venir à la fin du monde, pour combattre contre l’Antechrist. Les Juifs et les Chrétiens ont embrassé ce sentiment ; et on explique d’ordinaire de cet avénement ces paroles de l’Apocalypse (Apocalypse 11.3) : Je susciterai mes deux témoins, et ils prophétiseront couverts de sacs, pendant mille deux cent soixante jours.

Enfin les Juifs attribuent à un certain Élie, que quelques-uns ont pris pour le prophète Élie, dont nous venons de parler, une fameuse prophétie qui porte : C’est une tradition de la maison d’Élie, que le monde durera six mille ans ; savoir, deux mille sans loi, deux mille sous la loi, et deux mille sous le Messie. Mais les années du Messie qui sont écoulées, sans qu’il ait paru, se sont écoulées à cause de nos péchés. Il y a beaucoup plus d’apparence que cette tradition vient d’un Élie plus récent qu’Elfe de Thesbé ; de même que trois livres dont on nous parle, et qui sont intitulés : 1. Le Grand Ordre d’Élie ; 2. Le Petit Ordre d’Élie ; et 3. La Caverne d’Élie.

L’auteur de l’Ecclésiastique (Ecclésiaste 48.1) a consacré un éloge à la mémoire d’Élie, ou il fait le précis de sa vie, et où il donne son vrai caractère : Élie s’est élevé comme un feu, et ses paroles brûlaient comme un flambeau ardent. Il frappa le peuple de famine, et il le réduisit à un petit nombre. Par la parole du Seigneur, il ferma le ciel, et il fit tomber le feu par trois fois. Quelle gloire, Ô Élie, vous êtes-vous acquise par vos miracles, qui, par la parole du Seigneur, avez fait sortir un mort des enfers, et l’avez arraché à la mort ! (Il parle du fils de la veuve de Sarepta). Vous avez fait tomber les rois dans le dernier malheur, et vous les avez fait descendre de leur lit dans le tombeau (Il entend Achab, Ochosias, Jézabel, à qui il a prédit les derniers malheurs). Vous qui entendez sur le mont Sina le jugement du Seigneur, et sur le mont Horeb les arrêts de sa vengeance. Vous qui oignez les rois pour la vengeance (Jéhu et Hazael) et qui prenez des prophètes, pour les laisser pour vos successeurs après vous (Élisée fut le successeur d’Élie). Vous qui avez été enlevé au ciel dans un tourbillon de feu et dans un char freiné par des chevaux ardents. Vous qui avez été destiné pour adoucir la colère du Seigneur par les jugements que vous exercerez au temps prescrit, pour réunir les cœurs des pères à leurs enfants et pour rétablir les tribus d’Israël.

L’Ecclésiastique, en cet endroit, fait allusion à ce passage de Malachie (Malachie 4.6) : Je vous enverrai le prophète Élie avant le grand et terrible jour du Seigneur, et il convertira le cœur des pères envers leurs fils, et le cœur des fils envers leurs pères ; de peur que je ne vienne, et que je ne frappe la terre d’anathème.

C’est ce qui doit s’exécuter à la fin des siècles, avant le jugeaient dernier. Mais le Sauveur, dans l’Évangile (Matthieu 11.14 ; 17.10-12), nous avertit que le prophète Élie est déjà venu en esprit dans la personne de saint Jean-Baptiste ; et les évangélistes nous apprennent (Matthieu 17.3-4 Marc 9.3 Luc 9.30) que, dans la transfiguration du Sauveur, Élie et Moïse parurent et s’entretinrent avec lui touchant sa passion future [Le ministère d’Élie et de son successeur Élisée, dit un auteur, offre le dernier et le plus puissant effort de la Providence pour sauver les dix tribus et les retirer des ténèbres croissantes de l’idolâtrie. Aussi, Élie est, après Moïse, le plus grand prophète de l’économie de la loi. Son origine, comme celle de Melchisédech, est perdue. Tout est mystérieux et sublime dans son histoire, et, pour en bien juger, il faut, avant tout, se transporter au siècle où il a vécu. C’était le temps que le nom de Dieu a été le plus mis en oubli ; Achab et Jézabel avaient formé le dessein de ruiner à jamais le culte du Seigneur, et d’établir à sa place celui de Baal. Le royaume de Juda, plus heureux sous Josaphat, était aussi plus fidèle, et c’était le royaume des dix tribus qui avait le plus besoin d’oracles ; aussi est-il à remarquer qu’Élie, si nous possédons toute son histoire, n’a jamais mis le pied dans Jérusalem. À quel excès d’infidélité devaient être descendues les dix tribus, puisque Dieu même est obligé de dire à son prophète qu’il lui reste des serviteurs ! Pour combattre les exemples et les fureurs d’Achab, pour retirer Israël des ténèbres de plus en plus profondes de l’idolâtrie, il fallait un homme tel qu’Élie, animé d’un zèle aussi ardent, revêtu d’un pouvoir aussi extraordinaire, et Dieu, qui mesure ses secours sur les besoins de ses entants, lui a départi des dons qui l’élèvent au second rang parmi les prophètes ; si cette génération avait pu être convertie, Élie l’aurait régénérée.

Que si l’on reprend un à un les prodiges de son histoire pour en discuter la sagesse ou la vérité, on reconnaît que tous se tiennent, et qu’on doit les admettre ou les nier ensemble. Ils sont tous d’un genre tellement divin, s’il est permis de parler ainsi, que l’on ne peut accuser Élie d’artifices ou de déceptions ; ce n’est pas ainsi que l’on trompe. La ressource reste d’accuser l’historien de mensonge ; mais qui peut lire avec bonne foi ces récits sans y voir le cachet de la vérité ? Les tableaux du séjour d’Élie chez la veuve de Sarepta, de l’épreuve offerte aux prêtres de Baal, des phénomènes magnifiques dont Horeb fut le théâtre, sont tracés avec une sublimité si naïve et si simple, que la foi naît de l’admiration, et qu’un esprit sincère ne peut s’empêcher de dire comme le peuple : C’est l’Éternel qui est Dieu. »

Plusieurs Juifs ont cru qu’Élie était le même que Phinées, fils d’Eléazar et petit-fils d’Aaron, à cause du grand zèle que l’un et l’autre ont témoigné pour la gloire de Dieu ; opinion qui est fondée sur le dogme de la métempsycose, qui est commune parmi les mahométans, parmi plusieurs Juifs, et même parmi quelques chrétiens orientaux ; mais on sait que Phinées a vécu plusieurs siècles avant Élie.

Enfin plusieurs Juifs, du temps de Notre-Seigneur, croyaient qu’Élie était ressuscité en sa personne, ou que l’âme d’Élie était passée dans le corps de Jésus-Christ (Matthieu 16.14 Marc 6.15 Luc 9.8).

Les musulmans racontent qu’un nommé Khéder, ou Khizir, général des troupes d’Alexandre, différent d’Alexandre le Grand, et plus ancien que lui, eut le bonheur de trouver la fontaine de vie qu’Alexandre avait longtemps cherchée inutilement. Khéder en but à longs traits, et devint par là immortel. On lui donne le nom de Khéder, qui signifie verdoyant, à cause que depuis ce temps il jouit d’une vie florissante et immortelle. Kbéder est selon eux Élie, qui vit dans un lieu de retraite, dans un jardin délicieux où coule la fontaine de vie, et où se trouve l’arbre de vie, par le moyen duquel il entretient son immortalité : c’est là où il attend le second avènement de Jésus-Christ, auquel Élie doit de nouveau paraître dans le monde.

Les mages de Perse prétendent que Zoroastre leur maître a été un des disciples du prophète Élie ; du moins qup leurs ancêtres ont été instruits par les disciples des deux prophètes Élie et Élisée. Cette fiction est fondée sur ce qu’Élie fit tomber le feu du ciel (1 Rois 18.24 2 Rois 1.10-12), et sur ce qu’il fut enlevé sur un chariot de feu (2 Rois 2.11 Ecclésiaste 48.9), élément que les disciples de Zoroastre regardent comme le principal objet de leur culte. [N’est-ce qu’une fiction ? c’est une tradition qui constate que Zoroastre est venu dans le pays d’Israël, et qu’il en a emporté des connaissances dont on retrouve des traces dans la religion, la philosophie et les traditions de la Perse].