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Dathema
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Westphal

Ou Datiman, forteresse du pays de Galaad, où les Juifs de delà le Jourdain se retirèrent, et où ils soutinrent l’effort de Timothée, en attendant que Judas Machabée les vint délivrer (1 Machabées 5). On ignore la vraie situation de cette forteresse, mais cela ne fait rien quant à l’histoire de ce qui s’y passa. Avant la captivité de Babylone, et sur le déclin de la monarchie des royaumes de Juda et d’Israël, les nations qui étaient dans le pays de Galaad, c’est-à-dire, les Arabes, les Ammonites et les Moabites s’assemblèrent pour exterminer les Juifs de leur pays (1 Machabées 5.9) car depuis l’édit d’Antiochus, qui les obligeait à quitter leur religion, tous les peuples leurs voisins et leurs ennemis, se crurent tout permis à leur égard, ils se joignirent même aux troupes d’Antiochus pour leur faire la guerre : mais les Juifs, informés de leur dessein, se retirèrent dans la forteresse de Datheman. Aussitôt ils envoyèrent des lettres à Judas Machabée et à ses frères, pour leur faire savoir l’état où ils se trouvaient réduits, et leur demander un prompt secours. Dans le temps qu’ils lisaient ces lettres, il leur vint de pareilles nouvelles de la part des Juifs de Galilée ; alors Judas fit assembler tout le peuple, pour délibérer sur ce qu’il y avait à faire dans ces conjonctures. Il fut résolu que Judas et Jonathas, son frère, passeraient le Jourdain, pour aller secourirceux qui étaient dans le pays de Galaad ; et que Simon, leur autre frère, irait en Galilée, pour délivrer leurs frères, qui y étaient menacés d’une perte entière. Ils laissèrent dans la Judée, pour la garde du pays, Joseph et Azarias, avec défense de combattre jusqu’à leur retour.

Simon étant donc allé dans la Galilée, livra plusieurs combats aux nations ennemies, qui furent défaites et s’enfuirent devant lui ; et il les poursuivit jusqu’à la porte de Ptolémaïde, leur tua environ trois mille hommes, et remporta de riches dépouilles (1 Machabées 5.21-22).

Judas Machabée, de son côté, et Jonathas, son frère, ayant passé le Jourdain, apparemment à Bethsan, marchèrent trois jours dans les déserts ; et les Nabathéens, peuples Arabes qui n’étaient point entrés dans le complot de ceux qui voulaient faire main-basse sur les Juifs, vinrent au devant d’eux avec amitié, et en ayant été reçus dans un esprit de paix, ils leur racontèrent tout ce qui se passait au sujet de leurs frères de Galaad, qui s ;étaient renfermés dans les villes les plus fortes, où les ennemis les tenaient encore assiégés, et avaient résolu de faire marcher le lendemain leur armée, pour les perdre tous en un même jour (1 Machabées 5.27).

Judas ayant reçu cet avis, partit aussitôt avec son armée contre Bosor, surprit la ville, la brûla, fit passer au fil de l’épée tous les mâles qu’il y trouva, et enleva tout le butin. De là il marcha toute la nuit pour se rendre à la forteresse de Datheman, et il arriva au point du jour dans le moment que l’attaque commençait avec de grands cris de part et d’autre, et que les ennemis montaient à l’assaut avec un grand nombre d’échelles et de machines. Alors Judas partagea son armée en trois corps, s’avança contre les ennemis en ordre de bataille, et lorsqu’il fut à portée, ses troupes firent retentir leurs trompettes, et poussèrent des cris vers le ciel en invoquant le secours de Dieu. Les soldats de Timothée reconnurent aussitôt que c’etait Judas Machabée ; ils quittèrent l’attaque de Dathernan, et prirent la fuite. Judas les poursuivit, en fit un fort grand carnage, et il en demeura ce jour-là près de huit mille sur la place.

Observations sur l’escalade de Dalheman par Timothée, et sur le secours de cette forteresse par Judas Machabée.

L’insulte des villes par escalade est, je crois, aussi ancienne que leurs fortifications, et toutes les machines que l’industrie a pu inventer pour s’en rendre maître, sont venues longtemps après. Il est vrai qu’on les ad’abord bloquées avant que l’on pensât à les escalader, et souvent l’on s’en tenait au blocus, lorsque les murs de la ville se trouvaient à l’abri de ces sortes d’entreprises par leur hauteur extraordinaire. Les attaques d’emblée et par escalade chez les Hébreux, étaient ordinairement en vironnantes, ils y joignaient quelquefois la sape et l’enfoncement des portes, pour faire diversion des forces de l’ennemi, Les Grecs et les Romains observaient aussi cette méthode ; toute l’armée donnait en même temps et la cavalerie même y avait part. Dès que l’armée était arrivée devant une place, l’infanterie l’environnait de toutes parts ; les frondeurs et les archers formaient une seconde-ligne derrière les soldats pesamment armés, qui étaient commandés pour l’escalade, et la cavalerie formait une troisième ligne qui environnait les deux autres.

Ces trois lignes, ainsi disposées à une certaine distance, formaient chacune un cercle autour de la ville, et à mesure qu’elles en approchaient, le cercle devenait toujours plus petit, de sorte qu’il ne restait aucun intervalle dès qu’on était arrivé sur le bord du fossé, qui devait être à sec pour ces sortes d’entreprises ; les archers et les frondeurs faisaient pleuvoir une grêle de flèches et de pierres sur ceux qui paraissaient aux défenses des murailles, pendant qu’on distribuait les échelles aux soldats pesamment armés, qui descendaient en hâte dans le fossé, s’avançaient au pied des murs, y appliquaient les échelles, et tâchaient de gagner le haut. Les Romains appelaient cette façon d’attaquer, corona capere, mais sûrement ils ne sont pas les premiers qui aient attaqué de la sorte non plus que les Grecs ; les peuplesde l’Asie observaient cette méthode, avant qu’ils fussent connus dans le monde. Ce qu’ils appelaient tortue d’hommes, était connu et pratiqué des Hébreux dans les attaques brusques et d’emblée ; c’est-à-dire, que les soldats se couvrant de leurs boucliers qu’ils élevaient sur leur tête, et serrant leurs rangs et leurs files, s’avançaient au pied des murailles, sans crainte des pierres et des feux qu’on jetait d’en haut, et qui coulaient par dessus eux. M. de Brébœuf l’a fort bien expliqué dans la Pharsale :

Et joignant de concert leurs écus en tortue,

Les Romains vont couverts jusqu’au pied des remparts,

Et laissent derrière eux les cailloux et les dards.

Cette tortue n’est pas si clairement expliquée dans les Livres sacrés ; mais on s’aperçoit assez que les Hébreux ne l’ignoraient pas. Ceci me paraît suffisant pour mettre le lecteur au fait de ces sortes d’attaques ; venons présentement à l’action de Judas Machabée.

Cette entreprise de Judas contre Timothée est digne d’un aussi grand capitaine qu’il était ; il ne va pas chercher un ennemi dégagé de tout embarras, et seulement campé devant la place, il prend mieux son temps, il attend que Timothée ait attaché l’escalade aux murs de la ville avec toutes ses forces, et qu’il n’ait rien à lui opposer, afin de pouvoir le surprendre et l’attaquer au moment que sots armée se trouvant divisée, elle ne puisse avoir le temps de se réunir, et de se mettre en bataille pour lui résister. Judas sentait son armée trop faible pour en venir à une action générale et à découvert ; son industrie lui fait naître un expédient qui l’assure du succès de son entreprise ; pour mieux tromper son ennemi, il fit marcher son armée vers le désert de Bosor, et surprit la ville tout d’un coup (1 Machabées 5.30). Timothée, informé que Judas tirait de ce côté-là, crut sans doute qu’il avait du temps de reste pour prendre Datheman par escalade, et ensuite aller secourir Bosor ; mais il se trompa, cette ville fut prise sur-le-champ. Après cette expédition, Judas fit marcher son armée pendant toute la nuit au secours de Datheman avec tant de secret et de diligence, qu’il y arrive, et au point du jour, levant les yeux, dit l’Écriture (1 Machabées 5.30), ils aperçurent une troupe innombrable de gens qui portaient des échelles et des machines, pour se saisir de cette forteresse, et prendre ceux de dedans. Il arriva justement au moment favorable qu’il souhaitait, c’est-à-dire lorsque l’attaque était déjà commencée ; dans une telle surprise on ne sait comment s’y prendre, il faut donner ses ordres, abandonner une attaque, rassembler ses troupes qui environnent une ville, les mettre en bataille : tout cela ne se fait pas en un instant : Timothée se trouva dans cet embarras, ayant l’ennemi sur les bras, et dans son camp même.

L’auteur sacré nous donne l’ordre sur lequel Judas combattit (1 Machabées 5.33) : Il marcha eh trois corps derrière les ennemis. Ils firent en mètre temps retentir les trompettes, et poussèrent des cris vers Dieu dans leur prière ils joignirent à la surprise de leurs ennemis, la valeur, la bonne conduite, et le recours à celui qui est le Dieu des armées, et il les exauça ; au lieu que Joseph et Azarias, que l’on avait laissés pour garder le pays, par envie des heureux succès de leurs frères, ayant, contre les ordres, fait marcher leurs troupes vers Jamnia (1 Machabées 5.38), furent battus par Gorgias, qui sortit de la ville au-devant d’eux, et les mit en fuite : ainsi leur désobéissance et leur témérité furent justement punies, et firent voir que le succès des guerres saintes ne dépend ni du courage ni du grand nombre, Dieu seul en est l’auteur, et il n’approuve point les dispositions criminelles de ceux qui se portent même aux choses de religion, par des motifs de gloire et de vanité.