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Dor
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Westphal

Ou Dora, capitale d’une contrée de la terre de Chanaan, nommée, dans l’hébreu, Nephath-dor. Josué la conquit, et en tua le roi (Josué 12.23). Il donna la ville de Dor à la demi-tribu de Manassé de deçà le Jourdain (Josué 17.11). Cette ville est située sur la Méditerranée, avec un assez mauvais port ; elle est placée entre Césarée de Palestine et le mont Carmel, à neuf milles, ou trois lieues de Césarée. Elle est souvent attribuée à la Phénicie. Antiochus Sidétès y assiègea Tryphon, usurpateur du royaume de Syrie (1 Machabées 15.11).

Quelques jeunes gens de la ville de Dor, ayant, de leur propre mouvement, et sans le consentement des magistrats, placé une statue de l’empereur dans la synagogue que les Juifs avaient dans cette ville, le roi Agrippa, en ayant été informé, alla aussitôt trouver Pétrone, gouverneur de la province, lui porta ses plaintes contre l’entreprise de ceux de Dor, présenta à Pétrone les ordonnances des empereurs, qui avaient accordé aux Juifs dans toute l’étendue de l’empire, non-seulement le libre exercice de leur religion et de leurs lois, mais aussi le droit de bourgeoisie, et le pria de réprimer l’insolence de ceux de Dor, et de les obliger d’ôter la statue de l’empereur du lieu où ils l’avaient mise. Pétrone écrivit sur cela une lettre très-forte aux magistrats de cette ville, leur ordonna de lui envoyer les auteurs de cette innovation, et de prendre garde qu’à l’avenir il n’arrivât rien de pareil ; que l’on ne cherchât aux Juifs aucune occasion de querelle, et qu’on laissât à chacun la liberté d’adorer Dieu selon ses rites.

La ville de Dor, qui occupait un rang distingué parmi les villes de Chanaan, n’est plus qu’un village nommé Tantoura. On distingue encore, dit M. Poujoulat, sur une pointe de terre, les restes d’une forteresse ou d’une ville qui existait encore au temps des croisades, et que les chroniques du temps appellent Mina.

Le village de Tantoura est situé sur le bord de la mer ; il y a là une espèce de port dans lequel on ne peut entrer sans danger. La côte n’offre aucun abri, aucun refuge aux navigateurs. Les peuples de ces rivages n’ont longtemps vécu que des dépouilles des naufragés, et tandis que les Arabes vagabonds attendaient le voyageur égaré dans le désert, ceux qui habitaient les côtes attendaient les navires battus par la tempête ; ainsi vivaient naguère les Arabes de Tantoura, et ce n’est que depuis un siècle qu’ils se sont mis à cultiver la terre, lui est dans ce pays d’une très-grande fécondité.

Le village, composé d’une soixantaine de maisons, ne ressemble point aux villages que nous avons vus en Turquie… Nous avons eu tout le temps de le parcourir, ainsi que les environs… Toutes les habitations sont à-peu-près construites sur le même plan ; leur intérieur, qui n’est qu’un réduit étroit et voûté, ne ressemble pas mal au dedans d’un four. Au milieu de chaque cabane est un tronc d’arbre qui en soutient la voûte ; ce sont partout les formes arrondies de l’architecture arabe, et le village, vu de loin, pourrait se prendre pour une réunion de taupinières. Au reste, les animaux de nos basses-cours sont beaucoup mieux logés que les habitants de Tantoura.

Toutefois, ce peuple parait moins malheureux que celui que nous avons vu à Saint-Jean-d’Acre et à Caïpha…

Les femmes sont vêtues d’une longue robe bleue qui leur descend jusqu’aux talons, et qui s’ouvre sur la poitrine ; la robe est serrée au milieu du corps par une ceinture d’étoffe, quelquefois même par une simple corde. Un bandeau fait de pièces de monnaie orne leur front et leur pend des deux côtés jusqu’à l’oreille ; elles ont aux bras de petites chaines de verre ou de métal. Nous n’avons point vu de femmes voilées ; le sexe ne manque pas d’une certaine beauté, mais l’habitude qu’ont les femmes de se noircir les lèvres et les sourcils avec je ne sais quelle drogue, donne à leur physionomie quelque chose de dur et de repoussant. Ce sont les femmes qui ont soin des bestiaux, et qu’on charge de tous les travaux domestiques. La plupart des habitants n’ont qu’une femme, car, dans leur maison, ils ne pourraient en loger deux ; le scheirk, logé d’une manière plus commode, en a jusqu’à quatre : il les fait travailler comme des servantes ou des esclaves. Ce sont les femmes du scheirk qui ont nettoyé et balayé notre appartement, l’écurie de la maison, et qui nous ont apporté le pilaw et le lait bouilli que nous avons mangés à notre souper. Nous avions vu dans la cour, à notre arrivée, la première femme du scheirk, occupée de moudre du froment sur un moulin à bras ; cette occupation m’a rappelé que, dans l’antiquité, les femmes étaient ainsi chargées de moudre le blé : Jésus-Christ, annonçant la destruction de Jérusalem ; dit ces paroles Deux femmes moudront au moulin : l’une sera prise et l’autre laissée. La femme du scheirk, occupée de ce travail lorsque nous avons paru, n’a pas même daigné tourner vers nous ses regards. La reine de Saba n’aurait pas eu plus de fierté ; elle avait sur son front un bandeau de piastres d’argent et portait des bracelets de verre bleu.

Les hommes sont vêtus d’un manteau, ou plutôt d’une pièce de feutre, rayé de noir et de blanc, qui tombe sur leurs épaules, et leur laisse le bras droit découvert ; ils n’ont pas d’autre parure…

Le scheirk parait avoir sur ces Arabes la plus grande autorité ; c’est lui qui est chargé de recevoir les impôts, et cette fonction ajoute encoré à la crainte qu’il inspire ; il veille lui seul pour le maintien de l’ordre, et lorsqu’il se commet quelque infraction aux lois, il administre lui-même les corrections. Le scheirk de Tantoura nous a donné le spectacle de sa justice ; en rentrant chez lui après notre tournée dans le village, nous l’avons trouvé sur sa porte, frappant à grands coups, un jeune homme accusé de je ne sais quelle faute ; tout se passait sans aucune résistance, sans même qu’on entendit une plainte…