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Divination
Dictionnaire Biblique Bost
Westphal Calmet

Devins. Désireux de connaître, ambitieux d’avenir, supportant avec impatience un corps qui le retient à la terre et au moment présent, qui le gêne, qui le rapetisse, l’homme qui par sa nature se précipite vers les choses qui étaient le privilège de celui qui n’avait pas péché, a dans tous les temps cherché à se soustraire à la matière, à s’émanciper du corps, à sonder l’avenir, à voir dans les ténèbres, à marcher sûrement dans l’incertitude, à découvrir ce qui lui est caché. De là, ces efforts inouïs, gigantesques ; ces recherches de tous les temps, cet amour du merveilleux, cette croyance à la divination, à la magie ; travaux de jongleurs, travaux de chimistes, travaux de rêveurs ; imposteurs, mystiques, oracles, prophètes, charmes, enchanteurs et devins : de là cette passion des hommes pour ce qui paraît les faire avancer dans les sciences occultes, espèce de succès chez les uns, complaisance à croire chez les autres.

Sans s’arrêter à la question dogmatique de savoir si l’homme peut, en dehors de l’adresse, de la physique et de la chimie, obtenir des résultats merveilleux ; sans entrer dans un examen quelconque relatif aux moyens par lesquels l’homme peut arriver au surnaturel, s’il le peut par lui-même, ou par des forces latentes qu’il développe, ou enfin par l’intervention des esprits qui sont dans l’air, bons ou mauvais ; sans même approfondir tout ce qu’il peut y avoir de vrai dans certains faits que rapporte l’histoire, ou que l’expérience vient chaque jour démontrer de nouveau contre l’esprit fort moderne, on doit cependant convenir de certains faits que nous nous bornons à enregistrer, et qui sont de nature à jeter du jour en les simplifiant, sur les questions passablement graves, malgré qu’on en ait, qui viennent d’être posées.

On avoue généralement que toutes les croyances populaires, quelles qu’elles soient, exagérées ou dénaturées, reposent sur un fondement vrai : en les dépouillant de leur entourage, de leurs adjonctions, de leur écorce, on arrive à un noyau substantiel, solide, historique ; or, de toutes les croyances populaires, la plus invétérée, la plus entêtée, c’est la foi aux sorciers, à la magie, à la divination : ne serait-ce absolument qu’une chimère ?

Chacun croit aux pressentiments ; chacun en a, chacun s’y fie, même sans vouloir : c’est là une espèce de divination, générale sans doute, mais sûre.

Niera-t-on que les songes ne soient un degré de pressentiment plus avancé que le pressentiment de la veille ? « Le Dieu Fort, dit Élihu à Job (33.14-15), parle par des songes, par des visions de nuit, quand un profond sommeil tombe sur les hommes et lorsqu’ils dorment dans leur lit ; alors il ouvre l’oreille aux hommes, et scelle leur instruction.

Le magnétisme avec ses merveilles, si longtemps réfuté par de l’esprit et des plaisanteries, n’en est pas moins acquis maintenant à la science comme un fait ; ceux qui en doutent appartiennent à la classe la moins éclairée, et ceux qui s’en sont occupés ont vu et vérifié des prodiges que tout l’art et le génie de l’homme ne sauraient accomplir ; ces prodiges touchent par plusieurs points à la divination.

Enfin, une considération tout à fait générale, mais qui ne laisse pas d’avoir son application dans le cas particulier, c’est qu’une réaction va toujours beaucoup plus loin qu’elle ne doit et qu’elle ne veut aller, comme celui qui veut éviter le précipice tombe sur le rocher de la montagne ; c’est plus sûr, mais ce n’est pas toujours sans quelques inconvénients. Longtemps on a trop cru aux merveilles des arts occultes et de la divination ; pour un fait effectif, le charlatanisme en a forgé des milliers de faux, de mensongers, de stupides, et, pour le dire en passant, les clergés de toutes les sectes n’y ont pas mal nui dans le Moyen Âge, jusqu’à l’illustre siècle de Léon X : quand une fois on a voulu rompre avec ces fables, on a tout rejeté, le bon et le mauvais, le vrai et le faux, parce qu’on se souciait peu de la chance, même infiniment petite, d’être abusé de nouveau. Le pays où les réactions se font toujours le moins vivement ressentir, l’Allemagne a su se tenir beaucoup plus que d’autres peuples dans un sage milieu, quoiqu’on y trouve aussi l’un et l’autre extrême représentés, notamment celui de l’imagination.

Ces choses étant dites, il ne sera pas nécessaire de les rappeler à propos de chaque cas spécial, et nous raconterons les croyances de l’Orient sans penser devoir les critiquer à chaque fois, sans les donner pour vraies, sans les rejeter toujours absolument comme fausses. Chez les Israélites, d’ailleurs, il faudra toujours distinguer les révélations divines, et les moyens illicites par lesquels ils pouvaient essayer de satisfaire leur curiosité ou leur intérêt particulier.

Les Israélites paraissaient en effet avoir eu plus que d’autres peuples le besoin intérieur de connaître l’avenir ; peut-être l’avaient-ils apporté d’Égypte, peut-être aussi les prophéties anciennes et glorieuses qu’ils n’ignoraient pas, mais dont ils n’avaient pas non plus une intelligence bien claire, leur faisaient-elles désirer d’en connaître davantage, et de pénétrer plus avant dans un mystère pour eux plein d’espérances et de charmes. Quoi qu’il en soit, le mal existait : Moïse, en leur donnant la loi qui devait en faire un peuple à part, leur annonça d’un côté que l’esprit de prophétie ne sortirait pas du milieu d’eux (Urim et Thummim), mais il leur défendit de l’autre sous des peines extrêmement sévères d’user de divination, de pronostiquer le temps, de rechercher ceux qui ont l’esprit de Python, les devins, les sorciers, les enchanteurs, ceux qui disent la bonne aventure et ceux qui consultent les morts (Lévitique 19.26-31 ; 20.6 ; Deutéronome 18.10). Ces lois étaient si rigoureuses que les malheureux animés de l’esprit de Python, ou qui faisaient seulement profession de l’être, étaient condamnés à mort, et lapidés vifs (Lévitique 20.27).

Malgré ces lois, ou plutôt parce qu’une loi qui contrarie un penchant l’excite au lieu de le réprimer (cf. Romains 5.20), les Israélites se montrèrent dans toutes les périodes de leur histoire, et surtout sous les rois idolâtres, adonnés aux mages, aux sortilèges et aux superstitions de toutes espèces (cf. 1 Samuel 28.3-9 ; 2 Rois 21.6 ; 23.24 ; Ésaïe 8.19 ; Jérémie 29.8 ; Michée 3.11 ; Zacharie 10.2) : ils allèrent même consulter les oracles des païens (2 Rois 1.2). Le culte de Baal avait son cortège de prophètes divinateurs (1 Rois 18.19), les Philistins fournissaient leur contingent (1 Samuel 6.2), et les Juifs eux-mêmes virent dans leur propre sein surgir de ces industriels auxquels le peuple, comme partout, s’empressait d’apporter de l’argent (Michée 3.11 ; cf. Actes 16.16).

Il y avait diverses sortes de divinations et de devins ; les uns se bornaient à l’examen de certaines circonstances, ou accidents naturels, c’est ce qu’on a appelé magie naturelle ; d’autres empruntaient tout simplement le secours de l’art, c’était la magie artificielle ; d’autres consultaient les morts ou les mauvais esprits (magie noire ou diabolique) ; d’autres enfin devinaient d’inspiration, de pressentiment, de seconde vue. À la première classe appartenaient, parmi les exemples qui nous sont conservés dans l’Écriture : a) L’interprétation des songes, b) l’examen des mouvements des serpents : c’est même cette espèce de divination que semble indiquer le terme hébreu (Lévitique 19.26 ; Deutéronome 18.10 ; 2 Rois 17.17 ; 21.6). (nichesh = deviner, nachash = serpent). Bochart a recueilli quelques faits à l’appui de cette idée ; les Égyptiens avaient des serpents qu’ils appelaient de bons génies, et dont ils aimaient à placer la figure sur leurs abraxas ou talismans : beaucoup de peuplades orientales ont encore leurs serpents sacrés que consultent les jongleurs, et l’on se rappelle les serpents de Pallas (Virg.). Les mots grecs et latins par lesquels les Septante et la Vulgate ont traduit l’hébreu, font entrer dans leur composition les oiseaux (augures), au lieu de serpents ; mais il est clair que, soit dans le texte, soit dans les traductions, il convient de s’en tenir à l’idée générale de divination, sans égard aux moyens employés. c) Les baguettes, ou bâtons divinatoires ; on croit en trouver la trace (Ézéchiel 21.26 ; il a secoué les flèches), et Osée 1.12 ; mon peuple demande avis à son bois, et son bâton lui répond). Le premier de ces passages contiendrait une allusion à l’ancien usage des Chaldéens, d’écrire sur des flèches ou sur des baguettes le nom des villes où ils voulaient se rendre, ou des choses qu’ils voulaient entreprendre, de mêler ensuite ces baguettes dans un carquois, de tirer au hasard et de se décider suivant celle qui sortait la première. La plupart des peuples ont connu ce moyen de deviner, qui est peu malin, et que les enfants remplacent chez nous par le jeu d’épingle. Cette interprétation est possible ; le prophète dirait alors que le roi de Babylone, incertain par quel ennemi commencer, a jeté sur les villes le sort des flèches, et qu’il marchera d’abord contre Jérusalem : on peut le comprendre cependant autrement encore. Quant au passage d’Osée, il supporte également cette explication, mais d’autres aussi sont permises ; ou bien : il consulte ses idoles de bois, et elles lui répondent (par le moyen de leurs prêtres) ; ou bien : ce peuple aveugle, qui ne peut se diriger par la lumière, se dirige au moyen de son bâton, en tâtonnant. « Il me semble, dit Calvin, que le plus simple est d’y voir une condamnation contre les Israélites, qui se sont adressés à des idoles mortes au lieu de s’adresser au Dieu vivant ». d) L’examen des entrailles sacrifiées était chez les peuples païens un grand moyen de divination ; si les entrailles étaient sèches, dures ou lâches, s’était un présage fâcheux : si au contraire elles étaient saines et rouges, c’était un bon signe : on peut croire que le passage (Ézéchiel 21.26 ; il a regardé au foie), se rapporte à la divination par les intestins ; mais c’est la seule trace qu’on en trouve dans l’Écriture. e) La divination, d’après le cours des nuages (Deutéronome 18.10 ; pronostiqueurs de temps, 2 Rois 21, 6), ou d’après les signes des cieux (Jérémie 10.2), c’est l’hébreu meonen ; v. cependant l’art. Enchanteur. f) Enfin, par l’eau ou par la coupe ; voir Coupe.

Quant à la divination par inspiration, se distingue des précédentes par l’absence d’art. Souvent chez les païens (et les oracles reposaient presque tous sur cette théorie), on cherchait à produire une excitation factice et purement physique sur les nerfs des pauvres prêtres et prêtresses, qui faisaient de gré ou de force, le triste métier d’annoncer les choses futures ; cette excitation se traduisait en gestes violents et en convulsions que l’on donnait pour les signes de la présence de la divinité, on recueillait les paroles de leur délire, et quelques habiles arrangeaient ces paroles à leur guise, et leur donnaient telle forme obscure et ridicule qu’ils jugeaient convenable. C’était là ce qu’on appelait insanire, être fou ; il y avait folie en effet, et chez le malheureux patient, et chez ce prêtre qui, avec une gravité majestueuse, cherchait tant bien que mal la raison dans la déraison, la clarté de l’avenir dans l’obscurité du présent. Cependant il y avait aussi une inspiration plus calme, plus naturelle, soit dans le sommeil soit dans la veille ; elle se trouvait dans un état nerveux habituel que l’on peut rattacher à un développement considérable du système ganglionnaire, et qui produisait chez ceux qui étaient atteints de cette infirmité, un penchant très fort au sommeil magnétique, au somnambulisme, et à la seconde vue. Il faut peut-être du courage pour mettre en avant de telles idées, quand on ne peut ni les développer, ni les expliquer, ni les appuyer ; mais tout cela trouvera sa place ailleurs, et nous ne pouvons entrer ici dans des détails psychologiques qui demanderaient, pour être traités convenablement, un ouvrage tout spécial. Du reste, dans cette ligne d’idées ce qui est le plus singulier, ce n’est pas tant l’explication du fait, que le fait lui-même ; et comme tous les efforts pour nier les faits ont toujours été inutiles, et qu’il faut bien finir par les accepter, la seule chose à faire c’est de tâcher de les comprendre, autant du moins qu’ils peuvent être compris. Le passage (Actes 16.16ss ; cf. 19.13ss), paraît expliquer cette vertu divinatoire par la possession d’un démon. Voir Enchanteur, Possession, Python.