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Diable
Dictionnaire Biblique Bost
Westphal Calmet

Ce nom qui signifie en grec accusateur, calomniateur, est celui que le Nouveau Testament donne au prince des ténèbres, à l’esprit du mal, au tentateur (Matthieu 4.1-5, 8, 11 ; Apocalypse 12.9 ; 20.2 ; 1 Jean 3.8). Le plus grand des anges déchus, grandeur sublime tombée, il s’est séparé de Dieu par un premier essai d’indépendance, qui a été d’autant plus efficace que sa nature était plus relevée ; il ne pouvait être médiocre en s’isolant, mais par là même il s’est perdu : dans sa chute il a cherché et réussi à en entraîner un grand nombre d’autres, qui l’ont suivi dans son péché et dans sa ruine ; il a de môme séduit et assujetti à la condamnation les hommes que Dieu avait d’abord créés droits. Différents noms lui sont donnés : Satan (Job 2.1) ; Baal-Zébub (2 Rois 1.2), ou Béelzébul (Matthieu 12.24) ; tentateur (Matthieu 4.3) ; Antichrist (1 Jean 2.18-22 ; 2 Jean 1.7) ; démon (Jean 10.20) ; serpent ancien et dragon (Apocalypse 12.9 ; 20.2) ; meurtrier et menteur dès le commencement (Jean 8.44).

Le nom de démon était une épithète générale qui, chez les païens, se prenait dans un sens favorable, signifiant un génie, une divinité : dans l’Écriture, il se prend toujours en mauvaise part, tantôt en parlant des esprits infernaux, tantôt pour désigner les esprits des morts, bons ou mauvais, réels ou imaginaires (Matthieu 9.32 ; Luc 11.14 ; 13.16 ; 1 Chroniques 21.1 ; 1 Rois 22.21 ; Éphésiens 6.16 ; 1 Pierre 5.8).

Mille questions surgissent autour de cet effroyable ennemi du genre humain ; l’on se demande comment il est fait, où il habite, quelle est son action sur l’humanité, quels sont ses moyens de séduction, quels sont ses rapports avec Dieu, quel sera son sort final : on s’est demandé enfin si même il existait ! Plusieurs de ces questions sont permises, mais on ne peut y répondre : d’autres proviennent de mauvaise curiosité, l’on ne doit pas y répondre : la dernière est faite par l’incrédulité.

Il faut convenir que de tous les moyens de séduction, puisque nous en avons dit un mot, le plus habile que puisse employer le malin esprit, c’est d’empêcher les gens de croire à son existence : avec personne il ne revêtira sa forme naturelle et repoussante ; aux âmes pieuses il se présentera déguisé en ange de lumière ; à ceux que son existence pourrait gêner, il tâchera de faire croire qu’il n’est qu’une chimère, qu’il n’existe réellement pas, qu’il n’est pas question de lui dans la Bible, que les anciens pères et les anciens orthodoxes n’étaient que des rêveurs, que depuis qu’on ne croit plus aux revenants on ne doit plus croire au diable non plus. Cette croyance, ou plutôt cette absence de croyance, est évidemment de nature à soulager beaucoup celui qui désire être débarrassé d’un frein aussi redoutable : si les uns vous disent que le diable est le père du péché, quelle chaîne pour vous que celle qui vous unit à lui ; mais si le diable peut vous persuader que la parole de Dieu n’est qu’un mauvais songe, quel allégement ! Oui, quel allégement ! mais qu’il durera peu ! car après la mort il n’y a plus d’illusion possible, et celui qui le premier vous ôtera le bandeau, c’est celui qui vous l’avait mis ; c’est le prince de la terre venant s’emparer des victimes qu’il aura séduites. Ceux qu’il ne peut convaincre théologiquement qu’il n’existe pas, il le leur persuade pratiquement, il s’en fait oublier, il se met pour eux sur l’arrière-plan ; sur le premier, ses séductions, ses jouissances, ses faux appâts, de l’or, des places, des parures, des danses, tout ce que la terre peut offrir, et il se place derrière tout cela, jusqu’à ce qu’avec le temps tout cela ayant disparu, il ne reste plus que lui. Quel allégement ! Mais quel allégement plus grand, plus doux, plus réel, plus sûr, de se remettre entre les mains de celui qui a brisé la tête du serpent, et qui triomphe et nous fera triompher au dernier jour. Il n’y a pas une vérité qui ne vaille toutes les erreurs possibles.

Les raisons qu’on allègue pour essayer de soutenir cette thèse moderne qui tue d’un même coup et le péché qui n’a plus d’origine, et l’enfer qui n’a plus ni prince ni but ; ces raisons, si l’on peut les appeler ainsi, reviennent toutes à de simples assertions. On commence par dire qu’il n’est pas parlé du diable dans l’Ancien Testament, et par tourner en poésie les passages les plus historiques où il en est fait mention (Genèse 3 ; Job 2.1 ; 1 Chroniques 21.1 ; Zacharie 3.1 ; etc.). Puis l’on applique au Nouveau Testament le même système d’interprétation, en le modifiant au moyen de la méthode d’accommodation que notre Seigneur était censé employer lorsqu’il parlait aux Juifs, adoptant leurs idées afin de leur mieux inculquer les siennes ; de cette manière, les passages (Matthieu 4.1 ; Luc 4.1 ; Jean 13.2 ; 1 Jean 3.8 ; 1 Pierre 5.8 ; Apocalypse 12.9 ; 20.2), et cent autres ne prouvent, en effet, absolument rien ; mais avant d’admettre ce système, nous attendrons qu’il soit lui-même prouvé et l’on peut poser en fait qu’il n’est pas un lecteur sérieux de la Bible qui ne voie l’existence du diable clairement établie par nos saints livres.

Quant à la forme de cet être malfaisant, il est clair que l’on n’en peut rien savoir, mais de toutes les imaginations de l’homme, la plus belle conception est sans contredit celle de ce peintre hardi, habile et plein de génie, dont le pinceau a tracé une figure qui de loin, par le jeu des couleurs, paraît pleine de grâce, de fraîcheur, de beauté, mais qui, lorsqu’on s’en approche, est pâle, maigre, décharnée, ne respirant que la malice et le fiel, et rongeant une chaîne : c’est le séducteur ; il charme de loin, de près il repousse.

Le pieux Bunyan, l’auteur du Voyage du Chrétien, a publié, en anglais, un second ouvrage du même genre que le premier, intitulé Diabolos ou la Sainte Guerre, dans lequel il représente l’histoire de l’âme et l’histoire de l’humanité, sous la parabole d’une guerre entre Satan et l’Éternel, guerre qui se termine par la victoire du fils Emmanuel. Cet ouvrage, dont il vient de paraître une traduction française, peut, à bien des égards, être une lecture utile, non seulement pour la jeunesse, à laquelle il est plus particulièrement destiné, mais encore pour un âge plus avancé.