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Saül
Dictionnaire encyclopédique de la Bible de Augustin Calmet
Westphal Bost

Saül (1)

Roi d’Idumée (Genèse 36.37). Ce Saül était de Rohoboth, et il succéda à Semla de Masreca.

Saül (2)

Fils de Simon et petit-fils de Jacob (Nombres 26.13).

Saül (3)

Fils de Cis, de la tribu de Benjamin (1 Samuel 9.1), premier roi des Israélites. Un jour Cis, ayant perdu ses ânesses, envoya Saül son fils pour les chercher. Après avoir parcouru un assez grand canton du pays, et comme il était sur le point de s’en retourner chez son père à Gabaa, un de ses serviteurs qui l’accompagnait, lui dit : Il y a ici près un prophète qui est fort célèbre ; allons le consulter ; peut-étre qu’il nous donnera quelque lumière sur le sujet qui nous a fait venir jusqu’ici. Ils allèrent donc ensemble à Ramatha, et on leur dit que Samuel venait d’arriver dans la ville, et qu’il devait y faire un sacrifice solennel avec les principaux du peuple. Saül s’avança donc, et Samuel l’ayant aperçu, connut par révélation qu’il était celui qui devait régner sur Israël. Saül lui demanda où demeurait le voyant, ou le prophète ; et Samuel lui dit : C’est moi qui suis le voyant. Venez avec moi, vous mangerez avec les principaux du peuple que j’ai invités, je vous renverrai demain, et je vous dirai tout ce que, vous avez dans le cœur. Et à l’égard des ânesses que vous avez perdues, n’en soyez point en peine, parce qu’elles sont retrouvées. Et qui sera tout ce qu’il y a de meilleur dans Israël, sinon à vous, et à toute la maison de votre père ? Saül lui répondit : Ne suis-je pas de la tribu de Benjamin, qui est la plus petite d’Israël ? Et ma famille n’est-elle pas la moindre de toutes celles de cette tribu ? Pourquoi donc me parlez-vous de cette sorte ? Samuel fit entrer Saül avec son serviteur dans ta salle du festin, les fit asseoir à la tête de tous les conviés, et fit servir par honneur devant Saül une épaule entière d’une victime. Après le souper, Samuel conduisit Saül sur la terrasse de la maison pour dormir, et le lendemain au matin, il le reconduisit, et descendit avec lui au bas de la ville de Ramatha.

Comme ils descendaient, Samuel dit à Saül : Faites avancer votre serviteur, et demeurez un peu, afin que je vous fasse savoir ce que le Seigneur m’a dit. En même temps Samuel prit une petite fiole d’huile, qu’il répandit sur la tête de Saül, il le baisa et lui dit (1 Samuel 10.1-3) : Le Seigneur par cette onction vous sacre aujourd’hui pour prince sur son héritage, et vous délivrerez son peuple de ses ennemis. Et voici la marque que vous aurez que le Seigneur vous a choisi pour prince : lorsque vous m’aurez quitté, vous rencontrerez deux hommes qui viennent du côté du sépulcre de Rachel, qui vous diront que les dues-ses de votre père sont retrouvées. De là, étant arrivé au Chêne de Thabor, vous rencontrerez trois hommes qui vont adorer le Seigneur à Béthel ; ils vous présenteront trois pains, et vous les recevrez de leur main. Enfin lorsque vous serez arrivé à la colline de Dieu, où est la station des Philistins, vous trouverez une troupe de prophètes qui descendront du haut lieu, avec toutes sortes d’instruments de musique. En métne temps l’Esprit de Dieu se saisira de vous, vous prophétiserez avec eux, et vous serez changé en un autre homme. Après que tous ces signes vous auront été donnés, faites ce qui se présentera à faire, parce que le Seigneur sera avec vous. Tout ce que Samuel lui avait prédit s’accomplit le même jour, et Dieu le changea en un autre homme. Étant arrivé près la troupe des prophètes, il se mit à prophétiser aveceux ; et tous ceux qui le virent commencèrent à dire : Qu’est-il donc arrivé au fils de Cis ? Saül est-il aussi prophète ? Et cette parole est passée en proverbe.

Quelque temps après (1 Samuel 10.17-18), Samuel assembla tout le peuple à Masphat, pour leur donner nn roi, ainsi qu’ils l’avaient demandé. Il jeta le sort sur toutes les tribus d’Israël, et le sort tomba sur la tribu de Benjamin. Il le jeta ensuite sur les familles de cette tribu, et il tomba sur la famille de Métri ; puis il le jeta sur la famille de Cis, et il tomba sur la personne de Saül. On le chercha aussitôt ; mais on ne le trouva point. Ils consultèrent le Seigneur, et il répondit : À l’heure qu’il est, il est caché dans sa maison. Ils y coururent et l’amenèrent, et lorsqu’il fut au milieu du peuple, il parut plus grand que tous les autres de la tête. Alors Samuel dit à tout le peuple. Vous voyez quel est celui que le Seigneur a choisi ; et tout le peuple cria : Vive le roi ! Après cela Samuel prononça en présence de tont le peuple le droit du royaume, et tout le monde s’en retourna dans sa demeure. Saül revint à Gabaa, accompagné d’une partie de l’armée, qui étaient ceux, dont Dieu avait touché le cœur. D’autres méprisèrent Saül, et dirent : Comment cet homme pourra-t-il nous sauver ? Mais Saül faisait semblant de ne pas les entendre.

Environ un mois après, Naas, roi des Ammonites, attaqua la ville de Jabès de Galaad ; et ceux de Jabès lui dirent qu’ils se rendraient à lui, si dans sept jours ils ne trouvaient personne dans tout Israël qui les voulût défendre. Naas y consentit ; et ceux de Jabès étant venus à Gabaa, firent leur rapport devant le peuple, et dirent que le roi des Ammonites les assiègeait, et les menaçait de leur arracher à tous l’œil droit, et de les rendre l’opprobre de tout Israël. Saül retournait alors des champs, suivant ses bœufs ; et voyant que tout le peuple était en pleurs, il en demanda la cause ; l’ayant apprise, il entra dans une grande colère, prit ses bœufs, les coupa en morceaux, et les fit porter par des envoyés dans toutes les terres d’Israël, en disant : C’est ainsi qu’on traitera les bœufs de tous ceux qui ne suivront point Saül et Samuel. Tout le peuple s’étant donc rendu à Bézech, Saül en fit la revue, et il s’en trouva trois cent mille hommes d’Israël, et trente mille de Juda. L’armée se mit en marche, passa le Jourdain, et arriva le lendemain au point du jour près le camp des Ammonites. Saül les attaqua par trois endroits et les mit en déroute, en tua un très-grand nombre, et les dissipa de telle sorte, qu’il n’en resta pas deux ensemble. Après cela tout le peuple revint à Galgal, et on y renouvela solennellement l’élection et l’inauguration du roi Saül. Voilà ce qui arriva la première année du règne de Saül. Voyez ce que j’ai remarqué sur Samuel sous l’an 2911.

Deux ans après (1 Samuel 13.1-3), Saül choisit trois mille hommes de tout Israël, dont il donna mille à Jonathas, et en retint deux mille avec lui, pour tenir tête aux Philistins qui occupaient des postes à Machmas, à Béthel et à Gabaa. Jonathas défit la garnison qui était à Gabaa ; et tout le peuple en ayant reçu la nouvelle, prit cœur et crut qu’il était temps de secouer le joug des Philistins. Il s’assembla en armes à Galgal en très-grand nombre auprès de Saül. Les Philistins de leur côté l’ayant appris, vinrent avec une armée prodigieuse se camper à Machmas, vers l’orient de Béthel. Alors les Israélites se voyant resserrés, commencèrent à se débander, et à se retirer qui d’un côté, qui d’un autre. Saül demeura sept jours à Galgal, attendant l’arrivée du prophète Samuel. Enfin voyant qu’il ne venait point, quoiqu’il eût promis de le venir trouver dans sept jours, il commença à offrir des sacrifices à Dieu. Mais à peine avait-il achevé, que Samuel arriva, et lui dit qu’il avait fort mal fait d’offrir le sacrifice, sans attendre l’ordre du Seigneur ; que s’il l’avait fait, Dieu aurait affermi pour jamais son règne sur Israël. Mais, ajouta-t-il, votre règne ne subsistera point à l’avenir ; le Seigneur a cherché un homme selon son cœur, et il l’a destiné pour être chef de son peuple, parce que vous n’avez point observé ce qu’il vous avait ordonné par ma bouche, d’attendre mon arrivée pendant sept jours (1 Samuel 14.1-3).

Samuel et Saül avec les six cents hommes qui étaient demeurés auprès de lui, s’en allèrent de Galgal à Gabaa ; et les Philistins qui étaient à Machmas vinrent aussi se poster vers Gabaa. Un jour Jonathas étant allé avec son écuyer vers le camp des Philistins, et y étant entré de la manière que nous l’avons raconté sous l’article de Jonathas, tout d’un coup le trouble se mit dans le camp des ennemis, et les sentinelles du camp de Saül virent toute la terre couverte de corps morts. On chercha aussitôt qui pouvait être hors du camp, et on trouva que c’était Jonathas. Saül fit consulter le Seigneur par le grand prêtre : mais avant que la cérémonie fût achevée, on entendit un grand bruit, et l’on vit que les Philistins s’étaient percés l’un l’autre, et qu’il s’était fait un grand carnage. Saül avec ses gens commencèrent à poursuivre les ennemis, et les Israélites, qui s’en étaient fuis auparavant, s’étant joints à lui, ils en tuèrent un très-grand nombre, et les poursuivirent d’un côté jusqu’à Béthel, nommée depuis Béthaven, à cause des veaux d’or qu’on y plaça ; et de l’autre côté, jusqu’à Aïalon.

Or il arriva dans cette rencontre une chose qui jeta le trouble dans Israël. Saül avait prononcé ce jour-là une malédiction, en di-saut : Maudit soit celui qui mangera jusqu’au soir. Jonathas, qui ne savait pas ce qui s’était passé, en traversant un bois, prit un peu de miel au bout de son bâton, et en goûta. Sur le soir le peuple étant rassemblé après la victoire, Saül dit : Jetons-nous cette nuit sur le camp des Philistins, et qu’il n’en reste pas un seul demain au matin. Le peuple répondit : Faites ce qu’il vous plaira. Le grand prêtre lui dit : Consultons le Seigneur. Mais le Seigneur ne répondit point. Alors Saül jugeant que Dieu était irrité pour quelque crime commis, fit jeter le sort sur toutes les tribus et sur toutes les familles d’Israël ; et le sort tomba sur Jonathas. Saül lui dit qu’il fallait qu’il mourût ; mais tout le peuple s’y apposa, et le délivra de ce danger. Or Saül ayant affermi son règne sur Israël, porta ses armes contre tous les ennemis de son peuple contre Moab, Ammon, Édom, contre les rois de Soba dans la Syrie, et contre les Philistins (1 Samuel 15.1-3) ; et de quelque côté qu’il tournât ses armes, il demeurait victorieux. On ignore le temps et les circonstances de ces guerres.

Après cela, Samuel lui vint ordonner de la part de Dieu d’aller faire la guerreaux Amalécites, d’exterminer ce peuple, de ne pardonner à personne, de n’épargner ni les hommes, ni les bêtes, ni les choses précieuses qui pourraient se rencontrer dans le butin. Saül [donna ses ordres au peuple dont lit fit le dénombrement comme le berger compte les agneaux ; il se trouva deux cent mille hommes de pied, plus dix mille hommes de la tribu de Juda,] marcha ensuite contre les Amalécites ; il les attaqua, et les défit ; mais il conserva le roi [Agag], les meilleurs animaux, et ce qui se rencontra de plus précieux dans les dépouilles. Il revint ensuite à Galgal ; mais en passant par le mont Carmel, qui est au midi du partage de Juda, et fort différentdu Carmel qui est situé sur la Méditerranée, il y érigea un arc de triomphe, ou, comme parle l’Hébreu (1 Samuel 15.12), il y érigea une main, un monument. Samuel étant donc aussi venu à Galgal, Saül vint au-devant de lui, et lui dit : J’ai accompli la parole du Seigneur. Samuel lui répondit : D’où vient donc ce bruit des troupeaux de bœufs et de brebis, qui retentit à mes oreilles ? Saül lui dit : Le peuple a amenée d’Amalie ce qu’il y a de meilleur dans les troupeaux, pour les immoler au Seigneur. Alors Samuel lui dit : Lorsque vous étiez petit à vos yeux, le Seigneur vous a établi chef de son peuple, et il vous a envoyé pour exterminer Amalec ; et vous au contraire vous avez conservé ce qu’il vous a plu du butin de ce peuple. Saül voulut s’excuser, et rejeta la faute de cela sur le peuple, qui avait conservé ces choses, pour en faire des sacrifices au Seigneur ; mais Samuel lui dit : Sont-ce des holocaustes que le Seigneur demande ? Ne demande-t-il pas plutôt que l’on obéisse à sa voix ? L’obéissance vaut mieux que les sacrifices, et Dieu regarde la désobéissance avec, autant d’horreur que la magie et l’idoldtrie. Comme vous avez rejeté la parole du Seigneur ; le Seigneur vous a rejeté, et ne veut plus que, vous soyez roi.

Saül dit à Samuel : J’ai péché en désobéissant à l’ordre du Seigneur ; mais priez Dieu qu’il me pardonne cette faute, et venez avec moi, afin que j’adore le Seigneur. Samuel répondit : Je n’irai point ; et en même temps il se retourna, pour s’en aller : mais Saül le retint par le haut du manteau, qui se déchira entre ses mains. Alors Samuel lui dit : Le Seigneur a déchiré votre royaume ; et il le donnera à un autre qui vaut mieux que vous (1 Samuel 15.29), car le Victorieux dans Israël ne mentira pas, etne se repentira pas, parce qu’il n’est pas homme pour se repentir. Quelques-uns rapportent ceci à Saül, comme si Samuel, par une ironie piquante, eût voulu lui dire qu’un prince comme lui, qui s’érigeait des arcs de triomphe, n’était pas homme à se repentir ; mais il semble qu’il vaut mieux le rapporter à Dieu, qui ne révoquera point l’arrêt qu’il a prononcé contre Saül. Samuel ne laissa pas de suivre Saül, et de revenir avec lui dans le camp à Galgal. Alors il se fit amener Agag, roi d’Amalec, et le mit en pièces à Galgala.

Quelques années après (1 Samuel 16.1-3),Samuel alla, par ordre du Seigneur, donner l’onction royale à David ; et dès lors l’esprit du Seigneur se retira de Saül, et Dieu permit qu’il fût agité par un mauvais esprit qui, se servant de la mauvaise disposition des humeurs de ce prince et de sa mélancolie, l’agitait et l’obsédait. Alors ses gens firent venir David pour le soulager par le son des instruments, dont il savait parfaitement jouer. Saül prit David en affection, il le fit son écuyer, et le retint près de sa personne. Environ huit ans après (1 Samuel 17.1-3), les Philistins étant venus se camper entre Soco et Azéca,. Saül avec l’armée d’Israël, se posta dans la vallée du Térébinthe. Or il y avait un géant nommé Goliath, dans l’armée des Philistins, qui venait tous les jours insulter l’armée d’Israël, demandant quelqu’un qui pût combattre contre lui. Saül avait promis sa fille en mariage à celui qui l’aurait vaincu ; mais nul n’avait osé l’attaquer. David, qui depuis assez longtemps s’en était retourné à Bethléem, fut envoyé vers ce temps-là par son père au camp, et ayant ouï les insultes de Goliath, s’offrit à le combattre ; il le fit en effet, et le vainquit, comme nous l’avons remarqué dans les articles de Goliath et de David. Saül avait tellement perdu l’idée de David, qu’il ne le reconnut plus, lorsqu’il se présenta devant lui. Mais après la victoire qu’il eut remportée contre Goliath, il le retint toujours auprès de lui et lui donna le commandement de quelques gens de guerre.

Il avait conçu quelque chagrin (1 Samuel 18.1-4) contre lui, sur ce qu’au retour de l’expédition contre les Philistins, les femmes qui vinrent au-devant de l’armée victorieuse chantaient en dansant : Saül en a tué mille, et David dix mille. Un jour donc qu’il était dans sa maison transporté par l’agitation du mauvais esprit, et que David jouait des instruments devant lui, il voulut le percer d’une lance qu’il tenait en main ; mais David se détourna et évita le coup. Il lui donna ensuite le commandement de mille hommes, et lui promit Mérob sa fille aînée ; sans avoir néanmoins aucune envie de la lui accorder ; il cherchait seulement occasion de le faire périr par la main des Philistins, en l’exposant souvent à des combats contre eux. Il maria ensuite sa fille Mérob à un autre, et lui promit Michol sa seconde fille ; et il lui fit dire qu’il ne lui demandait pour dot que cent prépuces de Philistins. David exécuta promptement cette condition, et épousa Michol.

Saül, voyant que David s’acquérait tous les jours une nouvelle gloire par sa valeur, résolut de le faire mourir (1 Samuel 19.1-3). Jonathas l’en détourna d’abord : mais ensuite Saül étant retombé dans sa mélancolie ordinaire, et le mauvais esprit l’agitant, il essaya une seconde fois de le percer avec la lance qu’il tenait en main. David ayant évité le coup, se retira dans sa maison ; et Saül l’envoya investir. Pendant la nuit Michol le descendit par une fenêtre, et le fit sauver. Il se retira auprès de Samuel à Najoth de Ramatha. Saül y fit aller du monde pour le prendre : mais ceux qu’il y envoya jusqu’à trois diverses reprises, étant arrivés à Najoth, furent saisis de l’esprit de prophétie et commencèrent à prophétiser avec les prophètes, au milieu desquels était David. Saül lui-même y étant venu, se mit à prophétiser comme les autres (1 Samuel 19.1-3). Cependant David se retira à Gabaa, et parla à Jonathas fils de Saül. Ils renouvelèrent là leur amitié, et Jonathas promit à David de lui déclarer deux jours après tout ce qu’il aurait pu découvrir des dispositions de Saül à son égard. En effet il parla à son père le lendemain, et il vit bien par sa réponse que la perte de David était résolue. Il lui en donna avis, et ils se séparèrent. Voyez les articles de David et de Jonathas.

David étant allé à Nobé (1 Samuel 22.1-3), et ayant reçu du grand prêtre Achimélech une épée et quelques rafraîchissements, Saül en fut averti quelque temps après, par Dag, Iduméen, qui s’était trouvé par hasard à Nobé, lorsque David y arriva (1 Samuel 22.6-8). Saül envoya donc aussitôt querir tous les prêtres qui étaient à Nobé ; et lorsqu’ils furent arrivés, il ieur fit de grands reproches de ce qu’ils avaient donné des vivres à son ennemi et sans vouloir entendre leurs raisons, il les fit égorger en sa présence au nombre de quatre-vingt-cinq hommes. Il alla ensuite lui-même à Nobé, et fit passer au fil de l’épée tout ce qu’il y trouva d’hommes, de femmes, d’enfants, sans épargner même ceux qui étaient à la mamelle, ni les animaux qui s’y rencontrèrent.

Quelque temps après (1 Samuel 23.1-3), Saül ayant appris que David était dans la ville de Céila, il dit : Dieu me l’a livré entre les mains, puisqu’il s’est enfermé dans une ville murée. Mais David sortit de cette ville, et se retira dans le désert de Ziph ; de sorte que l’attente de Saül fut frustrée. Une autre fois, ce prince ayant appris que David était dans le désert de Maon, il l’y poursuivit avec une armée ; mais comme il était prêt de l’atteindre, on lui vint dire que les Philistins avaient fait irruption dans le pays : ce qui l’obligea d’abandonner son entreprise, et d’accourir au secours de ses propres sujets.

David s’étant ensuite retiré dans le désert d’Engaddi (1 Samuel 24), Saül s’y rendit avec ses troupes ; mais s’étant trouvé pressé par une nécessité naturelle, il fut obligé d’entrer dans une caverne où David était caché avec ses gens. David s’étant approché doucement par derrière, lui coupa le bord de sa casaque, sans qu’il s’en aperçût. Et lorsqu’il fut sorti et assez loin, David alla près de lui, et lui ayant montré le bord de sa casaque qu’il avait coupé, lui dit qu’il n’avait tenu qu’à lui de le tuer, mais qu’il s’était abstenu de porter la main sur l’oint d’Israël : Saül, touché de la générosité de David, ne put s’empêcher de répandre des larmes, et de reconnaître qu’il avait tort de poursuivre un homme qui ne cherchait point à lui faire de mal. Après cela, il se retira dans sa maison, et David alla dans le désert de Ziph (1 Samuel 26). Les Ziphéens l’ayant su, allèrent aussitôt en donner avis à Saül, qui vint avec son armée sur la colline d’Achila. Comme il était campé en cet endroit, David entra la nuit dans son camp, pénétra jusqu’à la tente du roi, et ayant trouvé tout le monde endormi, prit la lance du roi, et sa coupe, puis sortit du camp.

Quand il fut de l’autre côté de la montagne, il cria qu’on envoyât quelqu’un pour reprendre la lance et la coupe du roi, et en même temps remontra à Saül sa propre innocence, et l’injustice qu’il lui faisait de le poursuivre ainsi, quoiqu’il ne lui en eût jamais donné aucun sujet. Saül reconnut le tort qu’il avait, et s’en retourna chez lui. Mais David, craignant de tomber enfin entre les mains de ce prince, se retira auprès du roi de Geth (1 Samuel 27) ; et Saül l’ayant su, ne songea plus à le poursuivre. Quelques années après, les Philistins entrèrent sur les terres d’Israël avec une puissante armée (1 Samuel 28), et se campèrent à Sunam dans la vallée de Jezrael. Saül et ses troupes se mirent aussi en campagne, et altèrent camper sur les montagnes de Gelboé. Or, Saül ayant vu l’armée des Philistins, qui était très-nombreuse, en fut troublée : il consulta le Seigneur par ses prêtres et par ses prophètes ; mais le Seigneur ne lui rendit aucune réponse : de sorte que, ne sachant plus à qui s’adresser, il alla trouver une magicienne, qui avait un esprit de Python, ou un esprit familier, et qui était en réputation de savoir évoquer les morts.

Saül, quelque temps auparavant, avait banni d’Israël tous les magiciens et les magiciennes ; et pour n’être point reconnu, il fut obligé de venir déguisé, et avec peu de suite, trouver cette magicienne. Il la pria de lui évoquer Samuel, qui était mort depuis quelque temps. Aussitôt qu’elle vit le prophète, elle jeta un grand cri, et dit à Saül : Pourquoi m’avez-vous trompé, car vous dies Saül ? Saül lui dit de ne rien craindre, et lui demanda ce qu’elle avait vu. Cite répondit : J’ai vu des dieux (1 Samuel 28.12), ou un grand homme, un prince, un juge d’Israël. L’Hébreu porte Elohina, qui est un nom que l’on donne aux princes et aux grandi. Comment est-il fait ? ajouta Saül. C’est, dit-elle, un vieillard couvert d’un manteau. Saül ayant donc reconnu que c’était Samuel, se prosterna en sa présence ; et Samuel lui dit : Pourquoi avez-vous troublé mon repos, en me faisant évoquer ? Le Seigneur s’est retiré de vous, et il exécutera en faveur de votre rival tout ce qu’il lui a promis. Demain vous serez avec moi, vous et vos fils, et le Seigneur livrera le camp d’Israël entre les mains des Philistins. Saül tomba aussitôt, et demeura étendu sur la terre, parce qu’il n’avait point mangé de tout ce jour-là.

La magicienne le supplia de prendre un peu de nourriture, et de ne se point laisser abattre par la douleur ; Saül refusa d’abord de rien prendre ; mais enfin ses gens et cette femme le pressèrent de telle sorte, qu’il mangea ce qu’on lui servit, après quoi il s’en alla, et marcha toute la nuit pour arriver à son camp. Le lendemain le combat se donna (1 Samuel 19). Les Israélites furent mis en fuite devant les Philistins ; les fils de Saül, savoir : Jonathas, Abinadab et Melchisua furent tués ; tout l’effort du combat tomba sur Saül ; les archers le joignirent, et le blessèrent dangereusement. Alors il dit à son écuyer : Tirez votre épée, et tuez-moi, de peur que ces incirconcis ne m’insultent encore en m’ôtant la vie ; mais son écuyer, tout effrayé, ne le voulut point faire. Saül prit donc son : épée, et se jeta dessus ; et son écuyer voyant qu’il était mort, se jeta aussi sur son épée, et se tua. Ainsi mourut Saül, premier roi d’Israël, après quarante ans de règne. Un Amalécite, qui se trouva là par hasard, lui ôta son diadème et ses bracelets (2 Samuel 1), et les porta à David. Il lui raconta que lui-même l’avait tué, parce que l’épée de Saül ne pouvait percer sa cuirasse. Nous croyons qu’il déguisa la vérité à David, et qu’il se vanta faussement d’avoir tué le roi d’Israël. Il espérait apparemment que David lui donnerait pour cela une grande récompense ; mais il le fit mourir, pour avoir osé porter ses mains sur l’oint du Seigneur. David fit le deuil de Saül et de Jonathas, et composa en leur honneur un cantique lugubre, où il relevait leur valeur et leurs grands exploits.

Le lendemain du jour du combat (1 Samuel 31.8-9), les Philistins étant venus pour dépouiller les morts, trouvèrent Saül et ses trois fils étendus sur la place. Ils coupèrent la tête à Saül, et lui ôtèrent ses armes, qui furent portées dans le temple d’Astaroth, et pendirent son corps aux murs de Bethsan, lesquels donnaient apparemment sur la place, puisqu’il est dit au second livre de Samuel (2 Samuel 21.12), que son corps fut pendu dans la place de cette ville. Pour sa tête, on lit dans les Paralipomènes (1 Chroniques 10.10) qu’elle fut mise dans le temple de Dagon. Quelque temps après, les habitants de Jabès de Galaad (1 Samuel 31.11-13), ayant appris le traitement que les Philistins avaient Fait au corps de Saül et à ceux de ses enfants, qu’ils avaient pendus aux murs de Bethsan, allèrent pendant la nuit les détacher, et les emportèrent dans leur ville au delà du Jourdain, où ils brûlèrent les restes des chairs de ces corps, et enterrèrent les os dans le bois qui était près leur ville. Ils jeûnèrent, et firent le deuil du roi pendant sept jours, en reconnaissance du service qu’il leur avait rendu au commencement de son règne, en les délivrant de la cruauté du roi des Ammonites. Plusieurs années après, David fit ôter les os de Saül de la forêt de Jabès, pour les mettre dans le sépulcre de Cis, son père, à Gabaa (2 Samuel 22.121-14). Isboseth, quatrième fils de Saül, lui succéda dans le royaume, et régna à Mahanaïm au delà du Jourdain, sur onze tribus ; car David régnait dès lors sur la tribu de Juda…

On demande si Saül a pu sans crime se donner la mari dans cette occasion, et ce qu’on doit penser de son salut. Les rabbins louent. Saül de sa soumission aux ordres de Dieu, et relèvent l’obéissance de ce prince qui, malgré les menaces de Samuel, et l’assurance qu’il avait de mourir lui et ses fils dans la bataille, ne laissa pas de s’y trouver. Ils ajoutent que ce qui le porta à se donner la mort, fut la çrainte que le nom de Dieu ne fût blasphémé et outragé par les Philistins, si le roi de son peuple était tombé vivant entre leurs mains. Mais ces raisons sont peu solides. Il ne nous paraît dans les dernières actions de Saül, non plus que dans les premières, aucune marque certaine de pénitence. Nous ne voyons pas qu’il ait eu recours à Dieu, ni qu’il ait eu aucune vue de sa gloire, en se donnant la mort ; et quand par une conscience erronée, il se serait imaginé que par là il empêchait que les Philistins ne blasphémassent le nom de Dieu, il ne s’ensuit pas que son action fût louable ni légitime. Saint Paul nous apprend qu’il ne faut pas faire le mal pour qu’il en arrive du bien (Romains 3.8). Or, l’homicide de soi-même est certainement un très-grand mal, et d’ailleurs, par sa mort Saül évitait-il que les Philistins ne blasphémassent le nom du Seigneur, puisqu’ils le pouvaient également blasphémer, soit qu’il tombât mort ou vivatat entre leurs mains ? Enfin, l’Écriture ne nous permet pas de douter de la perte de Saül, lorsqu’elle dit (1 Chroniques 10.13) ; que ce prince mourut dans ses iniquités, pour avoir désobéi aux ordres du Seigneur ; et pour avoir consulté la pythonisse, au lieu de mettre sa confiance en Dieu. C’est pourquoi le Seigneur le fit mourir, et transféra son royaume au fils d’Isaie.

Quant à l’action de Saül, qui consulta la pythonisse, il est inutile de l’examiner selon le moral, puisqu’elle est si manifestement contraire à la loi de Dieu. Nous avons vu, sous l’article de Samuel, les divers sentiments que l’on forme sur l’apparition de ce prophète à Saül.