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Métaux
Dictionnaire Biblique Westphal
Bost

1. Les mines

Les montagnes de Palestine — de formation relativement récente — sont pauvres en minerais ; elles renfermaient pourtant divers métaux, mais il ne paraît pas que les Hébreux en aient fait une exploitation régulière, et maintenant encore on ne trouve pas trace de mines dans le pays. Cependant, la Bible fait clairement allusion aux minéraux et aux mines (Deutéronome 8.9, Job 28, 1 Macchabées 8.3). La description si vivante du mineur dans Job 28 est certainement tracée d’après nature ; on y voit tout ce qui constitue le travail de la mine : forage du puits et des galeries, écoulement des eaux, usage du pic, éclairage à la lampe de mineur, extraction du métal, etc. Mais ces allusions, si elles prouvent que l’art du mineur a été connu en Palestine, ne montrent pas qu’il ait été pratiqué par les Hébreux. Pour l’acquisition des métaux, les Israélites faisaient en effet appel aux pays étrangers, en particulier à la Phénicie, et ils leur étaient fournis soit bruts, soit en lingots, en plaques, ou en objets manufacturés.

2. Les divers métaux

La Bible cite l’or, l’argent, l’airain, le fer, le plomb, l’étain (voir des énumérations dans Nombres 31.22 ; Josué 22.8 ; 2 Chroniques 2.7 ; Apocalypse 18.12).

L’or

(hébreu zâhâb ; grec khrusos, khrusion). Son usage se répandit dès la plus haute antiquité, soit pour les bijoux (Genèse 24.22), soit surtout comme moyen de paiement. En Palestine, où la monnaie (voir ce mot) ne fut pas employée avant l’exil, on réglait les achats par poids d’or. L’Ancien Testament parle d’or en minerai (Proverbes 17.3), en lingot (Josué 7.21), en poudre (Job 28.6), et surtout d’objets fabriqués en or. Dans l’histoire d’Israël, l’or apparaît au temps des patriarches (Genèse 13.2 ; Genèse 24.35), à la sortie d’Égypte (Exode 12.35), au séjour dans le désert (Nombres 31.52), à la prise de Jérico (Josué 6.24), etc. ; une profusion fabuleuse en est attribuée à la splendeur de Salomon (1 Rois 10.14 ; 1 Rois 10.21 etc.). L’or provenait d’Ophir (1 Rois 9.28 ; 1 Rois 10.11), de Tarsis (1 Rois 10.22) en Espagne, de Saba (1 Rois 10.2) au sud de l’Arabie et, d’après une vieille tradition, de Havila (Genèse 2.11), en Arabie ou dans l’Inde (voir les noms de ces divers pays). On en fabriquait des objets précieux : bijoux, anneaux (Exode 32.2 et suivant, Juges 8.24 ; Juges 8.26 ; Jacques 2.2), parures (Ézéchiel 16.13 ; Ézéchiel 16.17 ; 1 Timothée 2.9 ; 1 Pierre 3.3), collier (Genèse 41.42), boucliers (2 Samuel 8.7), lampe (Ecclésiaste 12.8), lits (Esther 1.8), couronne (Esther 8.15), images diverses (1 Samuel 6.4 ; 1 Samuel 6.11 ; 1 Samuel 6.17), surtout idoles (Psaumes 115.4 ; Osée 8.4 ; Habakuk 2.19 ; Ésaïe 40.19, Lettre de Jérémie 4,8,24, Actes 17.29 etc.), et tout le matériel de grand luxe dans le temple de Jérusalem (1 Rois 6.20 ; 1 Rois 6.30 et suivants, etc.). On en fait de riches cadeaux (2 Samuel 8.10 ; 1 Rois 10.2-10 ; Matthieu 2.11). Voir Ornements.

L’argent

(hébreu kèseph ; grec arguros, argurion. Comme l’or, on l’employait dans les paiements (voir Monnaie) et pour la bijouterie et l’ornementation. Le minerai le plus courant était la galène argentifère. La Bible note l’usage de l’argent dès l’époque d’Abraham (Genèse 23.15). C’est aussi de Tarsis que venait l’argent (2 Chroniques 9.21 ; Jérémie 10.9), ainsi que d’Arabie (2 Chroniques 9.14). Nombre d’objets de prix sont faits en argent : lampes, chaînes, petits modèles de temples (Judith 10.22 ; Ecclésiaste 12.8 ; Actes 19.24, cf. les nombreux passages qui mentionnent à la fois l’or et l’argent).

L’airain

(hébreu nekhochèt ; grec khalkos). Alliage naturel (Job 28.2 ; Deutéronome 8.9) de cuivre et d’étain. Les versions modernes traduisent souvent « bronze » ou « cuivre », bien que ces métaux soient en fait des alliages artificiels. L’airain était commun ; d’un travail facile, d’un usage très répandu, il servait à fabriquer ustensiles de ménage, armes, objets divers (Exode 38.3 ; Nombres 16.39 ; Jérémie 52.18), par exemple arcs (2 Samuel 22.35), miroirs (Exode 38.8). Voir Airain.

Le fer

(hébreu barzel ; grec sidèros). D’après Genèse 4.22 il fut connu déjà de l’humanité primitive. Le minerai était extrait du Liban, de la région du Sinaï, d’Égypte, mais principalement de l’Espagne, où les Phéniciens allaient le chercher. Les Chalybes (Assyrie) sont les plus fameux fabricants de fer de l’antiquité (grec khalups = acier). En Palestine, les Philistins en possédèrent longtemps le monopole, pour les socs de charrue et autres instruments agricoles, les armes, les chariots (1 Samuel 13.19 et suivant). Le fer fut d’abord connu sous forme de fonte ; puis il est question de fer forgé (Ézéchiel 27.19), et d’acier : le seul passage où se justifie peut-être la traduction « acier » est Nahum 2.3, dont le sens est d’ailleurs douteux. Objets de fer : lances (1 Samuel 17.7), cognées (Deutéronome 19.5 ; 2 Rois 6.5 et suivant), lames tranchantes (Proverbes 27.17), chaînes (2 Chroniques 33.11 ; Psaumes 105.18 ; Marc 5.4), clous (1 Chroniques 22.3), etc. Ce métal est compris parmi les choses les plus nécessaires à l’homme (Siracide 39.26).

Le plomb

(hébreu ôphèrèt). Métal moins connu et estimé, peu mentionné dans la Bible. On l’utilisait comme matière inerte et pesante : niveau de maçon ; voir (Zacharie 4.10, hébreu « pierre d’étain ») Niveau. On l’employait encore comme fondant dans les alliages (Ézéchiel 22.18-20 ; Jérémie 6.29). On a vu dans Job 19.24 une allusion aux caractères gravés en plein roc, dans lesquels on coulait du plomb. Ce métal, lui aussi, venait de Tarsis (Ézéchiel 27.12), port qui peut-être le recevait lui-même des « Iles d’Étain » (Cassitérides = Cornouailles).

L’étain

(hébreu bedîl, littéralement ce qui est séparé [du métal précieux]). L’étain était connu par son alliage avec le cuivre, qu’il rendait plus résistant. Nommé dans Ézéchiel 27.12 parmi les métaux que Tyr allait chercher à Tarsis, il avait la même provenance que le plomb ; c’est même lui qui est désigné pour le fil à plomb (voir plus haut).

3. Le travail des minerais et des métaux

D’après la Bible, il nécessitait les instruments suivants : enclume, marteau, tenailles, soufflets, creusets, fourneaux (Ésaïe 41.7 ; Ésaïe 44.12 ; Jérémie 6.29 ; Ézéchiel 22.18 ; Proverbes 17.3). La fusion et le martelage étaient les procédés les plus employés, travail de forgeron. La fusion, ou travail du fondeur (voir ce mot), se faisait pour l’épuration et le moulage (voir aussi Four, Fournaise) ; on employait un fondant : plomb ou potasse (Jérémie 6.29 ; Ésaïe 1.25), qui entraînait les scories (Ézéchiel 22.18-20). On martelait, on battait l’or, l’argent, l’airain, le fer (Nombres 16.38 ; Ésaïe 44.12). Ces métaux s’utilisaient en placages (Exode 25.11 ; Exode 25.24), en blindages (Juges 1.19) ; on les polissait (1 Rois 7.45), on les soudait (Ésaïe 41.7) ; enfin, on les éprouvait par le feu ou la pierre de touche (Proverbes 17.3 ; 1 Pierre 1.7). Les Hébreux connurent assez tard l’art des alliages : pour l’« airain poli » (Ézéchiel 14), ou « resplendissant » (Esdras 8.27), voir Airain. Les Israélites furent initiés à ces travaux par les Philistins et les Phéniciens (1 Rois 7.13). Ils devinrent cependant d’habiles artisans ; certains furent emmenés au service de leurs conquérants (2 Rois 24.14 ; 2 Rois 24.16). Voir Arts et métiers.

4. Sens figurés

L’or, comme le plus précieux des métaux, sert souvent de terme de comparaison : il faut lui préférer la bonne réputation (Proverbes 22.1), la santé (Siracide 30.15), les conseils (Siracide 40.25), la bienfaisance (Siracide 29.11), la sagesse (Job 28.15 et suivants, Proverbes 3.14 ; Proverbes 8.19 ; Sagesse 7.9, etc.), la Loi de Dieu (Psaumes 19.11 ; Psaumes 119.72 ; Psaumes 119.127), Dieu lui-même (Job 22.24 et suivant) ; l’or éprouvé par le feu symbolise la purification (Job 23.10 ; Zacharie 13.9 ; Siracide 2.5 ; Sagesse 3.6, Apocalypse 3.18), le sang du Christ (1 Pierre 1.18), la foi chrétienne (1 Pierre 1.7), la cité céleste (Apocalypse 21.18 ; Apocalypse 21.21, cf. Tobit 13.16). L’or est une ressource (Sophonie 1.18), mais pleine de dangers (Siracide 8.2 ; Siracide 31.5 et suivants) ; dans l’Évangile il représente le monde (Matthieu 10.9 ; Actes 3.6), et l’or couvert de rouille la fortune des riches oppresseurs (Jacques 5.3).

Un grand nombre de ces textes mentionnent l’argent parallèlement à l’or, comme le second métal précieux (voir encore Psaumes 12.7 ; Psaumes 66.10 ; Proverbes 2.4 ; Proverbes 3.14 ; Proverbes 8.10-19 ; 1 Corinthiens 3.12, etc.).

Le fer, généralement cité avec l’airain (voir ce mot), est un emblème de solidité (Job 41.18 ; Daniel 2.41), de pesanteur (Siracide 22.15), de force physique (Job 40.13) ou morale (Jérémie 1.18), de puissance militaire ou politique (Deutéronome 33.25 ; Michée 4.13 ; Jérémie 15.12), du pouvoir de Dieu (Psaumes 2.9), du joug oppresseur (Deutéronome 28.48, Jérémie 28.14 ; Psaumes 107.16 ; Siracide 28.20), de la résistance (Jérémie 6.28 ; Ésaïe 48.4), du ciel brûlant (Lévitique 26.19), du sol desséché (Deutéronome 28.23).

Le plomb et l’étain, souvent cités ensemble, évoquent l’idée de poids (Exode 15.10 ; Siracide 22.14) ou celle de scories (Ézéchiel 22.18 ; Ézéchiel 22.20).

Ces divers métaux, richesse des propriétaires de mines et des maîtres de forges de l’antiquité : Tarsis, Tyr, Babylone, sont associés par les prophètes au luxe de la civilisation corruptrice et condamnée (Ézéchiel 27.12 et suivants, Apocalypse 18.11 et suivants). Le langage figuré distinguait souvent entre métaux nobles et vils, opposant l’argent et l’or à l’étain, au plomb et au fer (Ésaïe 60.17 ; Siracide 47.18). Cette symbolique inspire la vision de la statue de Nébucadnetsar — tête d’or fin, poitrine et bras d’argent, ventre d’airain, jambes de fer, pieds de fer mêlé d’argile renversée et brisée par le choc d’une pierre sur les pieds d’argile : description d’une succession de royaumes de moins en moins puissants jusqu’à la destruction voulue par le Dieu des cieux qui doit régner éternellement (Daniel 2.31-45).

Ls F. et Jean Laroche


Dictionnaire Encyclopédique de la Bible par Alexandre WESTPHAL, Pasteur, Docteur en Théologie, et professeur honoraire de l'Université de Toulouse (Faculté de Théologie protestante de Montauban).
Edition originale publiée en 1932 par les Editions et Imprimeries « Je Sers », Issy-les-Moulineaux. Imprimeries Réunies Ducros et Lombard, Aberlen et Cie. Valence sur Rhone.
Numérisation Yves PETRAKIAN – 2005 France.